Ghosts of the past

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MessageSujet: Ghosts of the past   Ven 29 Déc - 15:15

Le Boujis. Club de nuit londonien incontournable de la faune jet-setteuse internationale et autres aristocrates anglais se déhanchant sur des paires de Jimmy Choo. Un peu surfait et prétentieux, l'agencement des lieux d'un bon goût certain réchauffait néanmoins l'ambiance électrique. Sofas gris anthracites, tables dont les lignes épurées rappelaient au talentueux mais onéreux décorateur français Jacques Garcia (et dont on ne pouvait profiter sans cracher une liasse de billets), murs teintés d'un bleu galvanisant. Presque aussi grisant que la musique sourde agitant les foules telle une vague exaltée. Pour cette nuit l'on privatisa les lieux, alors seulement peuplé de créatures dont on connaissait vaguement l'existence mais que l'on voyait partout : les célébrités du monde sorcier. Mannequins, écrivains ou autres sportifs, tous se laissaient aller aux démons de la fête – celle dont ne pouvait profiter néanmoins le commun des mortels, tant les excès attisaient la note. L'occasion de se « détendre », prétendaient-ils, loin de leurs prérogatives et des masques constants qu'ils se devaient d'endosser. Pour autant l'hypocrisie de leurs petits êtres égocentriques suintait par tous les pores de la peau ; s'ils donnaient ce genre de soirées privées, ce n'était ni par dévouement envers leur bien-être, ni pour profiter d'un tant soit peu d'anonymat, mais bien pour rappeler aux prolétaires combien il leur était aisé de dépenser en une soirée ce que d'autres gagnaient en un mois. Bien loin de ces considérations sociales puisque ne profitant que des bénéfices de la fête, Lust savourait chaque instant. Un verre à la main quand l'autre batifolait sur les courbes d'une mannequin à l'adresse de laquelle il murmurait quelques grivoiseries. Elle s'appelait Emily, brune perchée sur de longues jambes, une bouche charnue à faire fantasmer autant d'hommes que de femmes. L'alcool, déjà, s'était instillé en ses veines et le désinhibait complètement. Quand bien même, sobre, Lust n'eut guère besoin de quelques stimulations afin de se montrer licencieux. Mais cette soirée s'avérait particulière ; en dépit de son attitude débonnaire, son regard brun ne cessait de fixer la porte bardée de monde, par laquelle, peut-être, elle ferait son entrée.

Il lui avait envoyé cette invitation une semaine après le match amical de Quidditch. N'ayant eu de cesse de songer à Eydis, à Cassandra, et ce baiser apposé sur sa joue. Eveillant au passage quelques soubresauts foutrement violents du myocarde. La seule présence d'Emily à ses côtés n'aurait su provoquer en lui autant d'ardeur et de sentiments. Alors le joueur de Quidditch avait sorti le grand jeu ; proposant à la française les services à domicile de Rose comme nounou, ainsi qu'un chauffeur venant la chercher au porte de sa maison. L'espoir, peut-être un peu vain, de la retrouver ce soir n'avait de cesse de s'imposer à son esprit, et ce en dépit de la distance de sûreté qu'ils s'étaient imposés.

« Ah, je crois que c'est elle. » « De quoi tu parles ? » L'intonation surprise d'Emily corrobora l'éclat de curiosité striant ses yeux bruns lorsqu'elle le vit partir sans un regard pour elle. Un pas leste, digne, mais précipité. N'oubliant guère au passage de saisir une coupe de champagne sur un plateau afin de le tendre à celle qui enfin, avait fait son entrée. « Tu es ravissante. » Un souffle à son oreille. La musique sourde s'imposait en excuse, bien qu'ils purent s'entendre parler sans même faire l'effort de courber l'échine.  « Viens, je vais te présenter. » Cette proximité soudaine, d'une main posée sur la hanche féminine, puisait ses sources dans la chauffe de l'alcool. Ni soul ni pragmatique. Lust invita Cassandra à le suivre, jusqu'à la silhouette d'un grand auteur décrié. Une paire de lunettes sur le nez, une barbe négligée (que serait un écrivain s'il ne paraissait pas débraillé tel un bourgeois bohème), comme une attitude toute entière provocatrice, mais un certain charme. « Maxwell, je vous présente Cassandra. » « Un plaisir. » Un baise-main d'une autre époque, pour mieux s'enfermer dans un rôle de galant homme. Particularisme truculent de sa personne, lorsque l'on savait que Maxwell Hutton était l'auteur de romans porno chics dont raffolait l'élite auto-déclarée. « Elle est à moi. » Rictus de loup, comme un éclair du passé foudroyant sa pupille. Sous les effluves de l'alcool et à trop flâner sur des terrains conquis, Lust recouvrait une arrogance comme une confiance dignes de lui. Une possessivité sournoise s'illustrant tout autant par ses doigts oblongs empoignant le tissu de la robe à sa hanche.  « Et bien quel dommage ! C'est la première fois que je vous vois à ce genre de soirée... Vous êtes l'invitée de Lust, c'est bien ça ? Dans les affaires? » Interrogations intrusives mais portées par un sourire, un peu faux, un peu séducteur. L'apanage de cette secte idolâtrant l'argent et la beauté résidait avant tout dans les commérages et la position sociale.
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MessageSujet: Re: Ghosts of the past   Ven 29 Déc - 15:54

