There is this girl who stole my heart and she calls me Daddy.

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MessageSujet: There is this girl who stole my heart and she calls me Daddy.   Lun 11 Déc - 19:30

« Les voilà qui arrivent sur le terrain ! Vous entendez ça Magnus ? Les supporters sont en forme ! »  Des tonnerres d'acclamations et d'encouragements grondent sur le terrain de Quidditch, emportant dans sa houle des flots d'enthousiasme et de clameurs inondant tout le stade. Des éclats bien vivants, comme pour ne jamais plier l'échine sous le poids de ces sombres jours. Et entre les ovations tonitruantes et les voix des commentateurs portées par des sortilèges de Sonorus, un nom se distingue parmi d'autres. D'un cri la foule s'exclame ; acclamations interceptées par ledit Magnus – grand homme ventripotent dont le double-menton s'agite sous la fougue d'une gesticulation exaltée. « J'entends surtout le nom du jeune Lúðvík Whitaker. Regardez comme il salue la foule et nargue ses adversaires ! » « Où est-il ? » « Voyons c'est le numéro 11. » Une bonne humeur contagieuse submergeant le public comme les animateurs, lesquels promettent un match d'exception nourrie en partie par l'impétuosité du jeune batteur aux airs vaguement islandais.

***

« T'as vraiment un jeu merdique, Mc Guff ! » L'ambiance dans les vestiaires s'était passablement refroidie. L'équipe anglaise ayant quitté le terrain dépitée, rompue par une frustration scellant leurs lippes. Parmi les faciès désappointés et les langues mutiques, résonnait pourtant en un grondement la voix rauque et avérée de celui qui jamais ne sut se taire lorsque le moment le voulut ainsi. Fulminant contre un comparse, Lust s'ébrouait de rage, poussant le malheureux comme il crachait sur lui son venin. La seule erreur que fit l'attrapeur de l'équipe fut alors de ne pas se saisir du vif d'or avant l'adversaire, alors même que les Faucons de Falmouth se targuaient de disposer de cent cinquante points d'avance. L'attrapeur, las d'argumenter en vain (puisqu'il répétait, et l'on put lui prêter aisément raison, que son homologue français était véritablement doué et qu'à ce titre il n'avait rien pu faire), s'empourpra à son tour puis commença à répondre aux provocations physiques de Whitaker. Une altercation fort heureusement avortée par l'entraîneur qui entra dès lors en trombe dans les vestiaires, le teint rubicond de courroux, et se précipitant sur les deux belliqueux. « Mc Guff a donné tout ce qu'il avait, Whitaker. Comme tout le monde ici ! C'est un match amical ! A-MI-CAL ! Tu comprends ce que ça veut dire ou je dois te le souffler dans les bronches en islandais aussi ? » Le concerné serra la mâchoire dans un tic dont il ne savait se défaire depuis des années, s'éloignant de son comparse ayant suscité en lui tant d'injustice mais laissant transparaître quelques signes de nervosité. Une attitude qui déplut fortement à Wilfried, lequel usa de quelques conseils avisés : « Continue comme ça et c'est une mise à pied que tu recevras. Et je ne pourrais rien faire pour toi... Allez dégage. » « Quoi ? » Timbre agressif, comme une vipère coulant sur sa langue. « Tu dégages, quelqu'un t'attends dehors. » « Je ne me suis même pas chan... » « Je veux pas le savoir. Tu sors, et pour une fois tu fais preuve de galanterie. » Faisant fi des préconisations étranges de l'entraîneur, Lust s'exécuta avec un panache aussi fiévreux que lapidaire. Une animosité empoignant son myocarde, usant des serres de la contrariété. Celle de ne pas avoir remporté le match, et ce en dépit des boulets de canon qu'il eut maintes fois envoyé sur le gardien adverse. Sa vanité s'ébranlait aisément à la défaite.

***

Au-dehors les acclamations lointaines des supporters (plus bruyantes du côté français, ce qui tira sur son visage quelques traits courroucés) accélérèrent son pouls. L'homme se voulant mature avait des airs de jeune gamin partant à la conquête du monde et se targuant de tout connaître. Il s'était ainsi forgé son image ; celle de l'amant absolu et du gendre discutable. Toute une image de marque dont il ne voulait se défaire.

« Salut. » Elle se dressait face à lui, provoquant tout contre son buste les dérives d'un cœur gonflé de sentiments. Instants de flottement pour mieux reprendre ses esprits et s'assurer de sa présence ; Lust après tout l'avait cherchée du regard parmi le public sans la trouver (pouvait-on l'en blâmer), quand la défaite de son équipe avait soudainement gommé toute trace de Cassandra. La sentir près de lui l'emplissait de paradoxes ; entre l'ivresse et la rancune. Car en dépit de sa sortie théâtrale, le jeune homme n'avait pas digéré la cruauté de ses dernières paroles. « On va quand même fêter ça avec l'équipe. Tu veux venir ? » S'écoutant soudain parler, Lust entendit les échos enténébrés d'une voix désabusée par la défaite. Faute d'y palier réellement, il se racla la gorge et argua derechef : « Tu ne seras pas la seule femme, il y en aura plein d'autres là où l'on va. » Quelques secondes mutiques, faisant le deuil d'un silence qu'il aurait du respecter. Comprenant sa bévue, le jeune homme tenta de se rattraper, entrouvrit les lèvres et, comme il comprit que rien ne put panser son impair, décida de rester muet puis leva à la place sa main droite vers son visage. Geste 'je m'en foutiste' prompt à nourrir sa contrariété.
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MessageSujet: Re: There is this girl who stole my heart and she calls me Daddy.   Lun 11 Déc - 21:26

« Mais on va où, Maman ? » la petite voix impatiente et impétueuse d’Eydis me fit sourire. Elle ne demande pas, elle exige des réponses. Malgré une éducation que j’avais voulu bienveillante et stricte, ma fille gardait des travers imprimés dans son ADN. Loin d’être capricieuse, elle était néanmoins directive et têtue, et une âme de leader sommeillait dans sa petite tête blonde. Je le savais, Eydis serait de celles qui influencent, et j’ignorais encore si je devais m’en réjouir. « Tu verras » répondis-je d’un air que je voulais enjoué, mais qui cachait une certaine anxiété à l’idée de la journée que nous allions passer. J’attrapai mon manteau, tandis qu’Eydis enfonçait un bonnet sur sa tête, et sortait avec peine sa longue chevelure blonde, coincée sous son manteau. Ses yeux mordorés regardaient tout autour d’elle à la recherche d’informations qu’elle ne trouverait pas, tandis qu’une moue boudeuse annonçait son humeur. « Pas les boutiques, j’espère » grogna-t-elle dans son écharpe en attrapant la main que je lui tendais. Je ne risquais de l’emmener faire les boutiques, pour la simple et bonne raison que ma fille détestait ça. Elle n’aimait pas le monde qui entrait dans son espace vital, le bruit sourd de la foule et les cris hystériques des enfants capricieux. De plus, bien malgré elle, Eydis attirait le monde, et tout un chacun gravitait autour d’elle, malgré son air parfois hautain et froid. La digne fille de son père, songeai-je le cœur serré.

xxx

Comme prévu, les yeux d’Eydis s’étaient émerveillés quand elle eut enfin compris qu’elle allait assister à un match de Quidditch. Le premier de toute sa vie. Moi qui n’aimais pas ce sport, je m’étais toujours refusée à subir les hurlements d’une foule déchaînée et les airs supérieurs des joueurs de Quidditch. Enfin, c’était la version officielle. Officieusement, je préférais m’éloigner de tout ce qui me rapprochait de Lust. Bien sûr, je m’étais bien gardée de lui dire que je venais, et encore moins avec Eydis. Mon idée était simple : assister au match, laisser Eydis profiter du spectacle, et rentrer à la maison.

« On est pour qui maman ? » demanda Eydis en s’installant confortablement, un paquet de pop-corn à la maison. « Pour la France, chérie ». Pour qui d’autre ? Certainement pas pour l’Angleterre, pensai-je avec un petit sourire en coin. Et quelle bonne idée, que d’être pour l’équipe vainqueur. Le match ne dura guère plus d’une heure, et il était difficile de regarder les joueurs plus de quelques secondes, tant ils filaient à la vitesse de l’éclair sur leur balai. Plusieurs fois, j’aperçus la silhouette chérie entre mille de Lust, espérant au plus profond de moi qu’il ne me remarque pas.

« Moi je veux être batteur ! » s’exclama la petite fille, des étoiles pleins les yeux. « Bah voyons » grommelai-je plus pour moi-même. « Il est fort le 11 ! » «  On est pour la France, Eydis ! ». Je lui adressai un petit sourire en coin tandis qu’elle me répondait un vague « Ah oui, c’est vrai ! ». Elle me faisait rire, et je l’en aimais davantage – si c’était possible. Quand le match se termina enfin, elle semblait sur un petit nuage. Ses yeux brillaient de mille feux, ses cheveux étaient dans tous les sens, tant elle les avait triturés, son sourire s’étendait jusqu’aux oreilles. Elle était magnifique, me dis-je sans aucune objectivité. «  Rentrons » lui dis-je finalement en la prenant par la main. Nous descendîmes les marches qui menaient jusqu’en bas afin de rejoindre le chemin du retour.

« Cassandra ?! Cassandra ?! » Surprise, je me retournai vers la voix qui m’interpelait et croisai le regard familier du coach des Faucons de Falmouth. «  Oh, bonjour » dis-je poliment avec un petit sourire. Eydis regarda l’homme d’un air intrigué, et quand ce dernier la remarqua, il ouvrit un peu plus grand ses yeux. Il observa l’enfant avec attention, soutenant son regard quand elle ancra ses yeux bruns, sûre d’elle, dans ses yeux intrigués. Je ne sus pas s’il comprit de qui Eydis était la fille, mais j’étais sûre qu’il sentait bien que quelque chose clochait. « Venez avec moi, je suis sûr que Lust sera très content de vous voir ! » « Oh non je ne voudrais pas… » Mais il ne m'écoutait déjà plus, et s’était emparé de mon bras pour mieux m’entraîner à travers la foule. De mon autre main, j’agrippai le poignet d’Eydis pour m’assurer de ne pas la lâcher, et j’entendais celle-ci se plaindre de ma poigne un peu trop intrusive.

Bientôt, nous arrivâmes à proximité des vestiaires, et Wilfried me somma d’attendre sagement. J’avais le cœur qui battait, et je sentais l’adrénaline électriser mes veines. Je n’étais pas prête, ce n’était pas prévu. Eydis patientait à côté de moi, sans savoir ce qu’elle attendait, tandis qu’un débat houleux faisait rage dans ma tête. « Oh regarde ! Des framboises ! » s’exclama Eydis en s’éloignant un peu pour cueillir l’objet de sa convoitise. J’étais encore en train de réfléchir à prendre la fuite, quand je sentis une ombre s’allonger sur moi. Je levai la tête au moment même où sa voix suave percutait mes tympans.

« Salut. » Et mon cœur de s’emballer davantage. C’était trop tard, songeai-je avec panique. Eydis était un peu plus loin, sur la gauche lointaine de Lust. Peut-être qu’il ne la verrait pas, si elle restait avec ses framboises. «  Salut » répondis-je finalement.  « On va quand même fêter ça avec l'équipe. Tu veux venir ? » Fêter quoi ? songeai-je avec mauvaise foi. Je n’ajoutai rien cependant, cherchant un moyen de le faire retourner d’où il venait. Et plus je cherchai à le faire fuir, plus j’espérai qu’il reste. Mon corps tout entier subissait la tension qui nous liait inlassablement. « Tu ne seras pas la seule femme, il y en aura plein d'autres là où l'on va. » « C’est gentil de ta part, mais je pense que je vais… »

C’était trop tard, et je suspendis ma phrase alors qu’Eydis s’approchait en courant. J’étais sûre de deux choses : elle avait reconnu le joueur qui lui avait tapé dans l’œil, un onze placardait le dos de Lust, et lui avait déjà tourné la tête dans sa direction et comprenait de qui il s’agissait. Eydis fut la plus rapide. « Le Onze ! » s’exclama-t-elle. « J’étais pour la France, mais t’étais mon préféré ». Un sourire enfantin, des yeux qui brillent, et voilà qu’Eydis, fougueuse et enthousiaste, part, sans le savoir, à la conquête du cœur de son père.
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MessageSujet: Re: There is this girl who stole my heart and she calls me Daddy.   Mer 27 Déc - 15:27

