dorcas | if the hurt comes, so will the happiness

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Dorcas Meadowes
MessageSujet: dorcas | if the hurt comes, so will the happiness   Dim 19 Nov - 1:47

dorcas meadowes

ϟ Âge : trente ans, née le 1er mai 1947, à Swansea.
ϟ Nationalité : galloise.
ϟ Métier : auror, situation qu'elle n'aurait jamais imaginé devenir sienne, trop accrochée qu'elle était à l'idée de devenir joueuse professionnelle durant sa scolarité. C'est un uniforme bien différent de celui des Harpies de Holyhead qu'elle a enfilé à sa sortie de Poudlard et malgré le caractère sérieusement dangereux de sa profession, elle sait qu'elle a fait le bon choix en écoutant ses professeurs.
ϟ Ancienne maison : Serpentard, où elle a eu bien du mal à faire sa place, jusqu'à ce qu'elle intègre l'équipe de Quidditch de sa maison.
ϟ Sang : mêlé, fille d'un sorcier et d'une cracmole, chose qui ne lui a guère posé problème durant les dix premières années de sa vie avant qu'elle ne doive faire face aux joyeux préjugés de certains camarades de classe.

ϟ Avatar : Nathalie Emmanuel, @lux aeterna

Affiliation : après sept ans passés à Poudlard, à percevoir murmures et rumeurs sur la magie noire et le Seigneur des Ténèbres, on aurait très bien pu imaginer Dorcas suivre le même chemin que certains de ses camarades et chercher à se faire offrir cette marque dont beaucoup parlent avec effroi. C'est toutefois du côté de l'Ordre du Phénix qu'elle s'est tournée, par conviction autant que par désir de vengeance, quelques mois après la disparition de sa mère, en 1974. Son père, lui-même membre de l'organisation, a eu bien du mal à se faire à l'idée, d'autant plus qu'il est resté persuadé jusqu'à la fin d'avoir causé le meurtre de sa femme à travers son implication dans l'Ordre. Dorcas, elle, estime qu'elle n'a, aujourd'hui, plus rien à perdre, sinon la vie, et, après tout, elle la risquait déjà quotidiennement avant, au bureau des Aurors, alors qu'est-ce que son appartenance à l'Ordre peut bien signifier de plus, sinon la confirmation de valeurs qu'elle a toujours défendu ? Sa désinvolture en irrite plus d'un, surtout ceux qui ignorent tout des conditions qui l'ont amenée à rejoindre l'Ordre, mais c'est aussi ce qui lui permet de rester calme, en réunion comme en mission, malgré l'envie, de plus en plus grande, de céder à la panique.

Baguette : vingt-neuf centimètres, saule, ventricule de dragon. Solide, efficace, exactement ce dont Dorcas a toujours eu besoin, bien qu'il lui soit déjà arrivé de préférer ses poings à sa baguette.

Miroir du Riséd : elle verrait probablement une famille, la sienne, heureuse et nombreuse. Ses parents, dans le fond, souriants et épanouis, en vie. Sa mère, riant aux éclats, son père, la couvant du regard. Des enfants, les siens, courant et se chamaillant pour des broutilles. Quelqu'un, à ses côtés, une main dans la sienne, une autre sur son ventre. Ce désir de maternité la tiraille depuis des années mais elle évite soigneusement d'y penser, convaincue que c'est un bonheur auquel elle ne peut prétendre.

Épouvantard : enfant, Dorcas était terrifiée par l'océan et, plus particulièrement, par certaines de ses plus mystérieuses créatures, souvent utilisées par sa mère dans les histoires farfelues dont elle avait le secret et qu'elle lui racontait souvent. Si aujourd'hui Dorcas sait parfaitement nager et reconnaît les mérites de l'exercice, elle n'en est pas pourtant guérie de sa phobie des monstres marins, bien au contraire. Son séjour à Poudlard et des quelques promenades autour du lac de l'école n'ont fait qu'accentuer mais aussi préciser ses peurs. Les récits de sa mère à propos du léviathan et des selkies la laissent à présent de marbre mais aujourd'hui, face à elle, un épouvantard prendrait assurément la forme du calmar géant de Poudlard. Elle a en clairement honte, trouve cette peur ridicule mais le simple souvenir des tentacules de la bête frôlant la surface du lac suffit à la faire frissonner de terreur.

Amortentia : le bois d'un balai, tout droit sorti des vestiaires de Poudlard, un nuage de Philip Morris craché par une bouche familière et des effluves d'une tasse de thé noir, avalée en silence à trois heures du matin, entre deux missions périlleuses. Une simple illusion, à en croire Dorcas à qui le déni sied à ravir.

Compétences magiques
Chaque sorcier commence le jeu avec 40 points de compétences magiques, à disposer comme il le souhaite entre les différentes compétences listées ci-dessous. Ces points pourront influencer le jeu, et il est possible d'améliorer chaque compétence au fur et à mesure du jeu. Vous trouverez ici un guide des compétences magiques pour vous aiguiller un peu sur leur impact in RP et vous permettre de mieux les attribuer.

Duels : 8/10
Potions : 7/10
Métamorphose : 7/10
Sortilèges : 7/10
Légilimancie : 0/10
Occlumancie : 3/10
Quidditch : 8/10
Divination : 0/10

ϟ Pseudo/prénom : Valtersen/Julia ϟ Âge : vingt-et-un ans ϟ Fréquence de connexion : l o l ϟ Ce personnage est : canon  :russe:  ϟ Où nous avez-vous connu :  :face:  ϟ Le mot de la fin : KEURKEURKEUR


(i wanna hold your hand)
now we're picking fights and slamming doors, magnifying all our flaws, and i wonder why, wonder what for, why we keep coming back for more? is it just our bodies? are we both losing our minds? is the only reason you're holding me tonight 'cause we're scared to be lonely? do we need somebody just to feel like we're alright? is the only reason you're holding me tonight?


Dernière édition par Dorcas Meadowes le Mer 22 Nov - 4:10, édité 15 fois
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Dorcas Meadowes
MessageSujet: Re: dorcas | if the hurt comes, so will the happiness   Dim 19 Nov - 1:47

hogwarts: a history


On lui avait parlé de cette fameuse voie, dissimulée aux yeux des moldus. Maman, avec des yeux brillants et des grands gestes, comme si faire tourner et onduler ses mains allaient aider Dorcas à enregistrer le caractère grandiose de la chose. Papa aussi mais sans trop s’étendre. Peut-être parce que lui avait vécu assez de rentrées scolaires et de voyages à King’s Cross pour ne plus s’en émerveiller. Maman, c’était une autre histoire. Dorcas le savait, tout le monde le savait d’ailleurs mais personne n’en parlait. Elle avait tenté de demander, plus petite, mais ses questions étaient restées sans réponse, chassées par un regard réprobateur du paternel courroucé. On ne parlait pas de Maman donc et surtout pas de l’absence de baguette dans ses mains, une absence qu’elle compensait par de grands moulinets et de larges sourires.