Trois coups secs retentirent sur le bois de la porte d’entrée. Eydis se précipita d’un air enjoué et ouvrit la porte sur une femme d’un certain âge, au sourire doux et maternel, et aux yeux débordant d’affection. Eydis parut légèrement déçue. Elle sortit sur le pas de la porte et regarda de droite à gauche, dans l’espoir vain de voir celui qu’elle attendait depuis bien trop longtemps déjà, Lust. « Je t’avais prévenue, Eydis. Tu le verras dans deux jours, comme il te l’a promis. » Ma voix douce et amusée ne sembla pas satisfaire Eydis qui croisait déjà les bras sur sa poitrine, mais s’écartait quand même pour laisser entrer Rose. Alors que je m’attelais à attacher l’une de mes boucles d’oreille, je saluais la domestique de Lust avec chaleur. « C’est un plaisir de vous revoir, Rose. Eydis, dis bonjour.». Eydis s’exécuta avec un peu plus de bonne foi, et accepta même de serrer la main que Rose lui tendait. Cette dernière regarda la petite fille de ses yeux perçants, et je m’interrogeai sur les explications que Lust avait pu donner à sa domestique. Etait-elle au courant qu’il s’agissait de sa fille ? Je préférais ne pas aborder le sujet et éviter à Lust quelques questionnements inutiles, de la part de sa vieille nourrice. « Le plaisir est partagé, Cassandra. Si on m’avait dit, je n’y aurai pas cru… » « Cru quoi ? » demanda Eydis d’une mine curieuse. « Rien du tout » répondis-je précipitamment en jetant un coup d’œil à Rose qui souriait discrètement. Il n’y avait rien à croire, rien à voir. Lust m’avait juste invitée à une soirée, sans doute débordante de débauche et de luxure, et pour la première fois depuis la naissance d’Eydis, je m’étais autorisée une sortie. Du moins, Lust me l’avait presqu’imposée en me proposant les services de Rose et d’un voiturier qui m’attendait déjà dehors.

Affublée d’une robe noire sobre, j’avais l’air terriblement austère… Du moins quand on me regardait de face. Car dès lors que je me retournais, un décolleté vertigineux dévoilait mes omoplates saillantes et la chute de mes reins. Après tant d’années, j’ignorai ce que l’on pouvait porter à ce genre de sauterie, mais j’espérais entrer dans les clous et paraître à ma place. Du moins, autant que possible. Après avoir embrassé Eydis sur la joue et remercié une fois de plus Rose, je quittai la maison et prenais la route de Londres, dans une voiture qui devait valoir plus chère que ma propre demeure. Le chauffeur se montra agréable, courtois et poli. Il eut le bon goût de me faire la conversation tout le long du chemin, ce qui m’aida à me détendre. Nous échangeâmes même quelques rires, jusqu’à ce qu’il ne se gare devant le club branché de Londres où Lust m’avait donné rendez-vous. Galant homme, le chauffeur descendit de son bolide et m’ouvrit la porte, pour mieux m’accompagner jusqu’à la porte d’entrée. Là, un videur avait les yeux rivés sur une liste d’invités, et je sentis une boule me nouer l’estomac quand je réalisai que peut-être, Lust n’avait pas donné mon nom. « Miss Ledoux », dit mon chauffeur au videur, qui se contenta de cocher mon nom sur sa liste et de s’écarter pour me laisser entrer. « Passez une bonne soirée, Miss. » « Merci beaucoup », répondis-je poliment, alors que ma voix était déjà happée par la musique assourdissante qui régnait dans les lieux. Je ne savais pas à quoi je m’attendais. Sûrement à une pièce enfumée, avec des gens en transe un peu partout, et des jeunes femmes à moitié nues dans tous les coins. C’était cependant bien plus chic et élégant que ce à quoi je m’attendais. Je n’eu pas le temps de chercher Lust des yeux, car il m’avait déjà trouvée. De sa démarche féline, conquérante, il s’approcha de moi et me tendit une coupe de champagne que je pris délicatement. « Tu es ravissante. » J’eu un petit sourire en coin. Il ne m’avait pas encore vue de dos. Je levai doucement ma flûte de champagne en sa direction et en avalé deux gorgées. « Et tu es parfait, comme toujours » répondis-je d’une voix basse à l’oreille qu’il me tendait.