Lorsqu'il parlait, sa voix en dépit d'un timbre poli de contrariété due à la défaite, corroborait plus encore cette combativité qu'il dégageait. Une teinte de condescendance, toujours, même à l'encontre des gens qu'il appréciait. Rien que pour cela, certaines entités médiatiques l'exécraient mais se devaient de dépeindre un portrait charmant s'ils espéraient rafler encore quelques interviews. Lorsqu'alors une silhouette frêle et fugace accourant vers lui l'exhorta de décrocher son regard de Cassandra ; fait assez rare pur être souligné, Lust soudain ne l'écoutait plus. Les dires de la française coulaient jusqu'à ses oreilles sans jamais s'y accrocher car le joueur de Quidditch venait de dévier son intérêt vers une autre. La même blondeur, les mêmes traits fins, un regard différent sans nul doute. Des orbes brunes, en forme de noisette. Plutôt grande, déjà, malgré la légèreté de sa silhouette présumant un poids de moineau. Lust l'observa à la dérobée, la gorge aussi crispée que son myocarde abasourdi, tentant d'estimer l'âge de l'enfant comme l'on repeint parfois sa vie. Par quelques miasmes de souvenirs flous et incertains, de ceux que l'on enterre pour ne pas les raviver et que l'on oublie au point de se demander si la réalité de leurs spectres n'étaient pas finalement quelques bribes de rêves auxquels se raccrocher. Elle parla enfin, et Lust sortit de sa léthargie. « J’étais pour la France, mais t’étais mon préféré ! » fit-elle avec une spontanéité qui le déconcerta. Son faciès troublé mit quelques secondes avant de se dérider ; Lust recouvra enfin son sourire et sa superbe, lorsqu'il argua avec une vanité taquine : « Bien sûr, rien d'étonnant. » La fillette se mit à rire, et l'homme s'en gargarisa. Il se fit dès lors la promesse de toujours décocher des monceaux de rires à ses lèvres. Alors il lui demanda son prénom, la petite s'exécuta non sans bomber le torse d'une fierté naïve qui le fit sourire, arguant que l'Islande faisait écho à l'originalité de son petit nom. « Moi aussi j'ai un prénom islandais. » Etrange pantomime du père à l'encontre de l'enfant ; il bomba lui aussi légèrement le torse sous le regard admiratif de la fillette. « Je m'appelle Lúðvíg.» Les échanges lui parurent recouverts de brume, mus par un espace-temps qui sembla inconnu des mortels. Mis à part eux, plus rien n'existait. Cassandra parfois réapparaissait dans son champ de vision, lorsque l'éclat de sa conscience le rappelait cruellement à la réalité. Puis lorsqu'un silence s'installa, subtil mais bien assez long pour permettre leur fuite polie, Lust s'agita tel un enfant. Il eut une idée fameuse, du moins était-il prompt à s'y raccrocher : « Je vous invite à dîner, toutes les deux. Ils ont installé un restaurant gastronomique italien sous une tente, à l'autre bout du terrain. » Grisé par la présence de Eydis, Lust recouvra une fougue aussi enfantine que rusée. Car le jeune homme voulait s'assurer qu'elles ne partiraient pas. Aussi tendit-il à Eydis ses lunettes de Quidditch : « Tiens-moi ça le temps que j'aille me changer. J'en ai pas pour longtemps. » Regard furtif envers Cassandra afin de jauger sa réaction, avant de captiver l'enfant afin de s'assurer de sa patience à venir (et surtout de sa faculté à persuader sa mère de rester). « Ensuite on pourra parler de Quidditch, et comment je suis resté cinq jours dans le coma à cause d'un cognard. » Il avait touché juste, les grands yeux bruns de Eydis le confortèrent dans sa stratégie. Ainsi tourna-t-il les talons non sans réitérer auprès de Cassandra, mû par une soudaine impatience le faisant courir vers les vestiaires, qu'il n'en avait que pour quelques minutes.

***

« Lust ? » Wilfried harangua son joueur dont la démarche rapide vers les douches témoignait de sa précipitation. L'entraîneur insista, finissant par scander son prénom de telle sorte que le concerné se tourna enfin vers lui, non sans maugréer. « J'suis pressé. Je ne viens pas avec vous ce soir. » « Lust écoute...  » « Ca va, arrête de me paterner. Je ne boirai pas et je rentrerai chez moi à Londres ce soir. C'est bon, tu vas tenir le coup sans moi ? » La poigne de Wilfried l'enjoignit à se stopper et le regarder dans ses yeux. Le joueur y vit une inquiétude qu'il ne lui connaissait guère, suscitant soudain en lui un soupçon d'inquiétude. « Quoi ? » « C'est la femme de ta pensine, pas vrai ? » Le mutisme du jeune homme, air grave et pincé, décocha à Wilfried un soupir soucieux. Sous prétexte de quelques exercices visant à alléger sa conscience et donc son psychisme, l'entraîneur avait vu, perçu et ressenti le passé de son poulain. Garant de ses souvenirs scellés, tel un garde-fou. « Sois prudent. Ne te pollue pas la tête. Tu n'as jamais été aussi près de l'apogée de ta carrière. Ne fous pas tout en l'air pour une femme. » Mutique, Lust se sentit blêmir. Furetant dans le moindre recoin de son cerveau les mémoires les plus cruelles, comme les plus chéries. « Une femme et une fille. » Sur ces mots fendus dans un souffle, le jeune homme s'en retourna vers les douches, laissant derrière lui la figure d'un père factice soudain inquiet.


***

« Ah vous m'avez attendu, c'est parfait ! » «  Maman elle dit qu'elle a pas faim. » « On a toujours faim quand il s'agit de manger italien. Tu as déjà goûté un tiramisu ? » « Non, c'est quoi ? » Inséparables sûrement, le père et la fille ouvrirent la marche avec entrain. De longues minutes qu'ils ne virent pas passer, au point qu'il en oublia – presqu'un instant – la présence de Cassandra. Il crut bon de s'en excuser à demi-mot, profitant de l'énergie de Eydis accourant déjà vers une tente d'apparence vétuste et de toute évidence bien trop petite pour accueillir ne serait-ce que cinq personnes. Et ce qu'il voulut lui révéler, en ces troublantes circonstances, n'aurait jamais su passer la barrière de ses lèvres au regard de leur relation fantôme qu'ils entretenaient aujourd'hui. Dieu qu'elle était belle, et qu'il l'avait aimée. Il n'avait simplement pas su le lui montrer de la plus décente des manières. « Je n'ai jamais cessé de t'aimer. Pas même une seconde. Même lorsque je t'ai haïe. » Pas le bon moment, Lust. Il argua de nouveau, s'arrêtant en chemin, posant sa main sur le bras de la française afin de l'inviter à se stopper également. « On repart à zéro. Plus de guerre, plus de rancoeur, plus rien. Je veux faire la connaissance de Eydis, mais je ne pourrai pas le faire si on fait semblant de supporter les fantômes de notre passé. » La seule chose tombant du ciel, c'est la pluie. Pas les miracles. Il tenta cependant, un visage grave qui se lissa lorsque au loin détonna la voix de l'enfant déjà au pied de la tente : « Bon, Maman ! Lúðvíg ! Vous venez ? Y a déjà plein plein de monde, et moi j'ai faim de ti-ra-mi-su !  » Cette façon qu'elle avait, d'imposer ses desiderata enrobés d'une question rhétorique. Il s'en amusa : « Elle a du caractère. »
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MessageSujet: Re: There is this girl who stole my heart and she calls me Daddy.   Mer 27 Déc - 16:32

Je n’étais plus que la spectatrice, l’unique témoin d’une situation que j’avais à la fois tant espérée et fuie, de longues années durant. La rencontre d’Eydis et de Lust, c’était plus puissant encore que ce que je ne l’aurai pensé. Elle ne savait pas, bien sûr, de qui il s’agissait, mais lui savait. Je l’avais lu dans ses yeux, à l’instant où son regard hautain et troublé s’était posé sur la silhouette de la petite fille. J’avais longtemps pensé que notre rencontre, à Lust et à moi, était l’une de celles qu’on ne vit qu’une seule fois, destructrice, certes, mais pourtant si vivifiante, si grisante. J’avais naïvement pensé qu’il ne rencontrerait personne d’autre et que je ne rencontrerai personne non plus. Du moins, que ni lui ni moi ne revivrions un relation aussi forte que celle qui nous avait uni, un temps.

J’avais tort.

J’avais tort, parce qu’une rencontre plus forte encore se tenait sous mes yeux, et j’y assistais, impuissante. Les mêmes yeux, les mêmes mimiques, le même charisme. A la manière de deux aimants, ils s’approchaient pour ne jamais se décoller. J’en étais certaine, à présent que leurs regards s’étaient croisés, ni l’un ni l’autre ne tolèrerait de ne plus se revoir. Et qui étais-je, moi, pour les en empêcher ? La force de caractère d’Eydis, le tempérament fougueux de Lust… Ces deux-là n’étaient pas prêts de se lâcher. « Moi aussi j'ai un prénom islandais. » Et ce n’était bien sûr pas une coïncidence. Eydis n’en était que plus heureuse encore. Voilà un autre point commun qu’elle partageait avec son nouvel ami. « Je m'appelle Lúðvíg.» De mémoire, je ne l’avais jamais appelé comme ça. Le prénom roula sur sa langue, et Eydis s’en imprégna en quelques secondes. Elle avait une mémoire d’éléphant, elle saurait s’en souvenir et le prononcer avec autant de perfection qu’un véritable islandais.

Elle baignait dans la double culture depuis sa naissance, et Eydis, parlait un anglais parfait qui ne laissait en aucun cas présager que ni son père ni sa mère n’étaient britanniques de pure souche. L’une française, l’autre islandais. Eydis appartenait à la culture du métissage, et savait s’en servir avec intelligence. « Je vous invite à dîner, toutes les deux. Ils ont installé un restaurant gastronomique italien sous une tente, à l'autre bout du terrain. » Non, songeai-je, il fallait que je refuse. Pour tout un tas de raisons qui m’échappait à l’instant présent. Lust profita de mon hésitation pour tendre ses lunettes à Eydis. Telles de véritables menottes, l’accessoire nous planta l’une et l’autre sur place. Eydis était surexcitée, je ne l’avais vu que très rarement dans cet état, comme si elle pressentait que cet homme avait de l’importance. Elle avait décidé en tout cas qu’il était digne de son intérêt. J’attendis qu’il se fut éloigné pour me tourner vers elle.

«Eydis, je ne sais pas si c’est une très bonne idée et je… » Eydis leva ses yeux mordorés vers moi, et je sentis en elle toute la frustration de ne pas me trouver dans le même état qu’elle. Elle me regarda de longues secondes avant de dire d’une voix posée qui ne semblait souffrir aucune réplique. « Il m’a laissé ses lunettes. On ne peut pas partir. » En fait, si, on pouvait tout à fait partir, mais les étoiles dans les yeux de ma fille m’en dissuadèrent. «On ne parle pas avec des inconnus, et on dîne encore moins avec eux. Je n’ai pas très faim, en plus» Eydis eut un petit rire moqueur, celui que je détestais car il ressemblait trop à celui de Lust, et me glaçait le sang. « Mais toi, tu le connais, Maman. Ca se voit. » Et je détestai sa perspicacité, autant que je haïssais ma faiblesse comme je restai plantée là, en attendant de voir réapparaitre celui qui avait chamboulé ma vie et était sur le point de chambouler celle d'Eydis.

« Ah vous m'avez attendu, c'est parfait ! » « Maman elle dit qu'elle a pas faim. » « On a toujours faim quand il s'agit de manger italien. Tu as déjà goûté un tiramisu ? » « Non, c'est quoi ? » ils parlaient comme s’ils se connaissaient depuis toujours. Ils se mirent à avancer devant moi, et je me mis en route à mon tour, légèrement en retrait, les mains enfoncées dans les poches, l’air boudeur. Je n’avais presque pas décroché un mot à Lust, mais Eydis s’en chargeait très bien. Quant à son père, voilà des années que je ne l’avais pas entendu parler autant. Les deux personnalités taciturnes semblaient avoir bien des choses à se dire, une fois réunies. Bientôt, la fillette se mit à courir en direction de la tente restaurant, et je me retrouvai face à un Lust qui s’était à nouveau refermé. Bien sûr, tous ces sourires, ils n’étaient pas pour moi, mais pour le fruit de notre amour. « Je n'ai jamais cessé de t'aimer. Pas même une seconde. Même lorsque je t'ai haïe. » Lust s’arrêta, mon cœur aussi. Il posa une main ferme sur mon bras et je m’arrêtai également. Je le regardai d’un œil vide, j’avais l’impression de rêver, d’être à milles lieues de ce terrain de Quidditch. «Tu n’es pas obligé de déblatérer ce genre de choses, j’ai déjà dit oui pour l’italien » murmurai-je en levant les yeux au ciel, tandis que sa main sur ma peau réveillait des souvenirs que j’avais cru oubliés depuis trop longtemps.

« On repart à zéro. Plus de guerre, plus de rancoeur, plus rien. Je veux faire la connaissance de Eydis, mais je ne pourrai pas le faire si on fait semblant de supporter les fantômes de notre passé. » Je levai les yeux au ciel, et soupirai faiblement. Un petit rire chaud et tendre s’échappa d’entre mes lèvres comme je murmurai «Tu sais qu’on n’y arrivera pas. » Je levai une main fraiche et la posai doucement sur la joue de Lust. C’était si doux, si tendre. Si naturel. Je laissai mes doigts s’attarder sur le coin de ses lèvres avant de l’enlever et de la ranger dans ma poche. « Mais tu verras, elle est formidable » Je signais par cette phrase notre pacte de paix, j’étais prêt à tout pour Eydis. Pour Lust aussi, sans doute, mais je ne l’aurai avoué pour rien au monde.

« Bon, Maman ! Lúðvíg ! Vous venez ? Y a déjà plein plein de monde, et moi j'ai faim de ti-ra-mi-su ! » Je levai les yeux au ciel en riant devant l’impatience de ce petit monstre que j’avais engendré. « Elle a du caractère. » Lust la regardait avec des yeux brillants, et un sourire non dissimulé. « Comme son père »

Le restaurant était bondé. Une délicieuse odeur de sauce tomate flottait dans l’air, et des serveurs serpentaient entre les tables, des assiettes toutes plus appétissantes les unes que les autres dans les mains. Je commençai à douter qu’on puisse trouver une table quand une femme d’une cinquantaine d’années à l’air un peu pincé, s’approcha avec hâte de Lust. « Lust ! J’ignorai que tu mangeais ici ! » son accent italien sonna outrageusement faux à mes oreilles. « On va te trouver une place. Pour deux ? » ajouta-t-elle en me lançant une œillade condescendante. « Pour trois ! » s’exclama Eydis qui se tenait derrière Lust et regardait la gérante du restaurant d’un air méprisant qui me fit sourire.