Elle lui souriait beaucoup. Aujourd’hui encore. Toujours. Dorcas n’était pas sûre d’être la seule responsable de la joie qui se lisait sur le visage de sa mère mais elle était ravie de la voir si heureuse, plus heureuse encore que le jour de Noël lorsqu’elle déballait l’un ou l’autre de ses paquets et tombait sur cette paire de boucles d’oreilles qu’elles avaient vu ensemble – Papa l’avait aidé à choisir, l’an passé – ou ce livre de recettes dont elle parlait tant. Maman était heureuse, Papa aussi mais Dorcas ne partageait pas tout à fait leur joie. « Et si ça se passe mal ? Demanda-t-elle à voix basse. Si je ne suis pas vraiment une sorcière, si je dois rentrer à la maison ? Le train revient, pas vrai ? » murmura-t-elle, cherchant dans les yeux de sa mère une lueur de réconfort. Anthea Meadowes se baissa alors, attrapant fermement sa fille par les épaules. « Tout va bien se passer. C’est promis. Tu n’auras pas besoin de revenir chérie » Pareille déclaration avait des airs de serment solennel aux jeunes oreilles de Dorcas, même si elle n’en distinguait pas encore les nuances. Elle se contenta de hocher la tête avant de froncer les sourcils, perplexe. « Mais… Mais Noël ? Je ne pourrai même pas revenir pour Noël ? » s’inquiéta-t-elle, soudainement prise de remords – pourquoi avait-elle voulu aller à Poudlard ? Elle ne voulait plus, plus du tout aller à Poudlard. Ni être une sorcière. Elle pouvait peut-être encore retourner sa baguette et tous les livres qu’ils avaient acheté cet été ? C’était certainement possible. Toutefois Papa éclata de rire, lui arrachant un sursaut. « Bien sûr que tu pourras rentrer pour Noël » assura-t-il avec une brève caresse contre sa joue. Oh. Bien. Très bien. « Et vous m’écrirez ? » Dernière question, vaste inquiétude. Quitter la maison était une idée terrifiante, devenue tout à fait réelle lorsqu'elle avait compris pourquoi – comment – les uniformes de ses camarades, à l’école, changeaient de couleurs et pourquoi – comment, encore une fois – cet imbécile de Tommy Gibbs s’était retrouvé face contre terre, lacets noués et short d’un vert éclatant sans qu’elle ait eu à lever le petit doigt. Elle devait partir, aller à Poudlard. Comme Papa. Parce qu’elle n’était pas comme Maman. « Tout va bien se passer » répéta celle-ci. Son sourire, cette fois, était pour Dorcas et Dorcas seule. Pas pour le Poudlard Express qui crachait ses nuages de fumée derrière eux, pas pour la voie 9¾, pour elle.

Tout se passerait bien, Maman l’avait promis.

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Tout ne se passa pas aussi bien que Maman l’avait promis. Elle rentra pour Noël, bien sûr, chaque année sans exception. Ces vacances en famille étaient la seule fuite que Dorcas s’autorisait. Elle n’avait pas tardé à comprendre qu’elle n’était pas spécialement bienvenue dans sa propre salle commune, tant parce qu’elle n’arborait pas les dernières robes sorcières à la mode que parce que sa mère se trouvait être une cracmole. Comment cette information était-elle parvenue jusqu’aux oreilles de ses charmantes compagnes de dortoir, elle l’ignorait. S’en serait certainement passée, si elle avait pu. Non pas qu’elle eut honte de sa mère – jamais – mais il lui était incroyablement difficile de subir sans broncher les coups d’œil moqueurs et les réflexions désobligeantes, murmurées dans son sillage, juste assez fort pour qu’elle les comprennent tout à fait. Têtue comme une mule et peu intéressée par l’art et la manière de se faire des amis, Dorcas passa les trois premières années de sa scolarité à répliquer chaque fois qu’on l’attaquait, à ravaler ses larmes jusqu'à pouvoir retrouver Fabian, toujours à l’écoute et de plus ou moins bon conseil, avant d’arriver à la conclusion qu’elle ne pourrait leur faire oublier qui elle était mais qu’il ne lui était pas impossible de devenir plus que la fille de la cracmole – et autres sympathiques sobriquets dont on l’avait affublé avec le temps. Son père lui inspira la marche à suivre, en l’emmenant à un match de Quidditch au début de l’été 61, et Dorcas passa les deux mois suivant vissée au vieux balai qu’il avait consenti à lui prêter, persuadé d’avoir éveillé chez elle une passion ardente pour ce sport dont il était lui-même très amoureux. Et il n’était peut-être pas si loin que ça de la vérité.

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Elle toucha le sol en douceur, retenant son balai sans trop de mal. Toutes ces semaines passées à s’entraîner encore et encore payaient, finalement. Enfin, Theodore Lewis, ce grand imbécile guindé, pouvait toujours convaincre Slinkhard de la refuser dans l’équipe, il était plus âgé, il avait la mainmise sur les sélections for some reasons et il pouvait tout à fait décider de l’envoyer promener. Ce ne serait pas étonnant et elle aurait gâché son été pour rien. Sans une place dans l’équipe de Quidditch, elle resterait une paria au milieu des siens et elle en avait assez. S’ils ne lui laissaient pas une chance de faire ses preuves, elle n’était pas sûre de pouvoir contenir ses accès de rage – et Merlin seul savait combien il était difficile de se retenir d’exploser devant Selena Rees et sa bande de hyènes. Dorcas tâcha de contrôler sa respiration, peu désireuse de laisser Lewis voir combien elle était nerveuse. Son avenir reposait plus ou moins entre ses mains mais il n’était pas question que ce petit enfoiré comprenne qu’il avait l’avantage. Elle le concédait déjà assez souvent comme ça. « Pas mal, Meadowes. Je pensais pas que les gens comme toi étaient capables de tenir sur un balai, donc c’est pas mal. Pas mal du tout » ajouta-t-il ensuite, plus bas. La jeune fille haussa un sourcil, un rien surprise par cet élan d’honnêteté. Malgré toute sa bonne volonté, les heures passées sur ce vieux balai que lui avait prêté son père et cette promesse faite à sa mère d’essayer de rester optimiste en toutes circonstances – et la tâche était compliquée, pour être tout à fait honnête – elle s’était attendue à un refus net et catégorique. C’était, la plupart du temps, ce que lui réservaient les gens comme lui, populaires, respectés. Lewis n’était pourtant pas un Sang-Pur, son nom n’inspirait pas la déférence chez ses pairs, ni la crainte d’ailleurs mais on l’appréciait, for some reasons. Sa créativité en matière d’insultes pour les nés-moldus, probablement Alors un compliment – parce que dans la bouche de Theodore, un pas mal lancé dans sa direction était un compliment, presque une déclaration d’amour – non, vraiment, Dorcas n’avait pas envisagé cette possibilité une seule seconde. Déstabilisée, elle baissa les yeux, sans répondre, désertée par les mots, pourtant ses plus fidèles alliés. Ah, c’était bien une première. Les moqueries à répétition lui sapaient peut-être le moral mais elle avait fini par développer un certain sens de la répartie, bien utile lorsque l’un ou l’autre de ses camarades décidait de faire d’elle la cible du jour – non, elle n’était pas seule en bas de la chaîne alimentaire de la maison Serpentard, heureusement. Un semblant d’acceptation la laissait toutefois sans voix. Merveilleux.