« Viens, je vais te présenter. » J’aurai aimé être plus à l’aise, être dans mon monde, autant qu’il était dans le sien. Mais je ne pus m’empêcher de sentir mon cœur s’emballer, lorsqu’il proposa de me présenter. Ou peut-être était-ce à cause de sa main déjà posée sur ma taille, qui avait soulevé une vague de frissons. « Maxwell, je vous présente Cassandra. » « Un plaisir. » Il était charmant, avec son allure négligé et sa barbe naissante. Il me plut aussitôt. Son air désabusé, son œil vif et intelligent, son sourire hypocrite. Il apposa ses lèvres sur ma main chaude tandis que je l’observai d’un œil légèrement moqueur. « Le plaisir est pour moi » soufflai-je avec un sourire éclatant. « Elle est à moi. » Je tournai la tête en direction de Lust et lui adressai une œillade réprobatrice. Son haleine me chatouillait le visage, et je devinais qu’il avait déjà entamé sa descente en enfer. Je posai ma main sur la sienne, et planté doucement mes ongles dans sa chaire tandis que Maxwell, témoin aveugle de notre manège, enchaînait de sa voix sourde.  « Et bien quel dommage ! C'est la première fois que je vous vois à ce genre de soirée... Vous êtes l'invitée de Lust, c'est bien ça ? Dans les affaires? » L’auteur était curieux. Trop peut-être ? «Sans doute parce que c’est la première fois que je viens » répondis-je d’un air mystérieux, ne souhaitant pas m’étendre sur la façon dont Lust et moi nous étions connus. « Nous sommes de vieux… amis. » Une grimace sur ce dernier mot, qui n’échappa sans doute pas Maxwell.  « Je vois. J’espère que nous serons très vite amis aussi dans ce cas. » Les sous-entendus de l’auteur ne passèrent pas inaperçus, et je me sentis rougir devant l’incompréhension dont il faisait preuve. Heureusement que la lumière tamisée était de mon côté ce soir. Voilà que Maxwell me prenant sans nul doute pour une escort-girl ou je ne savais quelle autre accompagnatrice rémunérée. Je me tournai vers Lust d’un air un peu perdu, et soufflai dans son oreille « Fais-moi danser. »
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MessageSujet: Re: Ghosts of the past   Sam 30 Déc - 0:33


L'insidieuse jalousie coulait de ses artères à ses tempes, quand l'alcool échauffant ses esprits se taisait soudain face aux charmes déployés par l'auteur. La vanité de Lust, dont les desseins furent d'attiser l'envie d'autrui en présentant cette femme ravissante à son bras eut raison de lui. Car le jeune Apollon semblait avoir omis un détail essentiel : contrairement à ce qu'il dégoisait, elle n'était pas à lui. Son esprit enfumé par les effluves de champagne s'y prêtaient à rêverie, relents de souvenirs palpables mais évanouis. Quand la réalité le rattrapa bien vite, l'acculant face à ce qu'il avait fui depuis si longtemps : Cassandra l'avait quitté pour d'autres charmes et, parce qu'elle était faite de chair et de sang, s'en irait tout autant en conquérir d'autres. D'abord léger cependant, Lust n'entrevit guère l'oeillade accusatrice de la française, elle qui vitupérait avec élégance l'attitude de l'Etranger se montrant soudain possessif. Mais la griffure physique, véritable, de ses ongles plantés dans sa paume, eurent tôt fait de le ressaisir. L'écrivain lui plaisait et, de toute évidence, ne serait-ce que le fantôme de son ombre lui était indésirable. Alors la jalousie éclata dans sa pupille quand sa mâchoire se décrispa péniblement sous l'afflux d'un champagne coulant démesurément dans son gosier. Etouffer la réalité en l'abreuvant de spiritueux. Lust jaugea dès lors le rival, le trouva sensiblement laid, vulgaire et agaçant. Se prêta pourtant à sourire d'une hypocrisie pure, volontairement affichée. Pour autant il ne s'affaira guère pour la bataille ; voilà déjà longtemps qu'il l'avait perdu. Il s'était simplement accordé une trêve pour ce soir, s'octroyant l'espoir naïf de la reconquérir peut-être. « Nous sommes de vieux… amis. » Un coup au cœur. Serait-il aveugle et sourd qu'il aurait encore cru en eux. Et pourtant Lust approuva, dépositaire d'une fierté qu'il ne souhaitait faire fléchir. Même dans sa fuite face à l'abandon – celui qu'il provoqua de lui-même, puisque prompt à les laisser en tête à tête – Lust savait graver sa dignité dans le marbre. « Je vois. J’espère que nous serons très vite amis aussi dans ce cas. » « Bien, je vous laisse. » Galanterie extrapolée et sujette à honorer la promesse qu'il s'était faite il y avait de cela cinq ans déjà : ne pas intervenir dans la vie de Cassandra. Quand bien même il eut essayé ce soir, se confrontant au refus élégant mais tranchant de la française. Cette dernière cependant ne semblait pas avoir entendu sa démission, puisque se penchant à son oreille, lui demanda une danse. Regard surpris du concerné, avant de lui rendre un sourire en coin. « En tant qu'ami je ne peux rien te refuser. Je vous l'emprunte, Maxwell. » L'écrivain acquiesça, entre la galanterie surfaite et l'avidité avérée.