On nous guida jusqu’à une petite table à l’abri des regards – si c’était possible – et Eydis prit place entre ses deux parents. Elle n’attendit pas qu’on lui donne une carte, ni même que Lust ait le temps d’y jeter un œil pour commencer à poser des questions. « Alors tu es islandais ? Maman m’a montré sur une carte, c’est loin ! Mais je pense que j’irai un jour. » « Eydis est une grande amatrice de voyages.» « Et de nourriture. Et de Quidditch. Et de jus de citrouille. Et de musique. Mais je déteste faire les boutiques » L’énumération me parut sans fin. Mais Eydis semblait avoir fait le tour. Elle se retourna vers Lust et posa sa petite main sur celle de son père avant de murmurer « Et toi ? Tu aimes la nourriture, le jus de citrouille et la musique ? » C’était comme si cela lui tenait véritablement à cœur, qu’elle tenait à partager des choses avec lui, comme si elle avait compris, au fond d’elle, qu’elle partageait déjà beaucoup de chose avec Lust.

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MessageSujet: Re: There is this girl who stole my heart and she calls me Daddy.   Mer 27 Déc - 19:02

La placidité de Cassandra quant à ses aveux n'entacha guère sa résolution, puisque sa confession n'avait d'autre but que d'entamer une relation saine avec sa fille et non de conquérir à nouveau un cœur qu'il savait perdu. La défaite n'avait su pourtant s'instiller en lui lorsqu'il put s'agir de Cassandra. Néanmoins il s'était passé lors de ce jour lointain – où il l'aperçut magnifique dans sa robe de mariée – une réaction chimique au sein de son cerveau que l'on put percevoir comme de la lucidité et de la maturité. Lust s'était résigné à la laisser partir, bien moins par défaitisme que par amour : son combat se lovait dans la façon qu'il avait eue d'avancer sans jamais plus se montrer intrusif dans la vie de la française. Conscient de la nocivité de leur relation, il s'en était allé. Aujourd'hui nostalgique bien sûr, mû par un espoir à peine déguisé de la serrer à nouveau dans ses bras, l'éclat de perspicacité qui l'habitait le sommait pourtant de rester adulte. Ou de le devenir. Ainsi Lust ne fut guère débouté par la réponse limpide de Cassandra, la façon qu'elle avait de s'en détacher, levant le regard vers le ciel comme une prière dépitée. Autrefois sans doute, le jeune homme serait devenu agressif. Aurait scandé son amour comme sa haine, revendiquant son dû. Il se contenta dès lors de toiser la silhouette de Eydis ; comprenant que dans sa vie faite d'excès et de faste, il ne pouvait se contenter du peu. La présence d'un seul être était capable de renverser la tendance. Fait qu'il n'ignorait pas, mais qu'il réapprenait à accepter. Un autre combat à mener, et qui commençait dores et déjà à prendre beaucoup de place dans sa vie. «Tu sais qu’on n’y arrivera pas.  » Lui était résolument convaincu du contraire, quoiqu'il se devait d'user de stratagèmes peu louables afin d'y parvenir. L'indifférence éphémère, la distance polie, la froideur de sûreté. Rien qui ne puisse leur nuire vraiment, rien qui ne puisse les servir non plus. Etrange, comme il semblait avoir tiré une croix sur leur idylle. Le temps avait fait son office, bourreau de leurs cœur malmenés. L'euthanasie des sentiments fut passablement efficace quoique interminable. Cinq ans. Cinq ans d'absence et d'illusions, à s'assurer qu'il ne l'aimait plus et pourtant toujours chercher son regard et son intérêt à travers le papier glacé des magasines. Lust se souvenait encore de cette interview qui, ayant soulevé sa mélancolie, avait su attiser bien malgré lui la curiosité des fans et des médias. Le joueur de Quidditch y avait évoqué un amour perdu qu'il avait assuré avoir perdu de vue. Aucun autre détail n'eut entaché ses rares aveux ; Lust s'était contenté de  livrer le peu d'intimité qu'il leur accordait, dans le vain espoir qu'Elle ne refasse surface. Et très vite quelques femmes vinrent faire un retour à ces confessions, par des allocutions mensongères en prétendant être l'amour perdu de vue depuis près de cinq ans. Une bévue qu'il ne réitéra donc pas.

Ils s'engouffrèrent enfin sous la tente, laquelle révéla un restaurant spacieux, fait de faste, de draps blancs et de multiples couverts. Le faciès pensif de Lust écrivit sobrement les derniers propos de Cassandra : « Comme son père. » Un peu de concret dans ce trouble délirant, cette vie minutieusement bouleversée. « Lust ! J’ignorai que tu mangeais ici ! »  «Francesca. » Le ténébreux fut ravi de l'intrusion de la patronne ; la poigne de ses présentations ayant eu raison de ses rêveries et réflexions. Lust ne vit pas même le regard hautain de cette dernière, se contentant de lui octroyer au contraire un rictus séducteur. Et la meilleure table leur serait attribuée. Pour trois, avait donc précisé la fillette de caractère qui, visiblement courroucée par l'attitude bêcheuse de la patronne, se mit à maugréer contre les serveurs pressés. Lust s'empressa alors de la hisser sur ses épaules et de la mener vers la table qu'on leur attribua, mêlant leurs rires aux conversations feutrées des lieux.

Et la petite, travaillée par la curiosité, fit preuve d'une loquacité accueillie avec entrain par son interlocuteur. Louant son intérêt pour la belle Islande et énumérant ses passions avec un sérieux qui ne pouvait que leur prêter à sourire. « Et de nourriture. Et de Quidditch. Et de jus de citrouille. Et de musique. Mais je déteste faire les boutiques » « Ah oui ? » Il posait sur elle un regard rieur quoique diablement intéressé. Ce fut pourquoi il jugea bon d'intervenir, même sobrement, l'invitant à continuer encore. Et cette petite main fondue sur la sienne notifiant leur connivence ne le surprit guère ; le naturel s'était immiscé entre eux, comme une évidence. Bien vite, les deux bavards se tapotaient mécaniquement la main dans un rythme régulier. Lust eut une moue pensive, sensiblement caricaturée afin de la faire rire. « J'adore manger. » Il mentait. Quoique aujourd'hui sa fabulation se trouvait sensiblement moins lourde qu'autrefois. Lorsque la drogue lui ôtait tout appétit et creusait ses flancs secs. Lust avait recouvré l'appétit par devoir ; celui de se sculpter un corps d'athlète et de respecter une hygiène de vie relativement défectueuse. « J'aime beaucoup le Svið. Tu devrais essayer, c'est un plat typique d'Islande : une tête de mouton bouillie. » « Bâââââââ... » Une moue de dégoût précédée de monceaux de rires, engageant plus encore la discussion. Eydis l'écoutait avec beaucoup de sérieux, scrutant les mimiques de cet homme à l'air familier et qui semblait fouiller le plafond de son regard. « J'aime bien le jus de citrouille très frais. Et je jouais du piano avant de commencer le Quidditch. » «  Alors tu sais jouer la Sonate au clair de lune de Beethoven ? » Moue surprise, bref mouvement de recul poussé par un épatement non feint. Lust se tourna brièvement vers Cassandra et l'on put lire en son regard l'impression formidable que put lui faire l'enfant : c'est qu'elle aurait pu citer quelques chansons enfantines, mais ne s'en était guère contentée. Alors il approuva du chef, quelque peu troublé, lorsqu'une jeune femme s'approcha de lui dans l'espoir de lui ravir un autographe voire un baiser. Sa bulle léthargique éclata ; le concerné leva la tête et, lorsqu'il comprit que la demoiselle s'apprêtait à soulever sa blouse afin qu'il appose sur son ventre nu sa signature, lui agrippa le bras d'une vivacité presque agressive. Certes habitué à ce genre de demandes qu'il ne refusait jamais, Lust se découvrit faussement pudique auprès de Eydis. Attrapant le feutre tendu par la fan, il lui déclama quelques banalités tout en écrivant son nom sur son avant-bras, écourta l'échange avec galanterie. Se tourna derechef vers Eydis, dont la moue boudeuse ne pouvait prêter à confusion. «  Quand même, on aimerait bien être tranquilles. Et maman est mille fois plus jolie. » Un instant de gêne sembla foudroyer les anciens amants et, tentant alors d'étouffer cet instant de solitude, Lust s'adressa enfin à Cassandra. « Ta nouvelle vie à Londres se passe bien ? Vous habitez dans quel quartier ? » Autant de questions semblant futiles, promptes à tromper leur incommodité... et pourtant ayant pour but de nourrir, malgré tout, sa curiosité.
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MessageSujet: Re: There is this girl who stole my heart and she calls me Daddy.   Mer 27 Déc - 20:42

« J'adore manger. » Un petit rire s’échappa malgré moi de ma gorge, tandis que je scrutai Lust avec intérêt. Vraiment ? Voilà qui avait bien changé. J’avais souvenir d’un jeune homme qui se nourrissait pour survivre assez longtemps pour respirer à plein nez un énième rail de poudre blanche. Bien sûr, je me doutais qu’entretenir un corps d’athlète avait demandé à Lust des efforts sur une alimentation variée et une hygiène de vie plus correcte. D’autant plus qu'avec les scandales de dope qui faisaient rage sur le monde sportif depuis plusieurs années maintenant, les contrôles étaient de plus en plus réguliers.  « J'aime beaucoup le Svið. Tu devrais essayer, c'est un plat typique d'Islande : une tête de mouton bouillie. » « Bâââââââ... » La moue qui se dessina sur le visage poupin de ma fille fit écho à ma propre grimace. Quelle drôle d’idée, de la tête de mouton… C’était pire que le haggis. Eydis me jeta un petit regard discret qui voulait dire sans doute me dire « merci maman, d’être française et de me faire manger du gratin dauphinois et des côtes de bœuf et non pas de la tête de mouton bouillie ». Un sourire complice illumina son visage quand je lui adressai une petite œillade dégoutée.

Lust ne s’attarda pas cependant et continua sur sa lancée. « J'aime bien le jus de citrouille très frais. Et je jouais du piano avant de commencer le Quidditch. » « Alors tu sais jouer la Sonate au clair de lune de Beethoven ? » Le regard surpris de Lust agrippa le mien, tandis que je lui adressai un petit sourire supérieur. Ma fille n’était pas une inculte, pour dire vrai, elle avait une passion peu commune pour la musique classique et avait commencé à prendre des cours de violons récemment. « Eydis prend des cours de violon, depuis quelques mois » expliquai-je à Lust qui ne m’écoutait déjà presque plus, car une jolie jeune femme en quête d’autographe et d’attention réclamait toute la concentration du joueur de Quidditch. Tandis qu’il se montrait poli et courtois, un serveur nous apporta des cartes qu’Eydis et moi commençâmes à feuilleter. « Qu’est-ce qui te fait envie, chérie ? » murmurai-je en français à l’oreille de ma fille. Celle-ci regardait sans vraiment la voir la carte, elle lisait tout juste, mais n’était guère intéressée que par la conversation qui se tenait entre Lust et son admiratrice. «N’écoute pas aux portes, c’est très impoli», la rabrouai-je doucement. Eydis soupira longuement et leva les yeux au ciel dans une parfaitement imitation de sa mère. « Des lasagnes » finit-elle par dire en jetant un œil à la carte. « Et du tiramisu ». J’acquiesçai doucement, et me mis moi-même en quête d’un plat appétissant – même s’ils donnaient tous l’eau à la bouche – quand Eydis reprit la parole de sa voix presque pompeuse.

« Quand même, on aimerait bien être tranquilles. Et maman est mille fois plus jolie. » Je m’étouffai avec ma propre salive, tandis que le rouge me montait aux joues et que Lust me jetait un regard gêné. J’étais sur le point de la réprimander, quand Lust eut le bon goût de passer outre et de faire comme si de rien n’était, embrayant sur des banalités.  « Ta nouvelle vie à Londres se passe bien ? Vous habitez dans quel quartier ? » Je lui adressai un sourire étrange. Voulait-il vraiment savoir ? Ou était-ce pour meubler ce dîner et étouffer les remarques cinglantes et gênantes de notre fille ? «Une maison en banlieue» répondis-je d’une voix claire. «Je voulais qu’Eydis grandisse au milieu de la verdure. Elle va à l’école élémentaire de Bromley. » Notre maison n’était pas un palace, elle était petite mais chaleureuse et bien entretenue. Cela devait être bien loin des appartements luxueux qu’un joueur tel que Lust devait avoir. « Notre maison, elle est trop belle. J’ai ma chambre à moi ! Avant, je dormais avec maman, on avait un appartement tout rikiki ! » Une fois encore, je sentis mes joues s’empourprer à l’évocation de notre précédent appartement, que le commun des mortels aurait appelé « taudis ». Je toussai brièvement pour faire taire la petite pipelette, mais celle-ci n’avait, semblait-il, pas dit tout ce qu’elle avait à dire. « Tu dois absolument venir, Lúðvíg. Je te montrerai ma chambre, et ma balançoire. J’ai une chèvre aussi. Et deux escargots. Maman dit qu’on pourrait les manger. Mais c’est dégoûtant de manger des escargots, non ? » L’idée de manger des escargots paraissait à Eydis toute aussi saugrenue que de manger de la tête de mouton bouillie. « C’est très bon», me défendis-je en riant. «Et Lust en a déjà mangé » ajoutai-je en me souvenant du jour où nous avions passé un week end à Paris, et où je lui avais ordonné de manger des escargots, sans quoi il était hors de question que je rentre avec lui. Ce souvenir acheva de me détendre et de me faire sourire. « Des fois, elle me force à manger des brocolis » dit Eydis d’un air compatissant. Puis, elle ouvrit de grands yeux et nous regarda alternativement. « AH ! AH ! Ca veut dire que j’avais raison ! Vous vous connaissez tous les deux ! » S’exclama-t-elle d’un air suspicieux. « Dis moi, Lúðvíg, tu la connais depuis quand, maman ?   »
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MessageSujet: Re: There is this girl who stole my heart and she calls me Daddy.   Jeu 28 Déc - 12:19