« Qu’est-ce qui se passe, tu vas pleurer ? » minauda Lewis d’une voix un peu trop aiguë, certainement une tentative d’imitation de la sienne. Dorcas leva les yeux au ciel. Autour du manche de son balai, ses articulations blanchirent. Non, ce n’était probablement pas le moment de proposer à cet imbécile de lui refaire le nez, ni même de lui faire sauter quelques dents. Inutile, l’infirmière réparerait tout ça en un rien de temps de toute manière. Elle avait retrouvé ses esprits cependant et il s’agissait d’une bonne chose. Focus on the bright side, Meadowes, focus on the goddamn bright side. Dorcas inspira profondément, parvenant finalement à lui offrir un sourire froid. Il n’avait probablement pas fini. Ou il l’aurait déjà faite sortir du terrain si cela avait été le cas. « On s'entraîne à 9h samedi. Ne sois pas en retard… têtard ! » Oh, original, tiens. « Des rimes maintenant, bravo. Je te savais pas poète, Lewis » ironisa-t-elle, levant le nez. Réflexe stupide sans doute. Elle ne pouvait guère prétendre être aussi impressionnante que des brutes dans son genre mais Dorcas n’était rien sinon obstinée. Elle pouvait essayer – réussir même, peut-être. Après tout, si elle réussissait à entrer dans l’équipe de Quidditch de sa maison, elle pouvait tout à fait parvenir, d’ici un an ou deux, à inspirer la peur chez des types comme lui. « 9h, samedi, rappela-t-il avec, semblait-il, l'ombre d'un sourire. Sois pas en retard ! » Il n’eut pas besoin d’ajouter quoi que ce soit, elle avait compris. Ne sois pas en retard ou tu es virée. Elle avait sacrifié tout un été pour en arriver là et ce n’était que la première étape de l’opération. « Je serai même en avance, tu verras » annonça-t-elle, avec un sourire presque chaleureux cette fois. Theodore ne s’en offusqua pas – là encore, une nouveauté, elle avait plutôt l’habitude qu’on lui rappelle qu’elle n’avait pas sa place ici chaque fois qu’elle commençait à en avoir vaguement l’impression – et il poussa même l’effort jusqu’à le lui rendre. Et, oh, se pouvait-il que son plan un peu farfelu était en train de fonctionner ?

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Le problème des plans un rien bancals de Dorcas résidait principalement dans le paramètre qu’elle contrôlait le moins : les autres. Si son arrivée dans l’équipe de Quidditch ne déclencha pas les foudres des plus racistes de ses camarades, ses résultats, en revanche, finirent par irriter, principalement l’un des batteurs et son petit groupe d’amis, aussi restreint qu’intelligent. Jones, batteur de son état, pourtant doué à la batte mais malheureux de ne pas pouvoir s’approcher plus que ça du souaffle comme des filles de Poudlard, prit rapidement Dorcas en grippe, pour le plus grand plaisir de celle-ci, bien plus assurée qu’elle n’avait pu l’être par le passé. Elle accueillit cette animosité comme un challenge, un autre, sans surprise. Peut-être était-ce l’amitié que semblait lui porter certains de ses pairs, peut-être était-ce d’entendre son nom de temps en temps scandé par les gradins verts et argents, peut-être était-ce la diminution, lente mais régulière, des surnoms dégradants qui l’avaient suivi au début de sa scolarité, peut-être était-ce l’âge aussi. Dorcas se sentait bien, elle ne s’en cachait pas, l’étalait même un peu. Un peu trop, au goût de certains. Ou uniquement de Jones ?

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« Laissez-moi ! Laissez-moi tranquille ! LÂCHEZ-MOI NOM DE DIEU, JE VAIS LUI PÉTER LA GUEULE ! » s’époumonait-elle depuis cinq minutes déjà. Elle sentait bien qu’on la retenait, que des bras – Fabian ? Gideon ? Elle avait vu un rouquin ou peut-être deux lui barrer la route un peu plus tôt – la ceinturaient pour l’empêcher d’avancer. Dorcas avait beau crier, se tortiller, taper du pied, par terre ou en l’air, rien n’y faisait, on ne voulait pas la laisser tranquille. Pourtant, oh Merlin, pourtant il le méritait. « JONES, ESPÈCE DE SALE PETIT ENFOIRÉ FRUSTRÉ, VIENS ICI ! Mais lâchez-moi bordel, lâchez-moi ! » ordonna-t-elle encore, furieuse. Comment étaient-ils tous arrivés si vite sur le terrain ? Il ne s’était passé qu’une minute ou deux depuis la fin du match et sa descente de balai, plutôt ensanglantée d’ailleurs. Elle cracha une nouvelle gorgée de sang, courtoisie du cognard qui l’avait heurtée un peu plus tôt. Dorcas n’avait, certes, pas les idées très claires, pas assez en tout cas pour s’estimer heureuse de ne pas être tombée de balais, mais elle était suffisamment alerte pour se souvenir exactement de ce qui s’était passé. Et, par la barbe de Merlin, que ce mec pouvait être débile ! Attaquer son propre camp, en plein match contre ces abrutis de Gryffondors, vraiment ? Il en était arrivé là ? Elle lui décocha un autre regard noir, se sentant bouillir devant l’air ô combien satisfait qu’il affichait. Connard, connard, connard. Et elle ne pourrait même pas l’atteindre, pas comme ça. Après une profonde inspiration vaguement douloureuse – elle allait lui faire avaler ses dents, vraiment, connard – elle feignit de se calmer, poussant les bras qui la retenaient. « Ça va, ça va, c’est bon » marmonna-t-elle et on finit par la reposer à terre. Un peu trop facilement, à la réflexion. Ou la connaissait-on vraiment si mal que ça ? Prudente, Dorcas attendit une seconde ou deux, peut-être cinq même – le sol n’était pas sensé tourner autant, si ? - avant de charger en direction de Jones qui eut au moins la gentillesse de paraître surpris. Ou peut-être avait-il vraiment cru qu’il échapperait à toute tentative de représailles ?

La liberté retrouvée fut, certes, de courte durée mais suffisamment longue pour lui permettre d’entendre quelques craquements satisfaisants émis par le visage plus si souriant que ça, mis à mal par ses poings. De nouveau, on l’attrapa – elle reconnut la capitaine de sa propre équipe cette fois, ainsi que celui des Gryffondors, tous deux un peu abasourdis – et Jones disparut de sa vue, avalé par une foule inquiète. Et, ugh, s’était-on inquiété pour elle ? Elle ne lui avait rien fait de plus que ce qu’il lui avait infligé, avec ses coups de batte maladroits. « Meadowes, dans mon bureau. Tout de suite, lança le directeur de sa maison avant de se tordre d'une mine clairement écœurée lorsqu'elle se tourna vers lui, affichant presque fièrement son propre visage, tout aussi – sinon plus – amochée. Oh par Merlin, allez donc à l’infirmerie. Je passe vous chercher dans une heure. Lewis, accompagnez-la, je m’occupe du reste » ajouta-t-il avec un vague geste dans la direction générale de Jones et de la petite assemblée qui l’entourait. Évidemment. Il fallait s’occuper du blessé, lequel devait arroser le sable du terrain de Quidditch d’un sang bien plus pur que le sien. Bien sûr, bien sûr.

Si elle avait été la fille d’un basilisk plutôt que la fille d’une cracmole, Slughorn n’aurait très certainement pas eu le temps de se retourner mais Dorcas dût se contenter de le foudroyer du regard avant qu’il ne lui tourne le dos. Lewis l’attrapa par l’épaule et elle grimaça. Son corps semblait avoir finalement enregistré les événements, tant le cognard que le connard qui avait suivi, et la douleur se diffusait lentement, glissant, brûlante, le long de ses membres. « Allez viens Doe, c’est bon » Quoi ? Doe ? D’où cela venait-il ? « Lâche-moi, gronda-t-elle, je suis tout à fait capable de marcher et devine quoi, je sais même où est l’infirmerie ! » Elle essaya de s’éloigner, aussi rapidement que possible, avec la désagréable impression que chacun de ses pas donnait un peu plus de vigueur à la douleur qui pulsait dans sa tête et son épaule droite. « Formidable Meadowes mais je suis pas là pour te servir de baby-sitter. Plutôt pour éviter que tu ne retournes achever Jones tu vois… » Ah, oui, ça. Exact. Elle tenta de lui jeter un dernier regard mais Lewis l'attrapa par le coude avec un grognement irrité. « Ferme-la » cracha-t-elle, sans pour autant résister. Elle n'était pas certaine d'en avoir la force, pas avec ce fourmillement douloureux qui commençait à courir le long de son nez et s'épanouissait dans ses joues. « A ta place, je resterai tranquille, t'es dans une sacrée merde, Doe. Et t'en as assez fait pour aujourd'hui » lui intima-t-il avec sérieux tandis qu'ils s'éloignaient. Ouais, c'est ça, songea-t-elle mais pour une fois, Dorcas préféra garder ses pensées pour elle. Ça valait peut-être mieux.

(...)

Et, une fois n'est pas coutume, Lewis n’avait pas cru si bien dire, avec son analyse fine et avisée de la situation, mais Dorcas n’en prit conscience qu’une fois qu’elle se retrouva dans le bureau de Slughorn, quelques heures après la malheureuse fin du match, non pas avec l’occupant des lieux mais avec son père. Et, Merlin, que Magnus Meadowes pouvait être impressionnant lorsqu’il était furieux. « Est-ce que tu as seulement idée de ce que tu as fait, Dorcas ? » lança-t-il, cinglant. Enfoncée dans une chaise bien trop confortable pour ce genre d’épreuves, la jeune fille refusait toujours de croiser le regard de son père. Elle avait supporté sans trop de mal le sermon du directeur de sa maison, offert avec fermeté mais aussi une indéniable douceur qu’elle ne méritait absolument pas. Son père, en revanche, c’était une autre affaire. A la différence de sa mère, peu en contact avec la communauté magique et son folklore, sa répartition l’avait inquiété mais à force de petits mensonges et de promesses optimistes, Dorcas avait fini par le rassurer. Alors comment lui expliquer, sans l’irriter plus encore, qu’elle lui avait menti et qu’elle n’était pas exactement aussi à l’aise chez les Serpentards qu’elle ne l’avait prétendu jusque-là ? « Et regarde-moi quand je te parle, c’est insupportable ! » glapit-il. Elle sursauta puis, timidement, osa se redresser pour finalement le regarder. « Agresser ce garçon à mains nues, vraiment, Dorcas ! Non, tais-toi, on m’a raconté ce qui s’est passé. Dumbledore n’est pas encore sénile et Slughorn non plus » ajouta-t-il et, stupidement, elle eut envie de rire. Pas parce qu’elle trouvait toute cette situation hilarante, bien sûr que non, mais parce qu’il était drôle – triste, plutôt – d’entendre ça. Séniles, non, sans doute pas mais aveugles et trop occupés quand cela les arrangeait, probablement. Et, évidemment, il avait fallu qu’elle décide de se défendre juste sous leurs yeux cette fois. Quelle gourde. « Si tu savais comme j’ai honte, reprit son père, qu’elle avait presque oublié durant quelques secondes, tu te comportes comme- comme- » Comme quoi ? « Comme quoi ? Comme une moldue ? Comme une cracmole ? Vas-y, dis-moi tout, ce n’est certainement rien à côté de ce que j’ai entendu jusque-là de toute façon ! » Elle était injuste, sur le fond comme sur la forme. Objectivement, Dorcas savait très bien que son père n’était pas l’ennemi, qu’il n’avait rien à voir avec les gens qui peuplaient son quotidien. Objectivement, oui, et à l’infirmerie un peu plus tôt, on lui avait promis qu’elle allait parfaitement bien mais le cognard de Jones avait manifestement laissé quelques séquelles.