La patience du serveur se tenant près du joueur de Quidditch dont l'attention voguait sur chacun sauf sur lui, était formidable de vertu. Pour autant Lust finit par réaliser sa présence et, en bon prince, commanda rapidement un plat sans s'y attarder vraiment – preuve finalement irréfutable de son manque d'appétence, malgré ce qu'il put confier plus tôt à Eydis – . Il ne manqua pas, cependant, de demander en un trait d'humour leur « meilleur millésime de jus d citrouille », substituant une bonne bouteille de vin rouge dont il aurait aimé profiter mais dont il perçut soudain l'indélicatesse de cette demande. Ignorant si Cassandra  luttait encore contre ses démons, Lust préféra n'en piper mot devant l'enfant. Enfant qui, par ailleurs, se montrait bavarde tout en ponctuant ses interventions d'une lucidité troublante. Plus le dîner s'éternisait et plus Whitaker appréhendait qu'elle ne découvre la vérité par le jeu de questions trop perspicaces pour que la vérité ne soit pas démantelée. Ainsi Lust se contentait parfois d'opiner du chef ou de répondre par quelques onomatopées démontrant à la fois tout son intérêt et sa volonté égoïste de ne jamais trop en révéler. Observant Eydis à la dérobée, veillant chacune de ses mimiques, de ses sourires voire de ses moues boudeuses. Il se surprit à sourire sans qu'un réel motif ne put argumenter ce soudain bonheur. Etat de léthargie semblable aux sentiments amoureux, l'indécence en moins. Lorsqu'il se rendit compte de cet enivrement inopiné, Lust se rappela aux dires de Wilfried l'alarmant sur les bouleversements possibles de ces retrouvailles. Il tenta alors, pauvre diable, de les éclipser d'un revers de rêverie, se prêtant d'avantage à l'écoute du laïus de Eydis, mais subsistait toujours cette alerte en un coin de son cerveau. Alerte qui parut plus que dangereuse lorsque l'enfant l'invita à passer chez elles afin d'en visiter la demeure. Lust se figea un instant, confus face à la demande et, alors qu'il s'apprêtait à répondre quelques palabres formatées d'adultes (« Je n'ai pas le temps, je travaille beaucoup... » et autres singularités absurdes) s'entendit pousser un soupir de soulagement quand Eydis embraya sur un tout autre sujet. « … Maman dit qu’on pourrait les manger. Mais c’est dégoûtant de manger des escargots, non ? »  « C’est très bon. Et Lust en a déjà mangé. » « Tu vois, entre ça et le Svið, je suis un guerrier. » argua-t-il en riant, une pointe de vanité indissociable de ce qu'il était s'emmêlant dans la conversation. Fort heureusement, les plats qu'ils eurent commandés leur furent servis et leur semblaient bien plus appétissant que des recettes atypiques voire indigestes pour les touristes. Ce ne fut qu'après sa brève boutade que Lust décela les souvenirs évanouis logés dans la réplique de Cassandra.

En dépit de son recul et de son relatif mutisme, Eydis acheva de les surprendre encore. Pressentant le trésor de leur mémoire qu'ils s'efforçaient à cacher, voire même à inhumer, elle clama sa trouvaille :  « AH ! AH ! Ca veut dire que j’avais raison ! Vous vous connaissez tous les deux ! » Soudain  le jeune homme parut impénétrable. Imperméable à ce qui l'entoura. Réfractaire quant à l'idée de raviver autant de souvenirs qu'il se força d'oublier, Lust écrivit sur son faciès les traits inflexibles de la défense. Il verrouillait ses sentiments, se fermait soudain, étira cependant ses lippes d'un bref sourire pincé afin de ne pas paraître trop opaque face à Eydis. Alors il opina du chef, plongea sa fourchette dans l'assiette sans grand appétit. « Dis moi, Lúðvíg, tu la connais depuis quand, maman ? » Il se racla la gorge sans qu'aucune gêne ne vienne pourtant obstruer sa trachée. Juste quelques secondes de répit, un temps infime de gagné afin de réfléchir à sa réponse. « C'était il y a longtemps, je ne me rappelle plus. Tu n'étais même pas encore née. » Evasif, Lust s'en remit au mensonge. C'était bien plus aisé que de lutter contre l'envie irrépressible de livrer à la fillette son histoire et ses origines. Lui confier qu'elle était le fruit d'un amour puissant, et non d'une idylle trop légère. Lust se demanda alors ce que Cassandra put confier à Eydis quant à son père, si elle lui avait inventé une vie, un nom, un visage. Si Eydis s'était déjà questionnée quant à lui, si elle souffrait d'un abandon ou si, bien au contraire, la présence maternelle lui suffisait amplement. « Lúðvíg ? » La bulle léthargique du concerné éclata et, comme il leva les yeux vers la tête blonde, accusa en un sourire sincère les taquineries de la fillette : « T'es dans la lune on dirait ! » « Au fait, je ne t'ai toujours pas raconté la fameuse fois où je suis resté cinq jours dans le coma. » Diversion rusée mais qui attisa la suspicion de Eydis. Cette dernière scruta Lust avec défiance, s'interrogeant sur l'attitude de son vis-à-vis, pressentant la gêne comme l'hésitation. Néanmoins le jeune homme eut un geste qui finit par achever sa défense ; il leva un pan de sa chemise et révéla à ses yeux un hématome de la taille d'un poing couvrant une partie de son flanc droit. « Waaaaou ! Ca a du faire mal ! » Gargarisé par cette barrière qu'il parvint à abaisser, Lust lui raconta alors le déroulé d'un match ayant eu lieu trois mois auparavant. Le cognard l'ayant percuté alors qu'il s'apprêtait à marquer, la chute de son balais, le réveil cinq jours plus tard et l'équipe à son chevet le félicitant d'avoir, malgré tout, marqué les derniers points leur permettant de remporter le match. Eydis, alors passionnée par son récit de Quidditch, ouvrait grand les oreilles et ses yeux bruns, avant de se prêter à mille et une questions auxquelles il se devait de répondre. « Et tu vas souvent à Ste-Mangouste ? Tu as une infirmière à toi ? » « On peut dire ça. » fit-il non sans hausser les épaules. « Elle est jolie ? » « Non. » Réponse catégorique corroborée par un plissement de nez qui fit rire la fillette. En réalité, l'infirmière en question demeurait charmante mais leur relation ambivalente et tendue les invitait à se chercher perpétuellement des poux.

L'instant détendu échappa seulement à Eydis qui, ayant soudain recouvré son sérieux, scrutait le joueur de Quidditch avec une détermination sans faille. « Tu devrais venir à la maison ce soir. » Lust entrouvrit les lèvres, prompt à répondre, étrangement plus froid. Mais l'autorité de la fillette ne s'en émoussa pas. Elle argua d'avantage : « Ce serait vraiment chouette. Moi je t'aime bien. Et maman, elle est toute seule. » « Ce serait vraiment super, oui. Mais je ne peux pas tu sais, je travaille beaucoup. » Enième mensonge éclipsant bien sûr les quelques jours de repos à venir. Argumentation commode qui déplut fortement à Eydis. « Vous les adultes, vous dites toujours ça. » « Mais un jour prochain, si ça te dit, je pourrai te présenter l'équipe. » Essai furtif de dérider l'enfant, laquelle avait déjà croisé les bras et, en dépit du regard intéressé qu'elle lui lança alors, détourna finalement la tête.

« Votre meilleure bouteille de vin rouge. » Lust finalement interpella un serveur. Au diable ses galanteries de tout à l'heure.
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MessageSujet: Re: There is this girl who stole my heart and she calls me Daddy.   Jeu 28 Déc - 14:27

Je regardais Lust avec beaucoup d’intérêt soudainement. J’observais ses mimiques, ses rictus, son visage qui s’était fermé à l’instant même où notre fille avait évoqué notre rencontre. Et combien il était hypocrite, lui qui appelait à une trêve, à un oubli pur et simple de ce que nous avions vécu, autrefois. Je réalisais avec plaisir que j’étais bien plus à l’aise avec notre histoire qu’il ne l’était vraiment. Car ce fut lui qui se déroba devant les yeux bruns de sa fille, lui qui mentit éhontément. « C'était il y a longtemps, je ne me rappelle plus. Tu n'étais même pas encore née. » Moi, je m’en souvenais parfaitement. Avec tant de détails et de précision, que j’avais l’impression de voir un film défiler sous mes yeux. Je me souvenais de chacune de nos rencontres, je me rappelais à la perfection de cette nuit où il s’état introduit dans mes appartements, à Poudlard. Et des centaines d’autres qui avaient suivi. Et à mon plus grand étonnement, je réalisai que je n’avais plus de rancœur ni de haine pour ces moments passés. Juste une nostalgie profonde, des regrets aussi, pour cette histoire qui aurait pu s’achever de manière plus douce. Mais comme toujours lorsqu’il s’agissait de Lust et de moi, nous avions fait les choses à notre manière : de façon dure et pénible, violente et brutale.

« Lúðvíg ? » Le prénom de Lust roulait sur la langue d’Eydis avec tant de précision que j’aurai pu jurer entendre les accents de l’Islande couler de sa petite bouche rose. Etait-il possible que la prononciation était dans ses gênes alors même qu’elle n’avait jamais posé un pied sur sa terre paternelle ? « T'es dans la lune on dirait ! » « Au fait, je ne t'ai toujours pas raconté la fameuse fois où je suis resté cinq jours dans le coma. » Il ne la connaissait presque pas, pourtant, il savait s’y prendre mieux qui quiconque avec elle. Ma fille papillonnait. Il y avait tellement de choses dans sa petite tête blonde, qu’elle ne parvenait à se concentrer sur une seule chose à la fois. Aussi, quand il aborda le Quidditch, Eydis ne fut que ravie d’écouter l’épopée héroïque de Lust qui avait – une fois de plus – sauvé son équipe de la déconfiture. Emporté par son récit, Lust releva un pan de son pull pour mieux dévoiler les vestiges de la brutalité du sport magique. Un énorme bleu habillait son flanc, et je dus réprimer une terrible envie de caresser du bout des doigts ce corps maintes fois touché. Obnubilée par l’hématome, je ne détournai pas une seule fois les yeux de la peau pâle et frissonnante de Lust. Ce fut Eydis qui me sortit de ma contemplation.  « Waaaaou ! Ca a du faire mal ! » Et Lust de raconter combien ce match avait été captivant. Je ne l’écoutais que d’une oreille. En réalité, j’étais bien trop absorbée par ses lèvres qui bougeaient au rythme de son monologue, par ses pommettes saillantes et ses yeux mordorés. Je me souvenais peu à peu de tous les sentiments qu’il avait éveillé en moi depuis le début de notre histoire, et je me laissais submerger par sa présence, si réconfortante. Elle l’avait toujours été. Même dans nos pires moments, même quand nous nous déchirions, sa présence m’avait toujours apaisée, plus que toute autre. Et Eydis avait ce même don, sur moi. C’en était déconcertant.

« Et tu vas souvent à Ste-Mangouste ? Tu as une infirmière à toi ? » « On peut dire ça. » Eydis était terriblement curieuse ce soir. Elle qui n’appréciait pas tellement la compagnie des hommes, voilà qu’elle tombait sous le charme de son père  « Elle est jolie ? » « Non. » Sa réponse me fit rire, tandis qu’Eydis affichait une petite mine satisfaite, avant de me jeter un coup d’œil. Je savais déjà ce qu’elle était en train de faire, mais je préférais fermer les yeux sur ses petites manigances autant que possible. Car très vite, Lust qui ne la connaissait pas encore, comprendrait ce qu’elle essayait de faire, et j’étais certaine qu’il serait très mal à l’aise avec les plans de sa propre fille. « Tu devrais venir à la maison ce soir. » Egoïstement, je me délectai de voir Lust perdre de sa superbe et chercher de l’aide tout autour de lui. Eydis ne lâcherait pas le morceau. Lui parler de Quidditch, c’était bon pour un temps, une heure tout au plus, mais elle avait en tête de le faire venir chez elle, et elle n’en démordrait pas, j’en étais certaine.  « Ce serait vraiment chouette. Moi je t'aime bien. Et maman, elle est toute seule. » «Eydis ! » m’exclamai-je. « Ce serait vraiment super, oui. Mais je ne peux pas tu sais, je travaille beaucoup. » « Vous les adultes, vous dites toujours ça. » « Mais un jour prochain, si ça te dit, je pourrai te présenter l'équipe. » Je croisai le regard de Lust avec un petit air mauvais. «Tu travailles beaucoup ? » susurrai-je à mi-voix. « Il m’avait semblé que le prochain match n’avait lieu que la semaine prochaine, pourtant.» Un sourire illumina le visage d’Eydis, tandis que Lust interpelait un serveur pour se faire apporter une bouteille de vin. « La semaine prochaine ? C’est parfait ça, tu pourras venir voir mes escargots après manger alors. T’es d’accord maman ? » « Mais bien sûr, Eydis. Je suis sûre qu’il n’a que ça à faire, passer du temps avec toi.» J’adressai un clin d’œil à ma fille, et une sourire charmant à Lust. Il avait voulu aller au restaurant ? Il avait voulu que nous restions ? Et bien à présent, il allait pouvoir rencontrer Gudule et Splash les escargots, et traire le lait de Tulipe, la chèvre. « Parfait. » Eydis avait l’air satisfait, et je n’étais que trop heureuse de voir ma fille aussi enjouée.