Elle réalisa l’énormité de ce qu’elle venait de dire lorsque son père la dévisagea, abasourdi, avant de s’affaisser, comme si le poids du monde tout entier se trouvait à présent sur ses épaules. « Quoi ? » lâcha-t-il, clairement perdu. Dorcas sentit son visage s’enflammer et, cette fois, ça n’avait aucun rapport avec une quelconque balle folle envoyée dans sa direction par un crétin raciste. Non, c’était la honte qui la submergeait.

Combien de temps son père resta-t-il silencieux, elle n’aurait su le dire. Elle n’osait pas détourner le regard, malgré l’envie, plus grande à chaque seconde qui s’écoulait, et resta immobile jusqu’à ce qu’enfin, il ouvrit la bouche à nouveau. « Qu’est-ce qui se passe ? Demanda-t-il, doux, bien trop doux pour quelqu'un qui s’était personnellement déplacé à Poudlard pour lui faire la leçon au lieu de se contenter de l’humilier d’une Beuglante. Dorcas, s'il te plaît… Ce garçon, il n’a pas eu de problème avec un cognard, n’est-ce pas ? » Quoi, c’était donc ce qu’on lui avait raconté ? Elle haussa un sourcil surpris, réussissant malgré tout à secouer la tête en un non stupéfait. Un problème avec un cognard. Oh, non, c’était elle qui avait eu un problème, tant avec un cognard qu’avec un connard – oh, il faudrait qu’elle répète ça à Lewis, il allait adorer. « Je vois » articula son père, crispé, et, pendant un court instant, Dorcas se demanda si la colère avait repris le dessus. Et, surtout, si elle en était toujours la source et la cible. « Bien. Je n’approuve pas ton comportement, tu peux me croire » Sans blague, eut-elle envie de répondre, par réflexe, mais par bonheur, elle parvint à s’en empêcher à temps. « Mais j’espère que tu n’as pas été tendre avec lui » ajouta son paternel, après quelques secondes de réflexion. Et, cette fois, c’était lui qui paraissait dans l’embarras. Dorcas esquissa un sourire. Merlin merci, Slughorn avait accepté de leur laisser un moment d’intimité. Tout affable qu’il était, elle doutait que le bonhomme aurait apprécié d’entendre son père tenir pareil discours.

« On m'a parlé de retenue. Deux mois, c'est ça ? » Ugh, oui. Dorcas soupira, acquiesçant piteusement. Deux mois complets avec Slughorn, probablement à écrire les invitations pour l'un ou l'autre des dîners de son petit cercle privé. Elle ne s'approcherait plus de Jones de sitôt, si par hasard elle parvenait à survivre à cette épreuve. « Ça me semble correct. Tu aurais pu être exclue, Dorcas » continua son paternel, sur le ton qu'elle connaissait le mieux – formel, guindé. Son sourire perdit un peu de sa superbe et elle consentit à hocher la tête, plus pour l'apaiser que par réelle contrition. « J'espère qu'ils te garderont dans l'équipe. J'aimerais- mh. J'aimerais beaucoup te voir jouer si c'est le cas. Tu me préviendras ? » demanda-t-il, à voix basse, comme si faire cette requête était trop difficile tout haut. Et c'était probablement le cas pour lui. « Et je veux la vérité. Dans tes lettres, précisa-t-il, grave. La vérité, Dorcas. D'accord ? » L'adolescente soupesa la demande un instant. La vérité pouvait être douloureuse, plus douloureuse qu'un nez brisé par un cognard sans doute. Mais si son père voulait la vérité, elle tenterait de lui offrir. « D'accord » souffla-t-elle. Restait à espérer qu'elle n'ait pas à lui transmettre la triste vérité de son éviction de l'équipe.

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Contre toute attente, Dorcas conserva sa place au sein de l'équipe de Serpentard un peu plus longtemps – assez pour permettre à son père d'assister à quelques matchs, tous sans incidents, hormis une ou deux défaites. Les retenues avec Slughorn, moins désagréables que prévues, furent l'occasion d'une sérieuse remise en question quant à son avenir. L'après-Poudlard semblait loin à l'époque et, en de très rares occasions, elle s'imaginait encore arborer les couleurs de l'un de ses clubs favoris, celles de l'Angleterre même. Ce qui était sensé n'être qu'une façon de se débarrasser de la cible que son ascendance avait placé sur son dos avait réussi à devenir un projet d'avenir. Pas suffisamment stable d'après certains, probablement pas si épanouissant selon d'autres, du gâchis avança même Slughorn, lors de son avant-dernière retenue en sa compagnie. Et Dorcas écouta, plus attachée à l'opinion d'autrui qu'elle ne voulait bien l'admettre.

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« Tu es sûre que tout va bien ? Tout le monde te traite correctement ? » demanda sa mère, une fois de plus, au-dessus de sa tasse de thé. Dorcas retint le soupir agacé qui lui montait aux lèvres mais ne résista pas à l'envie de lancer un regard peu amène en direction de son père. Elle aurait dû savoir que rien de bon n'arriverait, si il décidait de parler de ses petits problèmes de comportement à Poudlard. « Promis maman, tout va bien » souffla-t-elle, aussi gênée qu'irritée. C'était tous les dimanches la même question, les mêmes inquiétudes. Elle savait pertinemment que sa mère ne supportait pas de la savoir à Londres, qu'elle aurait préféré la voir transplaner chaque soir à la maison pour le dîner. Anthea Meadowes s'inquiétait trop, tout le temps et si son imagination galopante en était en grande partie responsable, Dorcas était prête à parier que la distance qu'elle s'imposait avec la communauté magique y était également pour beaucoup. Vivre en moldue n'était, selon sa mère, pas un problème mais avec les années, elle avait appris à lire à travers les lignes et les sourires rassurants. « Je pourrais peut-être te faire visiter un jour ? » fit-elle, pourtant consciente que ce genre de propositions, cruellement tentantes, étaient toujours refusées. Sa mère secoua la tête avec un vague sourire triste. « Non chérie, concentre-toi sur ton travail, d'accord ? Et finis ton assiette veux-tu, je ne sais pas comment tu vis là-bas mais clairement, tu ne manges pas assez » bougonna-t-elle. Ah, oui, la vieille rengaine, destinée à lui faire changer d'avis quant à l'appartement minuscule qu'elle s'était trouvée, deux ans plus tôt. Dorcas avait l'habitude et elle se contenta de sourire, amusée. Il était certainement préférable de ne pas lui dire qu'elle n'avait effectivement pas toujours le temps d'avaler un vrai repas ou qu'il lui arrivait de se jeter sur son lit en rentrant plutôt que de dîner. Elle aurait pu s'inquiéter sérieusement et comprendre que sa fille unique ne passait pas sa vie derrière un bureau.

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C'est loin de son bureau que sa vie prit un virage inattendu, entre un whisky Pur-Feu et une Philip Morris, tous deux tenus par nul autre que Theodore Lewis, au fond du Chaudron Baveur où ils s'étaient retrouvés par hasard. Ils ne s'étaient pas revus depuis l'été 63 et cette poignée de mains, à King's Cross, en guise d'adieux. Elle avait vaguement entendu parler de lui, de cette brillante carrière qui s'annonçait à Sainte-Mangouste, mais sans jamais chercher à en savoir plus. Parce que ça ne l'intéressait pas, parce qu'elle n'avait pas oublié ni pardonné les brimades de ses premières années à Poudlard. Parce qu'il était resté un enfoiré pompeux dans son esprit et qu'elle n'avait aucune raison de changer d'avis. Elle s'efforça de se dire que ce n'était pas le cas, qu'il lui avait plu sur le moment et qu'elle se sentait seule peut-être. Cela expliquait assurément la première fois mais pas celles qui avaient suivi. Et c'était peut-être ça, le problème. Elle ne pouvait pas l'expliquer, ne voulait pas vraiment non plus mais, évidemment, ça ne pouvait pas durer.

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Le sommeil se faisait attendre, comme souvent, principalement parce que Teddy n’en avait jamais fini de parler, parler, parler et qu’elle l’écoutait, idiote qu’elle était. Il s’était emmêlé dans une histoire à propos d’une collègue – ou s’agissait-il d’une membre de sa famille ? No bloody idea – et de son mariage catastrophe qui battait de l’aile, exactement le genre de sujets que Dorcas aimait aborder sur l’oreiller. Elle comprit néanmoins qu’elle avait totalement perdu le fil lorsqu’elle réalisa qu’il s’était tu et qu’il l’observait, avec un sourire qui n’augurait rien de bon. « Quoi ? » La question semblait faible, la fatigue probablement. « Je voulais juste savoir comment tu envisageais la suite » demanda-t-il et Dorcas cligna des yeux sans comprendre. La suite, la suite de quoi ? De la soirée ? Avait-il pris un coup sur la tête au cours des dix dernières minutes ? L’avait-elle frappé sans s’en rendre compte ? Elle ne comprenait pas, vraiment pas et manifestement, Lewis trouvait ça un rien agaçant. Il soupira, passant une main sur son visage. « Nous, Doe. Toi, moi, nous, merde » lâcha-t-il et oh. Muette, elle l’observa un moment avant d’éclater de rire, persuadée qu’il s’agissait là d’une autre de ses blagues vaseuses, concoctées pour la faire sortir de ses gonds – te détendre Doe, c’est sensé te détendre et, ouais, tu parles. « Nous ? Quoi, tu veux m’épouser ? » ricana-t-elle en se redressant. Elle attrapa ses cigarettes sans cesser de rire et continua sur sa lancée. Sa terrible, terrible lancée. « Allons bon, Teddy, ne sois pas idiot. Et puis que diraient tes copains sang-purs ? Allez, arrête tes conneries et passe-moi ton briquet » lança-t-elle, une main tendue vers lui. Il ne bougea pas, étonnement crispé. Quel merveilleux comédien il faisait. Sans se départir de son sourire, Dorcas lui asséna un léger coup contre l’épaule, lequel sembla ramener ce grand benêt à la réalité. « Mes copains ? » articula-t-il froidement. Oho. Merde, merde, merde, elle n’avait pas prévu un tel revirement – mais quand avait-elle prévu quoi que ce soit lorsqu’il s’agissait de lui, vraiment ? « Oui, ta, ta petite bande de Poudlard » souffla-t-elle, un rien impressionnée. C’était ça, c’était exactement le genre de moments où elle réalisait, un peu trop tard hélas, qu’une situation allait lui échapper, soit parce qu’une tasse lui glissait des mains ou parce que l’expression d’un interlocuteur changeait drastiquement. Et cette fois, il ne s’agissait pas d’un quelconque sorcier, d’un type qu’on soupçonnait d’avoir des informations sensibles ou d’un proche de mangemort. Non, c’était Teddy – son Teddy, malgré ce qu’elle refusait d’admettre. « Ma petite bande de Poudlard. Jones et les autres, tu veux dire ? Reprit-il, sur le même ton distant et glacial. Doe, la dernière fois que j’en ai vu un, c’est parce que sa tête avait triplé de volume et que j’étais de garde » Right. Comme s’il n’était pas resté en contact avec ses charmants camarades. Même l’équipe de Quidditch ? Dorcas n’y croyait pas, probablement parce qu’elle-même voyait toujours régulièrement Idunn, tant au Ministère qu’en-dehors. « Tu vas me faire croire que tu ne les revois pas pour de petites réunions entre sorciers civilisés ? Fais attention tu sais, on surveille la majorité d’entre eux. Et puis on savait que tu frayes avec quelqu'un comme moi, tu- » Il l’arrêta d’un geste, l’une de ses mains agrippant son poignet si fort qu’elle en lâcha son paquet de cigarette et, l’espace d’une seconde, eut peur. Vaguement. Peut-être. Mais, ah, here he was, la sale petite brute qu’elle avait connu gamine, qui fanfaronnait sur son balai. Il n’avait pas changé, elle ne s’était pas trompée. « Quelqu'un comme toi ? » répéta-t-il et, Merlin qu’il était irritant, à reprendre tout ce qu’elle lui balançait. Technique maladroite et typique du mec sans argument. Bien, bien. « Oh pitié Theodore, tu joues très mal l’indignation, d’accord ? Et lâche-moi, ajouta-t-elle sèchement, tirant suffisamment fort pour qu’il obtempère sans trop broncher. Oui, les gens comme moi, exactement. Tu as déjà oublié ? Quoi, je t’ai vexé ? Excuse-moi, tu es peut-être très adroit de tes dix doigts mais pas assez pour me faire oublier ça » Dorcas, rancunière ? Oh non, si peu.