Le serveur arriva avec une bouteille de vin français, évidemment. Il en servit un verre à Lust et approcha le goulot du mien. Je posais une main sur mon verre, souriante. «Je me contenterai du jus de citrouille» souris-je au serveur qui était plutôt bel homme, et avait un sourire charmeur. Il acquiesça et nous servit, à Eydis et moi, un grand verre du liquide bien frais. Le reste du repas se passa sans encombre, et sans question trop tordue de la part d’Eydis. Celle-ci se régala avec son tiramisu, tandis que Lust et moi achevions notre repas d’une tasse de café. « C’était dé-li-ci-eux » dit Eydis en se léchant les doigts d’un air gourmand. « Bon, on y va ? Tu voudras bien signer mon livre de Quidditch ? » demanda Eydis en battant des cils en direction de son père. Elle ne le laissa pas répondre et glissa sa petite main dans la sienne, avec tendresse. Sans crier gare, elle posa un petit baiser humide sur la joue de Lust et lui adressa un sourire rayonnant, et terriblement sincère. « En route, mauvaise troupe. Vous n’avez qu’à sortir, je vais régler» proposai-je avec un petit sourire, laissant à Lust quelques minutes en tête à tête avec sa fille. Après tout, avec la soirée qui l’attendait, il méritait bien cela.
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MessageSujet: Re: There is this girl who stole my heart and she calls me Daddy.   Jeu 28 Déc - 15:22

Il avait eu pour Cassandra un regard dont il espérait un retour plus conciliant. Entre le désappointement, l'embarras et la résignation, ses pupilles semblaient lui scander « ne fais pas ça ». Et sans doute l'avait-il cherché, à provoquer la rencontre, à séduire sa chair et rire avec elle. Lui faire miroiter trop d'espoirs, malgré lui, puis tenter de fuir afin d'éviter l'éternel tourment de leur décision passée. Celle de se détacher de l'autre puis de s'oublier. Lust avait beau tenter de demeurer placide et imperméable face à leur histoire avortée, il ne parvenait hélas pas à gommer ce qui lui resta de souffrance. Un peu de nostalgie et d'amertume à l'encontre de Cassandra, dont le caprice s'était teint d'un égoïsme trop assumé. C'est qu'il nourrissait bien sûr la volonté de connaître plus encore sa fille et de s'inscrire dans sa vie, mais sans brusquerie aucune. Il trouva l'intervention de son ancienne amante cruelle et infondée – comme à son habitude Lust exacerbait ses sentiments, ce qui lui imputa de tout temps ce côté très théâtral – , et pour la peine se referma d'avantage. Fort heureusement, Eydis ne remarqua ni son absence de sourire, ni son attitude marmoréenne, ni même ce mouvement négatif de la tête discréditant la décision de Cassandra. Et l'amant éconduit aurait préféré lui scander combien elle avait le beau rôle alors même qu'elle était celle l'ayant exclu de sa vie, celle revendiquant ce soir son retour. Il se tut, cependant, un éclat de courroux striant sa pupille et s'éteignant dès lors que la voix cristalline de Eydis se fit entendre. Elle apaisait son ire, bien plus que la musique. Mais peinait à estomper l'injustice dont il se sentit l'otage. « Parfait. »  Opiner du chef puis délaisser son assiette – à peine entamée – pour mieux tremper ses lèvres dans le vin. L'air dissipé, la langue bien moins loquace qu'en début de soirée, Lust de toute évidence désapprouvait l'invitation mais n'avait ni la force, et finalement ni l'envie véritable, de la décliner. La cruauté de côtoyer l'enfant sans lui avouer son identité semblait moins pénible que de la décevoir. Pour autant et sur cette réflexion, Lust adressa un étrange sourire à Cassandra ; tissé de fierté et de provocation. Puisqu'elle tenait tant à la vérité, alors il lui ferait l'hommage plus tard dans la soirée, d'aborder auprès de Eydis la figure paternelle et de la questionner à ce sujet avec une vicissitude patentée... « Santé ! » … et leva son verre de vin.

« En route, mauvaise troupe. Vous n’avez qu’à sortir, je vais régler»  Il s'exécuta sans même faire intervenir sa galanterie, probablement trop séduit par le baiser enfantin de Eydis pour se montrer mesquin. Tous deux sortirent de la tente, inspirant à plein poumons cet air vivifiant qui n'était pas vicié de tintements de verre, de rires trop discrets et d'une musique satinée. Sortant une cigarette de sa poche afin de l'allumer d'un geste précis témoignant de son expérience, Lust se fit soudainement sermonner par la fillette au caractère volcanique. « C'est pas bien de fumer, c'est mauvais pour la santé. » « Je le sais, c'est bien pour ça que tu ne dois jamais t'y mettre. » « Alors pourquoi toi tu le fais ? » Regard défiant, timbre impérieux. Elle lui arracha enfin un sourire. « Je fume quand je suis stressé. » « Pourquoi tu es stressé ? » Eydis s'en étonna, écarquillant les yeux sans comprendre. Las. C'est qu'il ne pouvait lui avouer combien cette situation leur était truculente, à lui et à sa mère. Que les vies d'adultes étaient toujours complexes et s'enchevêtraient dans leurs volontés de ne jamais vraiment s'en défaire. « Bah tu sais, j'ai jamais approché une chèvre de ma vie. Ca m'angoisse. » Sa boutade la fit éclater de rire, quoique la jeune bavarde embraya précipitamment sur d'autres sujets et s'intéressa soudainement à l'intimité plus matérielle de son vis-à-vis. Puisqu'il admettait ne pas être proche de la faune rustique, sans doute avait-il été élevé... dans un manoir ? « Tu es riche ? » « On va dire que je n'ai jamais manqué de rien . » Euphémisme poli, saupoudré d'un évasif « Ah. » de Eydis, dont les rêveries se perdirent déjà dans les contrées d'un passé pas si lointain où elle se remémorait ce logis vétuste et exigu. L'arrivée de Cassandra décima fort heureusement ses réflexions, et tous se mirent en route. D'abord taciturne, Lust fit l'effort (qui n'était pas, fallait-il l'avouer, si pénible ni même insurmontable) de s'adresser à l'ancienne amante. L'envie de lui confier qu'il ne resterait guère longtemps pesait lourdement sur ses lippes mais, ne la connaissant que trop, il se résigna à ne pas lui en faire part. Préférant à ces faits lucides, quoique un peu rigides, la praticité de leur voyage : « Vous êtes venues en portoloin ? Le plus proche est juste à quelques mètres. » Pointant le doigt vers un bosquet, Lust ne semblait ni distant ni même hostile. Il se sentait inexorablement étranger à elle. Vestiges de leurs cinq ans évaporés.
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MessageSujet: Re: There is this girl who stole my heart and she calls me Daddy.   Jeu 28 Déc - 16:06

J’oscillais entre l’envie d’une vie facile, avec Eydis, ma mère, et les plaisirs simples du quotidien, et le désir de voir ma fille s’épanouir dans une vie qu’elle méritait. Qu’elle connaisse son histoire, son père, l’amour qui avait unit – unissait ? – ses deux parents. Elle le méritait tellement, et pourtant, j’étais bien trop faible pour lui avouer la vérité. Elle était encore assez jeune pour ne pas se questionner sur son père. Bien sûr, elle avait remarqué plus d’une fois que ses camarades de l’école avaient, pour la plupart, deux parents, mais elle n’avait jamais vraiment abordé le sujet avec moi. Je la soupçonnais d’avoir compris combien le sujet pouvait être sensible pour moi, et Eydis avait toujours mis un point d’honneur à ne jamais me heurter. C’était à se demander si c’était moi qui la protégeais, ou elle ? A présent que nous marchions dans ce sous-bois, et que je la voyais dévorer Lust du regard, je doutais davantage encore. Ne fallait-il pas lui dire la vérité ? Attendre qu’elle comprenne d’elle-même ? Voilà un dilemme qui devait trouver une réponse rapidement. « Vous êtes venues en portoloin ? Le plus proche est juste à quelques mètres. » Lust me sortit de mes pensées, et j’observai d’un œil vague l’endroit qu’il me désignait du doigt. «Hum ? Oui, prenons celui-là. » Eydis nous jeta un coup d’œil, et se glissa entre nous. Ses deux petites mains s’emparèrent de la mienne et de celle de Lust. Voilà que nous étions le parfait portrait de famille. Quiconque nous aurait croisé à cet instant précis n’aurait pu douter de notre parentalité. Eydis était le parfait mélange de nos deux ADN, et personne ne pouvait plus en douter. Heureusement pour nous, le sentier qui menait au portoloin était désert, de nul ne vint mettre de mots sur ce que nous taisions depuis plusieurs heures déjà.

Quelques minutes plus tard, nous disparaissions dans le néant, un crochet invisible s’emparant de notre nombril, nos mains placées sur une vieille balle de tennis percée. Le portoloin nous mena jusqu’à Londres, et je guidais les deux autres, par transplannage d’escorte jusqu’à notre charmante demeure. Quand nous ressurgîmes du chaos, nous nous trouvions devant le petit portail en bois clair, unique brèche dans la barrière qui encerclait la bâtisse. C’était une petite maison modeste, au milieu d’un jardin tout aussi modeste. Un vieux chêne trônait fièrement dans un coin, et une balançoire avait été suspendue à sa branche la plus solide, tandis que des guirlandes lumineuses scintillaient paresseusement tout autour des autres branches. Non loin, l’ombre d’une chèvre broutait tranquillement l’herbe sauvage qui avait élu domicile dans l’enclos. Maintenant que nous y étions, je n’étais plus aussi sûre de mon petit jeu. Je n’étais plus sûre de vouloir voir Lust dans ma maison, le voir juger mon intérieur, observer mon intimité. Je me trouvais soudainement bien moins maline. Je soupirai d’un air las, tandis qu’Eydis poussait le petit portillon grinçant et se précipitait vers la maison. Je me retrouvai en arrière avec Lust qui s’était arrêté sur le seuil lui aussi. Je me tournai vers lui et murmurai, pour être certaine que la fillette ne nous entendrait pas. « Tu dis bonjour à la chèvre, tu signes son bouquin, et je te laisse tranquille. » Je lui jetai un regard d’excuse, qui voulait sans doute dire bien plus, et le laissai passer devant moi. Nous nous dirigeâmes tous les deux vers la porte d’entrée, qu’Eydis avait laissé ouverte dans sa précipitation.

Le salon était plongé dans l’obscurité, et d’un coup de baguette, j’illuminai des centaines de petites bougies. Ainsi qu’une vieille lampe, coincée près du canapé. Ce dernier, recouvert de trois énormes couvertures duveteuses m’appelait, tant j’étais exténuée. Evidemment, Eydis ne l’entendait pas de cette oreille. Elle s’était précipitée dans sa chambre, et nous appelait d’une voix lointaine. « Venez ! Je suis dans ma chambre. » Je soupirai faiblement, et me dirigeai vers le petit escalier de bois grinçant qui se trouvait dans un coin de la pièce. Lust sur mes talons, je montai quatre à quatre les marches et arrivai devant la chambre de la petite princesse. Pourtant, dans cette pièce, point de baldaquin ou de paillettes. Non. A la place, un lit « balai magique », un bureau stade de Quidditch, une voie lactée en guise de plafond, sur lequel on pouvait voir des petits points scintiller et bouger au rythme d’un match de Quidditch invisible. C’était une chambre d’admiratrice de Quidditch, c’était certain. Je m’effaçai doucement pour laisser Lust entrer dans l’intimité de sa fille. « Tu aimes ? » demanda timidement Eydis en s’approchant de lui. Elle avait l’air timide, tout d’un coup. Intimidé de voir un grand joueur de Quidditch dans sa chambre. Elle serrait dans ses petits bras un énorme livre sur les différentes équipes de Quidditch de Grande Bretagne. « J’ai pas eu le temps de ranger. Et ça, c’est mon livre préféré. » Elle alla s’asseoir sur son lit, et tapota la place à côté d’elle pour inviter Lust à s’y asseoir. J’étais à la fois émue et déroutée par le comportement de ma fille. Elle n’était d’habitude pas si ouverte, plutôt discrète même et pudique. Pourtant, elle s’ouvrait telle une fleur à cet homme qu’elle ne connaissait pas. Elle lui ouvrait son cœur, sa chambre, sa personnalité. Et en tant que mère, je craignais par-dessus tout qu’elle lui ouvre son âme, et qu’il n’y laisse que la déception. Sur le seuil de la porte, je m’adossai d’un air attendri, et observai les deux êtres qui avaient compté le plus dans ma vie, s’apprivoiser doucement.