D’un bond, Theodore quitta le lit – son lit à elle, pas le leur, non, elle n’en était absolument pas arrivée à le considérer ainsi, surtout pas – et lui tourna le dos pour se rhabiller. D’ordinaire, pareille vue ne la dérangeait pas tant. Elle tenait à son indépendance et elle appréciait l’angle, évidemment. Aujourd’hui, voir ses épaules si raides, ses gestes si saccadés la mettaient dans un état qu’elle n’était pas certaine de comprendre. « Alors c’est ce que tu penses de moi ? Que la pureté du sang m’importe vraiment ? » Il y avait dans sa voix un accent désespéré qu’elle n’avait jamais entendu jusque-là et, pourtant, elle le connaissait depuis de nombreuses années. « Ne prends pas ce ton-là, tenta-t-elle, maladroitement. C’est ce que tu as dit- » Il l’interrompit à nouveau ou, plutôt, elle se tut lorsqu’il se tourna finalement vers elle, l’air furieux. « Bordel Doe, j’avais quinze ans, j’aurais dit n’importe quoi pour être accepté ! Et je ne suis moins sang-mêlé que toi, je te rappelle » Elle ouvrit la bouche pour répliquer mais il ne lui laissa pas le temps d’intervenir. « Non, vraiment, ta gueule. La grande Dorcas Meadowes s’en est sortie sans trahir ses principes, je suis au courant, merci. Bravo, quel exploit. Dommage que nous autres, pauvres crétins sans cervelle n’ayons pas ta force de caractère. Tu ne peux peut-être pas nous le pardonner Meadowes, mais tu pourrais au moins essayer de comprendre ! » Ouch. Difficile de prétendre qu’une telle tirade ne l’atteignait pas. Elle avait conscience d’agacer, de passer pour une pétasse prétentieuse aux yeux d’un grand nombre de gens, collègues comme inconnus, mais Teddy ? « Ce n’est pas- » Ce n’était pas quoi ? Pas ce qu’elle avait voulu dire ? Si, probablement que si. « Si, c’est exactement ce que tu voulais dire, répliqua-t-il, comme s’il lisait dans ses pensées – which, no, il n’aurait jamais osé. Et tu sais quoi, j’aurais préféré que tu me dises ce que tu avais sur le cœur plus tôt, ça nous aurait évité bien des complications » conclut-il en boutonnant sa chemise. Elle le regarda faire sans un mot, sans vraiment enregistrer ce qu’il venait de lui cracher au visage. Pourquoi et comment en étaient-ils arrivés là, elle n’était pas certaine de vouloir la réponse et, vulnérable, elle ramena ses genoux contre sa poitrine, détournant le regard. Trop difficile soudain, trop intime. L’ironie avait un sérieux goût d’amertume. Et Dorcas n’aimait pas ça.

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Et juste comme ça, Teddy – Theodore, se forçait-elle à l’appeler mentalement – disparut de son quotidien. Physiquement, du moins. Elle savait qu’il était toujours quelque part, dans un coin de sa tête, dans ce paquet de Philip Morris qui traîna des mois sur sa table de nuit, dans ce pull abandonné un soir du printemps  72 et qu’il ne récupéra jamais, dans ces livres qu’il lui avait offert et dont la seule vue lui inspirait regrets et irritation. Elle espéra le voir réapparaître pendant un temps, attendant parfois d’entendre son pas dans le couloir, son poing contre la porte. Mais rien. Dorcas se fit une raison, fuma ce stupide paquet, lança ce stupide pull au fond d’un placard, perdit ces stupides livres ici et là dans sa bibliothèque. Rangea Teddy au rayon des souvenirs doux-amers auxquels il fallait soigneusement éviter de penser. Et, bien vite, elle eut d'autres regrets à gérer.

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Baignée par la lumière du matin, la maison paraissait presque paisible, théâtre idéal de petits bonheurs simples, comme dans les souvenirs de Dorcas. Hébétée, assise sur la plus haute marche de l’escalier, elle regardait ses collègues aller et venir sans vraiment comprendre. Le patronus de son père l’avait surprise en plein sommeil et elle avait à peine pensé à attraper une robe de chambre avant de transplaner sur le perron du cottage familial, grouillant déjà d’inconnus au visage fermé, à l’air déterminé. On avait vérifié son identité, on lui avait serré la main – plusieurs fois – on lui avait présenté des condoléances – à chaque fois – mais elle avait laissé ce triste spectacle se dérouler sans elle, participante muette et impuissante qui ne comprenait pas. Elle avait trouvé refuge à l’étage, incapable de rester debout plus longtemps, sentant le sol et les murs bouger tout autour d’elle, alors que la tête avait cessé de tourner un peu plus tôt dans la nuit, arrêté par la voix caverneuse de son paternel. Il lui fallait s’asseoir, il lui fallait respirer et quand respirer était donc devenu si compliqué ? « Doe ? Doe ? Dorcas ! » Elle sursauta, réalisant que son père se tenait là, devant elle. Il avait vieilli de dix ans en l’espace d’une semaine, semblait-il, et elle faillit ne pas le reconnaître. « Dorcas, ça suffit » ordonna-t-il et il lui saisit les épaules. Dorcas comprit que ce n’était pas les murs ni le sol qui allaient et venaient mais bien son corps qui tremblait en rythme, sans son accord. « Respire. S'il te plaît ? » Quoi ? Que voulait-il ? Et comme s’il avait compris, son père inspira, redressant la tête pour accentuer la démonstration. Il expira bruyamment et recommença, encore. « Allez. Avec moi, d’accord ? Respire Doe, juste… respire » reprit-il et il ne s’arrêta pas, continuant de la guider, tant par les mots que par les gestes, jusqu’à ce qu’elle s’exécute. La première inspiration lui sembla douloureuse et, avec l’air, vinrent les larmes. Elle s’affaissa soudainement, écrasée par l’envie de hurler, terrassée par le gouffre qu’elle sentait s’ouvrir dans sa poitrine. Sa vue se brouilla, sa gorge s’assécha et elle s’effondra dans les bras de son père, qui murmurait toujours ce mot stupide. Respire, respire, respire.

Elle sanglota longtemps, une heure peut-être ou deux, avant de parvenir à se calmer pour laisser échapper un aveu terrible qui s’était imposé immédiatement lorsqu’elle avait appris la nouvelle. « C’est à cause de moi » articula-t-elle, les yeux humides et le menton tremblant encore. Magnus essuya ses joues avec un pauvre sourire. « Non, je t’assure que non chérie » Comme elle aurait voulu le croire mais comment aurait-elle pu ? Elle passait ses journées à traquer des monstres pour qui meurtre et torture était un programme plaisant et elle ne s’en cachait pas. Bon nombre d’aurors avaient mis leur famille en sécurité et Dorcas n’en avait pas vu l’utilité, persuadée que le simple fait que ses parents vivent à l’écart de tout les protégerait. « Si, c’est de ma faute » insista-t-elle, sentant une nouvelle salve de sanglots arriver. Elle voulut recouvrir son visage de ses mains mais son père l’arrêta, secouant la tête tristement. « Non, Dorcas, ce n’est pas de ta faute. Ce n’est pas toi, tu comprends ? » fit-il doucement. Quoi, comment ça, ce n’était pas elle ? Qui, sinon elle ? Elle fronça les sourcils, pas certaine de comprendre ce qu’il voulait dire. « C’est moi, reprit-il, c’est de ma faute si ils sont venus ici. Si ils nous l’ont prise. J’aurais dû être plus prudent mais ta mère comprend- comprenait. C’est elle qui m’y a poussé, tu sais ? On ne dit pas non à Dumbledore mais pour elle, j’aurais pu essayer mais elle, Dorcas, elle m’a convaincue, elle- » Non. Non, ce n’était pas possible. Pas son père, le petit apothicaire sans histoire, attaché à son confort et sa petite tranquillité. Son père, trop heureux de vivre à l’écart du monde et de ses problèmes, son père ne pouvait pas avoir rejoint la petite organisation de Dumbledore. Pas lui. Non.

C’était trop d’informations à avaler et, d’un signe de tête, elle l’arrêta. Pas maintenant, elle ne pouvait pas entendre ça maintenant. Pas avec le corps torturé de sa mère à quelques mètres de là. Pas alors qu’elle avait déjà du mal à assimiler cette terrible, terrible nouvelle. « Tais-toi. Tais-toi, je ne peux pas » souffla-t-elle en se laissant aller contre lui. Plus tard, peut-être en parleraient-ils. Plus tard, quand elle aurait compris ce qui s’était passé ici.

(...)

Plus tard vint trois mois après le meurtre de sa mère. Trois mois au cours desquels elle vit peu son père, incapable de gérer le flot d'émotions contradictoires qu'il lui inspirait. Elle était tantôt furieuse, tantôt désespérée, parfois terrifiée à l'idée qu'il lui arrive quoi que ce soit et d'autres, déterminée à lui faire payer son imprudence. Elle finit par débarquer dans sa boutique, un matin, aux aurores. Le cottage, s'il lui appartenait toujours, n'avait pas vu l'ombre de son propriétaire depuis le meurtre – Dorcas l'avait appris dans l'une des nombreuses lettres qu'il lui avait envoyé, toutes restées sans réponse – aussi ne s'étonna-t-elle pas lorsqu'elle le trouva dans l'arrière-boutique. « Je veux en être » annonça-t-elle de but en blanc, sans même prendre le temps de le saluer. Assis derrière sa table de travail, son père remonta ses lunettes sur son nez et l'observa un instant, songeur. « Pourquoi ? » demanda-t-il simplement. Elle s'attendiat à cette question, avait préparé plus d'une douzaine de réponses. Pourtant, tous ses arguments restèrent coincés dans sa gorge, repoussés par le regard insistant de son père. Dorcas réprima un frisson et carra les épaules. Elle avait beaucoup trop réfléchi pour se laisser impressionner. « Parce que j'en ai le droit. Parce que je me bats déjà tous les jours et que ça n'est pas suffisant. Je veux en être et si il le faut, j'irai voir Dumbledore lui-même » asséna-t-elle, la voix légèrement tremblante. Trois mois de silence et c'était là tout ce qu'elle trouvait à dire à son père. Peut-être l'estimait-elle responsable, un peu au moins, de ce qui était arrivé à sa mère. Peut-être. « Eh bien, je ne peux pas dire que ça me plaise, lança son paternel mais, alors qu'elle ouvrait la bouche pour répliquer, il l'arrêta d'un geste de la main et continua, mais c'est ta décision, j'imagine » Il n'approuvait pas, c'était certain, mais elle avait imaginé plus de résistance. Elle songea une seconde à lui demander s'il se sentait bien, s'il n'était pas en train de s'adoucir avec le temps mais elle se ravisa. Ce n'était pas le temps, ce n'était pas l'âge mais la mort de sa femme qui avait sérieusement ébranlé Magnus Meadowes. Dorcas baissa la tête, vaguement honteuse. Elle n'avait pas oublié, ne pourrait jamais vraiment mais pendant de courts instants, parfois, il n'était pas rare qu'elle s'éloigne de la réalité, qu'elle s'imagine que tout ça n'était qu'un cauchemar et que sa mère allait passer la porte, une tarte entre les mains ou qu'elle allait traverser la pièce en pestant à propos du temps qui n'en cessait pas d'empirer. Pendant quelques fractions de secondes, il lui arrivait, oui, d'occulter le chagrin et l'absence mais ils revenaient toujours, chaque fois plus violemment. « Merci » murmura-t-elle, en effleurant l'épaule décharnée de son père d'une main timide. Il avait maigri, beaucoup d'ailleurs, comme si le deuil le grignotait, morceau par morceau. Dorcas aurait voulu l'aider, vraiment, mais elle avait la sensation qu'il était déjà trop tard.

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Par un hasard des plus morbides, Magnus Meadowes disparut le 10 août suivant, la veille de son soixantième anniversaire. On murmura des hypothèses terribles mais Dorcas refusa de les écouter, préférant se ranger à l'avis des guérisseurs et accepter le fait que son père n'avait pas supporter le deuil. Imaginer que son corps, à bout de force, n'avait pas pu endurer le chagrin était bien moins difficile que de penser qu'il avait pu attenter à sa propre vie et l'abandonner ainsi.

L'enterrement se déroula sans heurt, presque paisiblement. Dorcas accepta les fleurs et les condoléances, les sourires de compassion et les anecdotes certainement embellies des vieux amis de ses parents. Elle se laissa porter par les amis et les connaissances, le temps d'une journée. Pour reprendre son souffle, avant de continuer. Parce qu'elle n'avait pas le choix, après tout. Parce qu'il fallait avancer. Pour elle-même, pour ses parents, pour les gens qui tombaient encore et toujours sans qu'on ne parvienne à arrêter qui que ce soit. Le travail et l'Ordre, surtout, se révélèrent être un exutoire qui la laissait rompue et incapable d'aligner deux pensées cohérentes lorsqu'elle retrouvait son appartement silencieux. Exactement ce dont elle avait besoin, pendant un temps du moins.


(i wanna hold your hand)
now we're picking fights and slamming doors, magnifying all our flaws, and i wonder why, wonder what for, why we keep coming back for more? is it just our bodies? are we both losing our minds? is the only reason you're holding me tonight 'cause we're scared to be lonely? do we need somebody just to feel like we're alright? is the only reason you're holding me tonight?
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dorcas | if the hurt comes, so will the happiness
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