Les minutes passèrent, et bientôt, je vis Eydis se mettre à bailler, et à cligner des paupières. Je la voyais lutter contre le sommeil, et continuer à parler à Lust, de choses et d’autres. Bientôt, elle posa doucement sa tête sur l’épaule de son père, et ferma les yeux quelques secondes. Mon regard croisa celui de Lust et je murmurai du bout des lèvres « Elle s’est endormie sur toi ».
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MessageSujet: Re: There is this girl who stole my heart and she calls me Daddy.   Jeu 28 Déc - 18:20

La maisonnette avait cela de charmant, outre bien sûr la silhouette d'une chèvre broutant les pâtures, qu'elle se pliait rigoureusement aux vénustés sensiblement britanniques ; l'on ne pouvait l'imaginer dans d'autres contrées que les petites landes anglaises. Inspirant la convivialité et les conversations feutrées autour d'un feu de cheminée, sa dissemblance d'avec les hôtels luxueux et impersonnels fréquentés par Lust lui sautait au visage. L'espace d'un instant et en dépit de son jeune âge, il se demanda quelle tournure aurait pu prendre sa vie si Cassandre en avait fait partie. Réflexion fugace, trop abstraite pour nourrir réellement son intérêt. Sa curiosité était par ailleurs attisée par chacun des détails s'exposant à sa vue : du vieux chêne au petit portillon, Lust détaillait tout, avec une avidité flatteuse. Ses yeux bruns balayaient irrésolument les environs, soucieux de déceler quelques secrets de son intimité cachée. Maintes fois, il avait imaginé la vie de Cassandra ; elle vivait en France auprès de son époux. Il ignorait pourquoi mais la maison de ses tristes rêveries était toujours faite de briques, ornée de volets bleus et bardée de fleurs sauvages. Ce qu'il apercevait ce soir lui semblait sensiblement plus beau et pittoresque, puisque la silhouette de Alan, même factice, apportait une touche inesthétique au tableau familial. Sur cette pensée, Lust esquissa un rictus mesquin qui s'effaça derechef lorsque Cassandra vint l'avertir : « Tu dis bonjour à la chèvre, tu signes son bouquin, et je te laisse tranquille.  » Ce regard indulgent qu'elle posa sur lui, l'enjoignit dès lors à ne pas user de ses vices ni de ses desseins décidés plus tôt. Peut-être était-ce stupide que de provoquer la conversation appelant à la figure d'un père et que, bien plus que Cassandra, c'était Eydis qu'il aurait blessée le plus. Ainsi la toisa-t-il longuement, sans piper mot. Débouté par la diligence de la requête, comprenant dès lors que l'invitation provocatrice ne tenait plus. Il n'était pas le bienvenue, et par ailleurs s'y sentait comme un objet qu'on y eut déplacé. Faisant offense à la vue, non par son physique mais par sa position d'étranger. Sans demander son dû, Lust s'engouffra alors dans la maison, tenta de dompter son regard curieux puis s'empressa à son tour de suivre Eydis dans sa chambre. L'énergie solaire qu'elle dégagea acheva de le détendre un peu, et ce fut plus apaisé qu'il pénétra dans son antre.

Véritable temple au sport qu'était le Quidditch, la chambre de la petite transpirait sa passion. Lust leva la tête, à la fois admiratif et amusé, décela chaque détail relevant de son amour pour le sport à balai, s'amusa de n'y trouver aucun stigmate imposant l'idolâtrie des princesses ni l'engouement pour le rose. « Tu aimes ? »  « J'aurais aimé avoir la même quand j'étais petit. » Il approuvait à grands renforts de mimiques, certes surjoués mais témoins de leur connivence naturelle, et ce en dépit de la moue soudainement intimidée de Eydis. Avec cette bravade qui lui était particulière, la fillette l'invita sur son lit et se livra à d'autres causeries, banales ou touchantes. Il lui posa quelques questions, sur l'école, sa chèvre ou sa couleur préférée. Rien qui ne puisse prêter cependant à la houle qu'il souhaitait provoquer tout à l'heure. Tout ne fut qu'infiniment emprunté de douceur, quand la voix de Eydis devenait murmure, tremblotait, baissait, montait avec entrain lorsqu'elle sentait la fatigue la surprendre. Puis cessa tout à fait. «  Elle s’est endormie sur toi  » Il toisa Cassandra, approuva rapidement d'un signe de tête. La distance qu'ils s'infligeaient leur était plus supportable lorsque le silence s'imposait à eux. Lui-même absorbé par son amour pour Cassandra, avait depuis cinq ans senti sa vie lui filer entre les doigts. Inexorablement désordonnée et confuse. Son effarante sensibilité à l'encontre de la française ne s'était pourtant pas éteinte ; elle dormait sous sa méfiance. Jamais, Lust n'avait communié plus profondément avec elle que lorsqu'il se remémorait leurs souvenirs, ces lèvres silencieuses effleurant son épaule, leurs folies passagères, leur mariage improvisé et sitôt dissolu, leur escapade à Paris.

Taciturne, Lust lova Eydis dans ses bras afin de l'installer plus confortablement sous sa couverture duveteuse. Et, s'emparant de son livre fétiche, y imposa comme promis sa signature « A Eydis, future et prometteuse joueuse de Quidditch. ». « On devrait peut-être parler. Ne t'en fais pas, je partirai juste après. » Le bruit sourd d'un livre que l'on referme. Il s'était redressé, l'air grave mais jamais hostile. Quoiqu'un éclat ténébreux striait – du moins semblait-il – sa pupille résignée. La brièveté de sa demande puisait ses racines dans les dires de Cassandra qu'elle eut pour lui plus tôt, tout en desservant sa volonté de ne plus se sentir tel un étranger en cette maison. Instant de malaise, distillé en son sein depuis qu'il eut passé le seuil.

Le salon leur sembla être le terrain neutre adéquat, bien que Lust ne semblait guère disposé à s'asseoir. Il lui semblait que, debout, la situation lui était d'avantage sous contrôle. Avide de mouvement et d'actions, il ne parvenait pas à se faire inerte. Et pour cela, n'hésita pas à prendre la parole sans tact particulier. « Il faut que je sache dès maintenant ce qu'il convient de faire pour la suite. Tu es partie avec elle. Elle est ta fille. » Triste constat pourtant bien tangible. Quand bien même il avait voulu la connaître et que l'affection l'étreignait, Lust se sentait perdu. Se confiant d'avantage quant au ressenti qui vint le prendre en otage dès lors qu'il eut passé la porte : « Je ne suis pas à ma place. Est-ce que... » Son pressentiment s'avéra juste ; Lust commença à faire les cent pas, s'arrêtant, plongeant ses mains dans les poches afin de lutter contre l'envie irrépressible de fourrer entre ses lèvres une énième cigarette. Un peu de poudre blanche aurait été la bienvenue. « Je pourrai au moins continuer à la voir de temps en temps. On pourrait prétendre être amis, toi et moi. Ensuite, tu conviens de ta vie comme tu le voulais au départ. » Ce qui put sembler facile dans ses propos ne l'était pourtant pas. Cette éternelle sensation de sacrifice, se sentir à la fois fantôme et réel. A la fois au-dehors et au-dedans de sa vie. « Je peux aussi juste foutre le camp, si tu penses qu'elle n'en sera pas affectée. » Crève-coeur. Il n'en laissa rien paraître malgré l'assombrissement de son visage. Offrant à Cassandra ce qu'il ne lui avait jamais vraiment offert auparavant ; lui laisser le choix de son existence. « Mais c'est pas ce que je veux. » Enfin, presque.
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MessageSujet: Re: There is this girl who stole my heart and she calls me Daddy.   Jeu 28 Déc - 21:19

Eydis avait été notre garde-fou, jusqu’à présent. Elle nous avait évité de trop parler, nous n’avions échangé que quelques phrases au cours de la soirée. Rien que des banalités. Mais je sentais au fond de moi qu’une discussion devait s’imposer. Parce que j’avais ce besoin de parler avec lui, besoin que j’avais enfoui trop longtemps. L’occasion se présentait, et nous ne pouvions pas passer à côté. C’était certain. Comme s’il avait lu dans mes pensées, Lust murmura « On devrait peut-être parler. Ne t'en fais pas, je partirai juste après. » Partir ? De cette chambre ? De cette maison ? De la vie d’Eydis ? De la mienne ? Une phrase qui pouvait avoir de bien nombreux sens. J’achevai de border la belle endormie, avant de regagner le salon qui nous parut être le lieu idéal pour ce que nous avions à nous dire. Agitée de tics nerveux, je m’approchai de la cuisine et me lavai méticuleusement les mains tandis que Lust prenait la parole derrière moi. « Il faut que je sache dès maintenant ce qu'il convient de faire pour la suite. Tu es partie avec elle. Elle est ta fille. » J’étais partie. Lust me balançait au visage la triste réalité, et la culpabilité qui m’assaillait depuis cinq ans déjà. J’étais partie, oui. Pour de trop nombreuses raisons. Parce que l’enfant n’était pas désiré, parce que Lust était trop jeune, et que j’étais trop vieille. Je ne lui avais guère laissé le choix, en pensant prendre la bonne décision, pour tout le monde. Mais je savais qu’il me le reprocherait un jour, que Eydis me le reprocherait à son tour, quand elle serait en âge de comprendre. Malgré tout, à l’époque, j’étais convaincue d’avoir pris la bonne décision. Je regardai par la fenêtre qui se trouvait juste au-dessus de l’évier de la cuisine, mais au lieu d’y voir le jardin qui s’y étendait, je vis le reflet de Lust qui faisait les cents pas derrière moi. J’avais mal au cœur de le voir tiraillé de la sorte. « Je ne suis pas à ma place. Est-ce que... » Je ne savais pas quoi répondre. Je ne voulais pas répondre. Si Lust n’était pas à sa place, c’était sans doute parce que je l’avais éjecté de ma vie sans préavis. Je ne lui avais pas donné cette place qui lui revenait pourtant de droit. Je l’en avais privé. Quand à la place qu'il occupait dans mon coeur... C'était une toute autre histoire.

Je fermai les yeux et inspirai profondément. Mes épaules tendues, mon dos droit, ma mâchoire crispée. Je n’avais rien de la maman détendue que j’aspirais être. Avisant le bol du petit déjeuner d’Eydis, j’entrepris de le récurer à l’aide d’une éponge. Je faisais la vaisselle. Lust me parlait sérieusement, m'ouvrait son cœur, et moi, je faisais la vaisselle. A cet instant préccis, je me détestais. Je me haïssais de ne pas trouver les mots, de pas pouvoir le réconforter. Parce que de quoi aurais-je l’air avec mes paroles rassurantes, alors même que c’était moi qui avais causé tout son mal-être. « Je pourrai au moins continuer à la voir de temps en temps. On pourrait prétendre être amis, toi et moi. Ensuite, tu conviens de ta vie comme tu le voulais au départ. » «Être amis … » répétai-je d’une voix blanche, lointaine, comme si je n’avais pas entendu tout le reste. Etre amis… C’était si étrange. Nous n’avions jamais été amis. Bien sûr, j’avais longtemps considéré Lust comme mon meilleur ami, un confident, mais c’était toujours après avoir frôlé ses draps et dévoré ses lèvres. « Je peux aussi juste foutre le camp, si tu penses qu'elle n'en sera pas affectée. » Mes mains tremblantes sur le petit bol ne résistèrent pas longtemps, et bientôt, le récipient vint s’écraser au fond de l’évier dans un fracas qui aurait pu réveiller Eydis, si elle ne dormait pas du sommeil du juste. Morphée l’avait sans doute entraînée bien loin de cette maison, quelque part dans le ciel au milieu de souaffle et de vif d’or. «Merde » grognai-je avec hargne en rassemblant d’une main malhabile les morceaux de porcelaine qui gisaient sur la faïence de l’évier. Je n’y arrivais pas. Elle tremblait trop, la traitresse. Respirant un bon coup, j’agrippai fermement le bord de l’évier, baissant la tête, fermant les yeux pour mieux entendre la dernière phrase de Lust. « Mais c'est pas ce que je veux. » Un sourire fugace se dessina sur mes lèvres, tandis que je pinçai fermement l’arrête de mon nez avant de lever les yeux et de croiser le regard de Lust dans le reflet de la vitre.

« Ce n’est pas ce que je veux pour elle » finis-je par dire d’une voix basse et douce. Peut-être était-il temps de s’excuser ? Ce n’était pas dans nos habitudes, à Lust et moi. A l’époque, on préférait se rejeter mutuellement la faute dessus, avant de se réconcilier sur l’oreiller et d’oublier nos querelles pour mieux plonger, tête baissée, dans de nouvelles altercations. Mais il n’était plus le même. Moi non plus, d’ailleurs. Alors peut être que… «Je suis désolée. Je suis désolée d’être partie, de ne pas t’avoir laissé le choix. » Ma voix n’était qu’un souffle et j’avais baissé les yeux. Même le regarder au travers de la vitre m’était insupportable. Parce sa souffrance était réelle et que je craignais d’en être l’instigatrice. « A l’époque j’étais… Perdue. J’étais obnubilée par ce petit être qui grandissait dans mon ventre. Je ne voyais qu’elle. » Les neufs mois de grossesse avaient été à la fois merveilleux et insoutenables. Parce que j’avais senti ma fille bouger, et que je l’avais aimée un peu plus chaque jour. Et parce que je n’avais eu personne avec qui partager ce bonheur, à part ma mère, aucun homme n’était venu apposer une main protectrice sur le rebond de mon bas ventre. « Si c’était à refaire, je… » Je serais revenue. J’aurai essayé de me faire pardonner, j’aurai scandé mon amour et j’aurai supplié pour une véritable vie de famille. Mais je ne pouvais pas. Le temps avait fait son œuvre, et nul ne pouvait revenir dessus. « Je pense qu’il faudrait lui dire. Pas immédiatement, bien sûr, mais prochainement. Elle a le droit de savoir, j’imagine. » Et plus j’avançais dans mes paroles, plus ma voix diminuait pour n’être qu’un chuchot, un souffle tout juste audible pour lequel il fallait tendre l’oreille. Mes mains étaient toujours accrochées au lavabo, comme s’il s’agissait de la seule chose qui me permettait de tenir debout. Mes jointures avaient blanchi, et sur mes avant-bras nus, je voyais les petites cicatrices qui parcheminait mon corps tout entier, devenir argentées sous la lueur de la Lune. Derrière moi, Lust s’agitait encore et toujours. Mais je n’osais pas me retourner. Je n’osais pas faire face à ses yeux qui me jugeraient sans doute coupable. «Elle a déjà compris que tu es… différent. Eydis ne parle pas aux hommes, habituellement. Et tu es le premier à entrer chez nous. » Ma voix s’était éteinte. Cette révélation en disait long sur ma propre vie de femme. Mais qu’importait, je n’avais rien à cacher. Pas à Lust. Et de toute façon, fut un temps où il lisait en moi comme dans un livre ouvert… alors à quoi bon.
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MessageSujet: Re: There is this girl who stole my heart and she calls me Daddy.   Ven 29 Déc - 11:27

S'entrechoquant seconde après seconde, le tintement de la vaisselle contre l'évier – trop sourde pour être contenue d'une main confiante – , le martèlement incessant de pas nerveux, les aveux livrés en un souffle. Parfois il se savait chanceux de croiser dans le reflet, par un jeu de miroirs ne nécessitant aucune réelle confrontation de regards, les yeux bleus de Cassandra.  Lust n'en fut guère confus bien au contraire ; il y avait cette image de lui, certainement le cliché le plus inhabituel s'il dut être photographié, de lui ouvrant les brèches de ses inquiétudes, tétanisé d'être l'étranger de sa fille et de l'amante, à faire ainsi les cent pas. Cette image ne pouvait persister dans les yeux de Cassandra, aussi il lui fut finalement reconnaissant de se montrer fuyante. L'exercice banal pour les autres mais déroutant pour eux, de se prêter au jeu de la disculpation, meurtrissait tant leurs egos qu'ils se devaient de s'éviter. Là où les amants avaient toujours croisé le fer, ils se tournaient aujourd'hui autour, fleuret baissé au sol. Le temps a passé, mais ils avaient toujours quelque part ce goût Chateau Ausone, grand cru de Bordeaux, 1964. L'une des premières bouteilles qu'il amena, aussi fier dans son insolence que dans son entreprise, dans la chambre de sa professeure à Poudlard.

Pour tout dire, Lust avait sur la langue ces monceaux de reproches envers Cassandra. Il pouvait se gargariser autant qu'il le souhaitait d'avoir soit-disant gagné en maturité, de lui avoir pardonné sa couardise et de ne plus ressentir d'amertume, ces bonnes résolutions s'encrassaient sous une couche de poussière. Faite de blessures, de remords et d'incompréhension. Il aurait aimé hurler, lui demander pourquoi elle s'en était soudain allée, pourquoi avec un autre et surtout, pourquoi sans lui. Le spectre de la réponse l'effrayait cependant, aussi Lust ne pouvait accuser Cassandra de lâcheté sans en être coupable en retour. Alors il préféra s'adonner aux aveux, exercice ardu mais plus judicieux qu'une inquisition. Conservant une étrange sérénité, lui que l'on savait impulsif. La raison, sans nul doute, résidait dans cette passion bien vivante mais aujourd'hui éteinte. Il n'aurait fallu que de peu pour raviver la flamme. Et c'est pourquoi ils préférèrent garder la distance. C'est drôle, comme tout d'elle s'attise lorsqu'il s'approche. «Je suis désolée. Je suis désolée d’être partie, de ne pas t’avoir laissé le choix.  » « Non, c'est pas... » Il se tait, c'est absurde. Ces excuses, il les a attendues durant cinq ans. Cinq ans à se questionner, se remettre en question, ne rien y trouver, tout foutre en l'air. Cinq ans à oublier, par la rudesse de séances de sport intensives, l'aveuglement des flashs, les excès de fêtes, d'alcool et de mannequins. Lust se voulait grandi, mais il n'avait pas changé. « A l’époque j’étais… Perdue. J’étais obnubilée par ce petit être qui grandissait dans mon ventre. Je ne voyais qu’elle. »   Comme une mise en scène calibrée, une forte pluie vint soudain battre les fenêtres. Coopérant d'avec le mutisme du jeune homme qui ne savait que dire, sinon approuver par instant, se voulant compréhensif. Il ne pouvait guère comprendre cependant les émotions d'une femme sentant la vie grandir en elle mais pouvait aisément imaginer la décision de Cassandra de choisir pour sa fille un père dont la vie bien rangée aspirait à la sûreté. C'est qu'il aurait voulu lui dire, en cet instant, qu'à peine fut-elle partie qu'il entama sa cure de désintoxication. Néanmoins confronté à l'égoïsme de cet aveu indélicat, Lust la laissa parler et l'écouta avec attention. Il ne trouva pas toutes les réponses à ses questions, mais comprit le lien fusionnel unissant la mère à sa fille. Ce que Cassandra argua en épilogue acheva de le convaincre. «Elle a déjà compris que tu es… différent. Eydis ne parle pas aux hommes, habituellement. Et tu es le premier à entrer chez nous. »

Quelques années auparavant et à la voir ainsi, Lust se serait approché. L'aurait enlacée de ses bras protecteurs, embrassé son cou et ses cicatrices. Et l'état de leur relation, bien vivante ou avortée, n'aurait importé que peu. Hélas, l'étranger qu'il était à présent n'aurait su s'épancher à nouveau vers elle. Le départ de Cassandra avait rompu en lui ce petit quelque chose qui le pensait éternel à ses côtés. Malgré cette envie de provoquer le contact, aspirant à caresser sa peau, il se serait senti profane. L'inconnu, l'autre, le fantôme passé. L'étranger. Dans ce moment électrique, Lust se remémora Albert Camus. Cassandra, autrefois, lui avait fait découvrir cet auteur français.

Un mutisme assourdissant. Lust enregistra chaque dire de Cassandra, chacun de ses aveux et de leurs parcelles d'intimité. Il aurait pu être fier ou soulagé qu'aucun autre homme n'ait pu gagner son cœur. Ah mais, c'est qu'il l'était. Néanmoins l'émotion première qu'il ressentit fut la bienveillance. Le lien unissant la mère à la fille lui semblait soudain plus limpide. Alors, touché, il déclama : « Je ne m'immiscerai pas entre Eydis et toi. » Ce jeu de reflets à nouveau. Lust crut percevoir ses yeux se revêtir d'un voile d'inquiétude. Avaient-ils remarqué cette épaisse solitude couvant à leurs pieds, d'un côté comme de l'autre ? « Je te promets que je n'en ferai rien. » Il réitéra sa promesse. Peut-être parce qu'il avait oublié comment la réconforter. Peut-être avait-il toujours fait ainsi. Amoureux attardé, il lui livra pour qu'elle comprenne ce qu'il lui avait toujours caché durant ces années d'absence. « Quand tu t'en es allée il y a cinq ans... Je suis aussitôt parti à ta recherche en France. Et crois-moi, il y a eu ce jour où je n'ai jamais eu autant l'opportunité de te faire revenir dans ma vie. Tu étais là, à quelques mètres de moi. » Troublé par ces souvenirs roulant sur sa langue, sa gorge se serra malgré lui. Malgré sa prestance et les sentiments écorchés. « Merde... » Bref pincement de lèvres. Vision d'une robe blanche, de fleurs et d'une église de province. « C'que t'étais belle, tu sais. » Lust haussa les épaules, comme une volonté de se détacher de son laïus et de sa mémoire qui lui semblaient pénibles. « Puis j'ai compris, d'un coup d'un seul, que si tu m'avais fui, c'était parce que je ne pourrais jamais te rendre heureuse. Et c'était vrai. » Il hocha la tête, brièvement. Le timbre sincère se lovant contre son timbre enrayé ne pouvait que prouver sa bonne foi. Il en avait été clairement convaincu, et sans doute était-ce pour cela que l'oubli avait été plus aisé. « C'était idiot de m'imposer dans ta vie. Il fallait que je te laisse partir, parce que je t'aimais. Ecoute... » Tant de temps passé sans aucun émoi amoureux, doté d'une rigidité sentimentale durant cinq ans, Lust avait également oublié combien les belles déclarations étaient difficiles. Comme un attentat à la pudeur. « Si je ne suis pas intervenu ce jour-là, c'est certainement pas pour le faire aujourd'hui. Je ne foutrai pas ta vie en l'air. » La révélation du secret avait été ardue, mais il se sentit plus léger. « Je ne m'immiscerai pas, entre Eydis et toi. Je veux simplement pouvoir la voir, de temps en temps. » L'émotion de la voix laissait place à cette résignation confiante.
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MessageSujet: Re: There is this girl who stole my heart and she calls me Daddy.   Ven 29 Déc - 12:08

« Je ne m'immiscerai pas entre Eydis et toi. » Je lui tournais toujours le dos, je le fuyais comme la peste. Je nous fuyais comme la peste. Combien de fois avais-je prié pour le revoir, seule à seul, pour lui dire ce que j’avais sur le cœur. Et à présent que l’occasion se présentait, voilà que je restais muette, sourde à tous les sentiments qui affluaient vers mon cœur.  « Je te promets que je n'en ferai rien. » « Je sais » murmurai-je d’une voix faible. Je le connaissais assez pour être sûre de ça. Je savais que Lust ne serait pas le genre d’homme à me mettre des bâtons dans les roues, à m’empêcher de mener ma propre vie et de faire de celle d’Eydis un véritable conte de fée. Pourtant, cette promesse me fit chaud au cœur. Elle laissa un pansement doux et chaud sur mes plaies béantes, elle était rassurante. « Quand tu t'en es allée il y a cinq ans... Je suis aussitôt parti à ta recherche en France. Et crois-moi, il y a eu ce jour où je n'ai jamais eu autant l'opportunité de te faire revenir dans ma vie. Tu étais là, à quelques mètres de moi. ».

Et mes mains se trembler plus encore, sur ce fichu rebord. Il n’allait pas faire ça… Il n’allait pas aborder ce sujet, pas maintenant. C’était encore trop douloureux. Pourquoi fallait-il que nous parlions de cela ? Je ne voulais parler que d’Eydis, pas de nous. C’était encore trop récent… Cinq ans, qu’est-ce que c’était dans une vie ? Rien. Surtout pas dans la mienne. Pourtant, jamais Lust n’avait été aussi loquace, et le voilà qu’il reprit la parole pour m’enfoncer plus profondément encore la dague sanguinaire de notre idylle achevée. « C'que t'étais belle, tu sais. » Un sourire triste sur mon visage, comme je me remémorais ce jour maudit. Et sans nul doute, si j’avais aperçu la silhouette de Lust à l’entrée de l’Eglise, je m’en serais allée pour mieux le retrouver. Je lui aurai tendu les bras, et je me serais accrochée à son cou, tandis qu’entre nous, seule notre petite Eydis dans mon ventre rond n’aurait fait obstacle à nos retrouvailles. Pourquoi ne s’était-il pas montré ? Pourquoi n’avait-il pas remonté l’allée pour me supplier de revenir ? Je me serais exécutée sur le champ. Au lieu de cela, il était resté dans l’ombre, et je l’avais détesté de ne pas se pointer. J’avais regardé Alan d’un œil froid et vide d’émotion, et j’avais tourné les talons, sans me retourner. D’Alan, je n’avais plus eu de nouvelle. Je n’en avais pas demandé non plus. Quant à Lust… Et bien j’imagine que malgré ma volonté de l’oublier, je n’avais pu m’empêcher de lire quelques-unes de ces frasques dans les journaux britanniques. « Puis j'ai compris, d'un coup d'un seul, que si tu m'avais fui, c'était parce que je ne pourrais jamais te rendre heureuse. Et c'était vrai. » C’était faux. Plus que tout autre, il m’avait rendue heureuse, et continuait de le faire, tant je chérissais nos souvenirs. Mais à l’époque, j’avais l’étrange sensation que le seul bonheur de ma vie émanait de mon ventre. Qu’Eydis était l’unique amour de ma vie. C’était le cas bien sûr, mais d’un amour bien différent que celui qui m’avait liée un jour à son père.

« C'était idiot de m'imposer dans ta vie. Il fallait que je te laisse partir, parce que je t'aimais. Ecoute... » Une larme. Unique, douloureuse, brûlante glissa le long de ma joue, et je bénissais la vitre en face de moi de ne pas être assez miroitante pour laisser apparaître ce genre de détail. J’avais mal. Je souffrais pour des faits qui avaient eu lieu des années auparavant. Mais je n’avais jamais pleuré jusqu’alors, pas une seule fois je ne m’étais autorisée ce genre de faiblesse. Parce que je devais m’occuper d’Eydis, de ma mère, de ma propre vie. Je n’étais pas de celles qui pleurent facilement, et les rares larmes que j’avais pu laisser tomber un jour, avaient été pour lui, bien sûr. Je portai une main tremblante à ma joue et en recueilli la perle salée. J’inspirai profondément, laissant échapper un unique et dernier sanglot, avant de reprendre de ma superbe. « Si je ne suis pas intervenu ce jour-là, c'est certainement pas pour le faire aujourd'hui. Je ne foutrai pas ta vie en l'air. » Ma vie avait-elle jamais eu de sens ? Pour la foutre en l’air, il eut fallu qu’elle en ait un minimum. A présent, le seul sens qu’elle put avoir s’appelait Eydis, et de toute évidence, Lust n’avait pas prévu de me la retirer. Il s’efforça d’ailleurs de le répéter une troisième fois. Etait-ce moi qu’il voulait convaincre ou son propre esprit ?  « Je ne m'immiscerai pas, entre Eydis et toi. Je veux simplement pouvoir la voir, de temps en temps. » Quand je fus certaine que la larme traitresse s’était évaporée sur ma joue pâle, je décidai enfin de me retourner et de faire face à Lust. Il y avait une drôle de tension dans la pièce, une atmosphère pesante et pourtant rassurante. Sûrement due aux nombreuses révélations de la soirée. « Tu peux la voir. Autant que tu veux. Mais laisse-lui le temps de te connaître avant de lui dire la vérité. » Il ne fallait pas la brusquer, et lui laisser le temps d’assimiler cette nouvelle rencontre, cette nouvelle relation. Eydis était comme nous. Elle se laissait vite submerger par ses émotions. Elle pouvait être colérique, hypersensible, méprisante, mais aussi terriblement tendre et douce, elle aimait avec passion, sans limite, sans compter. Et je savais que c’était ainsi, qu’elle aimerait Lust. Et qu’il l’aimerait en retour. Parce ni l’un ni l’autre ne savait aimer avec modération. « Il faut que tu saches, Lust… » Je sentis ma gorge se serrer, mon cœur battre la chamade. Est-ce que j’avais le droit de le lui dire ? Est-ce que ce n’était pas tricher, après tout ce temps ? « Ce jour là, je regardais sans cesse en arrière. J’espèrais que tu viennes. Que tu m’arraches à ma folie, que tu me remettes les pieds sur Terre. » un silence, juste assez long pour reprendre mon souffle. «  Pour me dire que j’avais tort. Et que ma vie était avec toi, avec personne d’autre. Que je n’avais pas le droit de te l’enlever.» Je sentis mes yeux se remplir à nouveau de larmes, tandis que je faisais tous les efforts du monde pour ne parler pleurer devant lui. « Mais comme toujours, on ne fait pas les choses à moitié. Des fois, je me demande ce qu’on a fait de mal, dans une autre vie.  »
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MessageSujet: Re: There is this girl who stole my heart and she calls me Daddy.   Ven 29 Déc - 13:03

« Tu peux la voir. Autant que tu veux. Mais laisse-lui le temps de te connaître avant de lui dire la vérité. » Le silence qu'il eut en retour put, à juste titre, instiller quelques doutes dans les pensées de Cassandra. A le voir ainsi mutique, figeant ses pupilles dans celle qui daigna enfin se retourner, on eut pu le soupçonner de quelques desseins fielleux. Comme avouer à la fillette ses origines, sans ambages ni grand tact. Pour autant c'était bien tout l'inverse qui s'agitait dans l'esprit de Lust ; il hésitait à assumer sa paternité. Non par peur ni par déplaisir, puisque au contraire la petite Eydis avait su le séduire et, sans qu'il ne le comprenne vraiment, il avait cette impression de toujours l'avoir connue. Mais parce qu'il s'imaginait pour elle le père que Cassandra eut toujours miroité : réfléchi, d'âge mûr, posé. A dissimuler ce secret, elles gagneraient probablement la figure paternelle rêvée. A croire que Lust se sentait dépossédé depuis longtemps du rôle qu'il aurait pourtant aimé endosser. Lovant son mutisme contre la croyance selon laquelle il approuvait les dires de la française – alors même qu'il se jurait, par altruisme pensait-il, de ne rien lui confesser – le jeune homme l'écouta encore. Il se souvint soudain de leurs longues conversations, dans le giron de leurs bras à faire défiler les nuits blanches. Se faire l'amour, et parler encore. S'abreuver des lèvres de l'autre, dans les baisers comme dans les palabres. Et l'écouter parler des heures durant. Bien sûr les circonstances s'avéraient différentes mais, si l'on grattait derrière la peine et l'accouchement douloureux de leurs aveux, l'on pouvait déceler des monceaux de déclarations timides. Prémices, peut-être, d'une passion nouvelle. Ou d'adieux pudiques. « Il faut que tu saches, Lust… » Le concerné secoua la tête. Il ne voulait pas savoir. Se serait plaqué les mains contre les oreilles pour ne pas l'entendre. Aurait tourné les talons. Mais il se souvint de la promesse qu'il s'était faite : s'ériger comme un adulte mature, face à Cassandra. Diable que l'exercice était ardu. « Ce jour là, je regardais sans cesse en arrière. J’espèrais que tu viennes. Que tu m’arraches à ma folie, que tu me remettes les pieds sur Terre. » Mâchoire serrée, regard fantôme toisant un point invisible sur les murs. Il sentit l'oppression d'un poids crevant son thorax à mesure qu'elle livrait à son tour son secret. Le spectre des regrets plomba dès lors sa tête ; ainsi la seule fois où Lust était parvenu à passer outre son égoïsme, il n'avait pas pris la bonne décision. « Alors, pourquoi t'es partie... » Un murmure à lui-même. Une incompréhension douloureuse. Mais face au visage blême et chagriné de Cassandra, Lust ne put que se ressaisir. Être présent si elle en avait besoin. Ne pas faillir là où elle s'abandonnait. «  Pour me dire que j’avais tort. Et que ma vie était avec toi, avec personne d’autre. Que je n’avais pas le droit de te l’enlever.» Arrête, c'est douloureux. Lust usa de son mutisme pour se faire galant mais, rendu agité par ses confessions, reprit les cent pas. Se stoppa. Lui tourna le dos. Ses mains nerveuses fouillant ses cheveux d'ébène comme s'il put en extraire de force toutes les pensées fusant dans son esprit. « Mais comme toujours, on ne fait pas les choses à moitié. Des fois, je me demande ce qu’on a fait de mal, dans une autre vie.  »

« J'en sais rien... » Enfin quelques mots, rescapés de ses lèvres trop longuement closes. Le silence imposé suite aux révélations de Cassandra n'oeuvraient que trop peu au bon déroulement de ses réflexions. Il ne savait que dire, ni que faire. Se rappela à leur idylle passionnée et leurs agissements toujours démesurés. Ils étaient tombés dans les tourbillons de l'excès et en payaient aujourd'hui le prix. « Non on n'a rien fait de mal. » Lust se retourna enfin. Prompt à apaiser la tension, il tenta un trait d'humour afin de la faire sourire. « Comme tu le dis, on a simplement toujours été dans l'excès. Comme ce matin où on s'est réveillés sous une table avec la gueule de bois... La tête de ta mère, tu t'en souviens ? » Bref rire allégeant la peine. « Ou la fois où l'on s'est mariés dans cette petite église de Norwich. La virée à Paris, en pleine année scolaire. Les nuits passées dans ta chambre... Professeure. » Un rire de nouveau. Se remémorer leur idylle ne pouvait prétendre à d'autres larmes. Alors, puisqu'il eut passé tant d'années à tenter de prendre du recul, relativisa pour elle, d'un timbre plus sérieux : « On a passé des moments magiques, tous les deux. C'est allé vite, c'est tout. C'était violent, c'était fiévreux, c'était effréné. On pouvait pas tenir la distance. Et tu étais de loin, la plus lucide de nous deux. » En filigrane, l'aveu selon lequel il ne la tenait pas en joue. Qu'elle avait eu raison de partir et de tenter d'autres choses. Quand bien même ils l'avaient regretté. Pause volontaire. La tension du moment semblait s'être évaporée. « J'habite toujours dans le quartier de Kensington. Enfin, c'est la maison de mon père mais... » Il eut un geste dérisoire, comme détaché. Le patriarche lui avait légué à son décès tous ses biens. Sensible à ces instants troubles qu'ils traversaient, Lust préféra ne pas s'y attarder. « … c'est là que je vis quand je veux être loin des médias. Tu peux passer quand tu veux, avec Eydis. Rose sera vraiment ravie de te revoir, elle se souvient très bien de toi. » L'ancienne nourrice de Lust et présentement sa domestique ; femme à tout faire, mère de substitut, figure rassurante et dont il avait quémandé sa présence perpétuelle au sein de cette luxueuse et spacieuse maison sans âme qui vive pour l'animer. Il eut un sourire. Se posant comme garant, ou du moins tentant de l'être, des souvenirs heureux qu'ils avaient encore afin de sécher ses larmes ne serait-ce qu'à distance.
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MessageSujet: Re: There is this girl who stole my heart and she calls me Daddy.   Ven 29 Déc - 14:18

J’avais enfin tourné sur moi-même et j’avais enfin le courage de le regarder dans les yeux. Croisant mes bras sur ma poitrine, comme pour me protéger de tout ce mal que l’on était encore capable de se faire, je resserrai mon étreinte autour de mon propre corps frêle. « J'en sais rien... » finit-il par répondre d’une voix basse. Parfois, je me disais qu’il aurait été bon, pour lui comme pour moi, de consulter l’une de ces voyantes hors de prix. Juste pour savoir ce que nous étions, dans une autre vie. Dans nos vies antérieures, j’étais prête à parier que Lust était un Montagu et moi une Capulet. Amoureux transis mais dont le seul repos réside dans la mort. C’était triste. C’était beau, et grandiose, c’était triste et pathétique. « Non on n'a rien fait de mal. » Toi non, sans doute. Moi, je m’étais amourachée d’un de mes élèves, tout juste majeur. Et c’était interdit, pour bien des raisons. Mais je n’en avais fait qu’à ma tête, et je n’avais écouté que mon cœur plutôt que ma raison. Je soupirai, en passant une main sur ma nuque tendue, tandis que Lust s’autorisait un sourire et nous replongeait tous les deux dans des souvenirs heureux. « Comme tu le dis, on a simplement toujours été dans l'excès. Comme ce matin où on s'est réveillés sous une table avec la gueule de bois... La tête de ta mère, tu t'en souviens ? » Je ne pus retenir un éclat de rire. C’était étrange, ça résonnait dans la pièce comme un carillon, ça illuminait l’espace. Il faisait écho au sien, bref, mais sincère, et je sentis mon cœur s’alléger l’espace de quelques secondes. Si je m’en souvenais… Bien sûr. Sans doute l’une des plus belles nuits de ma vie. L’une des plus drôles aussi. « Ou la fois où l'on s'est mariés dans cette petite église de Norwich. La virée à Paris, en pleine année scolaire. Les nuits passées dans ta chambre... Professeure. » Merci, Lust, de nous rappeler que tout n’était pas qu’un échec. Que nous avions ris, autant que nous avions grondé, que nous nous étions aimés, autant que nous nous étions détestés. «C’est si loin, tout ça. C’était bon… » murmurai-je avec un sourire nostalgique. C’était si loin, et pourtant si proche, quand on y repensait. J’aurai aimé me procurer un retourneur de temps, juste pour nous voir, dans mon appartement, en train de se faxer sous une table basse. Notre nuit alcoolisée, où nous nous étions dit oui, pour le meilleur et pour le pire. La nuit où nous avions conçu Eydis, aussi.

« On a passé des moments magiques, tous les deux. C'est allé vite, c'est tout. C'était violent, c'était fiévreux, c'était effréné. On pouvait pas tenir la distance. Et tu étais de loin, la plus lucide de nous deux. » Tant d’adjectifs qui nous correspondaient si bien. «Passionnant, et passionnés» soufflai-je avec un petit sourire en coin. Il avait raison, sans doute. Peut-être que j’étais la plus lucide, j’étais aussi la plus couarde, la moins téméraire des deux. J’étais de celles qui fuient en avant, non pas de celles qui restent en première ligne. L’atmosphère s’était réchauffée entre nous, et je sentis mes muscles se détendre peu à peu. Je laissai tomber mes bras et fourrai mes mains dans mes poches, tandis que Lust semblait retrouver un visage plus serein, plus apaisé. Peut-être que c’était tout ce dont nous avions besoin. Nous parler, nous écouter. Nous expliquer, nous pardonner. Je lui avais déjà tout pardonné, depuis le début, mais je ne m’en étais pas rendue compte. Dès lors que je l’avais aimé, j’avais pardonné toutes ses fautes passées et à venir, et j’espérai qu’il pardonnerait les miennes, un jour. « J'habite toujours dans le quartier de Kensington. Enfin, c'est la maison de mon père mais... » Je le regardais, surprise. J’avais pensé qu’il ne récupèrerait pas cette maison. Les relations avec son père étaient plus que tendues, et je l’imaginais vivre dans un luxueux duplex au cœur de la capitale britannique. « … c'est là que je vis quand je veux être loin des médias. Tu peux passer quand tu veux, avec Eydis. Rose sera vraiment ravie de te revoir, elle se souvient très bien de toi. » J’acquiesçai doucement, un petit sourire aux lèvres. Je connaissais la demeure, et je savais d’avance qu’Eydis aurait tout un tas de questions sur le compte en banque de Lust. «Je serais ravie de la revoir aussi. Eydis va l’adorer. » J’acceptais de ce fait l’invitation de Lust. J’ignorai quand nous nous reverrions, mais je savais déjà que dès le lendemain matin, Eydis viendrait me parler de lui, me demanderait quand elle pourrait le revoir. Il me faudrait alors préparer le terrain. Je me promis de commencer à aborder le sujet de la paternité avec elle, pour, petit à petit, lui dévoiler la vérité. Je craignais sa réaction, elle était si caractérielle, si têtue… J’avais peur qu’elle ne me reproche mon silence, et que le lien ténu qui commençait à se tisser entre elle et Lust ne se brise. Car par esprit de contradiction, elle était tout à fait capable de ne plus vouloir parler ni à Lust, ni à moi. Mais nous n’y étions pas encore. Un silence s’abattit entre Lust et moi, c’était apaisant, c’était doux. Loin de la tempête de sentiments qui avait fait rage un peu plus tôt. Nous étions tous les deux fatigués de ces révélations, et Lust lut en moi très facilement, comme il proposa de s’arrêter là pour ce soir. D’un pas plus léger, je le raccompagnais jusqu’à la porte d’entrée. Un arrêt bref, nos regards qui se croisent, et sans comprendre comment ni pourquoi, je me hissai sur la pointe des pieds pour mieux déposer un baiser léger sur sa joue mal rasée. Un reflex plus qu’autre chose, quand je le mettais à la porte de mes appartements de Poudlard. C’était agréable, et mon corps avait voulu renouveler l’expérience. « Bonne nuit »Je lui adressai un sourire d’excuse, tandis qu’il quittait la maison, et que j’espérai déjà le revoir.


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