Le couple de danseurs s'exécuta, avança sur la piste puis, menés par le rythme saccadé de la musique chaloupaient ensemble. Tantôt sensuels, tantôt joueurs, quoique Lust usa bien plus de l'amusement que de la lubricité. Rire à ses côtés lui avait tant manqué et puisque la charmer ne saurait que l'offenser, préféra passer du bon temps en sa présence. Puis, lorsque pris de chaleur sous la coupe de leurs agitations, encore hilares mais exténués (surtout le joueur de Quidditch dont le champagne bullait à son cerveau), ils s'arrêtèrent. Brève oeillade vers le bar, où Maxwell dévorait le dos nu de Cassandra. Pouvait-il l'en blâmer... « Je pense qu'il t'attend. » La jalousie lui crevait le cœur et le thorax et pourtant, ce fut avec une étrange bienveillance qu'il la poussait vers son prétendant. « Sois prudente tout de même, c'est un homme à femme. » Haussement d'épaules soudain amusé, lorsqu'il se rendit compte de l'absurdité de sa mise en garde. Lust avait été de ces séducteurs invétérés quand il eut connu Cassandra. « Enfin, fais comme tu veux. Si tu me cherches, je suis pas bien loin de cette table, là-bas. » Le ténébreux pointa du doigt une table vide logée dans un coin, sur laquelle trônait un magnum ainsi qu'une pancarte présupposant une réservation atypique.
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MessageSujet: Re: Ghosts of the past   Sam 30 Déc - 17:15

« En tant qu'ami je ne peux rien te refuser. Je vous l'emprunte, Maxwell. » J’ignorais si je devais lire entre les lignes de ses paroles pourtant loin d’être sibyllines. Pourtant, quelque chose dans l’attitude, ou peut-être dans le regard de Lust m’intriguait. Il n’était pas le même que j’avais revu une semaine auparavant. L’alcool, sans doute, avait fait son œuvre et voilà qu’il retrouvait des instincts plus bestiaux. La musique était bonne, et entraînante. Cela faisait des années que je ne m’étais pas déhanchée sur une piste de danse et je devais admettre que cela faisait du bien. J’avais occulté mon côté femme pour mieux me concentrer sur mon rôle de mère, et cette soirée était donc la bienvenue pour me rappeler combien j’aimais faire la fête, fut un temps. La danse était rythmée et endiablée, et je ne pus m’empêche de laisser s’échapper quelques rires cristallins, très souvent accompagnés par ceux, plus rauques, de Lust. Deux semaines plus tôt, je n’aurai sans doute pas parié sur ma présence ici, et pourtant, pas une seule seconde je ne regrettai d’être venue. Eydis avait déserté mon esprit, tandis que je m’abreuvai de ma coupe de champagne bien méritée et des sourires charismatiques de mon ancien élève.

La musique s’arrêta trop vite, et soif se fit trop présente, aussi nous désertâmes la piste de danse pour mieux nous approcher de la périphérie et laisser les autres danseurs piétiner au rythme de la mélodie. J’étais légèrement essoufflée, mais j’avais l’œil brillant, et un sourire en coin. Du moins, jusqu’à ce que Lust ne reprenne la parole d’un air détaché et soudain plus froid.  « Je pense qu'il t'attend. » « Qui ?» demandai-je, surprise, en suivant son regard. Mes yeux se posèrent sur l’auteur dont j’avais déjà presqu’oublié la présence et le nom. Il m’adressa un petit clin d’œil tandis que j’haussai les épaules, un peu naïve. « Sois prudente tout de même, c'est un homme à femmes. » J’écarquillai les yeux avant d’éclater de rire face aux révélations presqu’hypocrites de Lust. C’était l’hôpital qui se moquait de la charité. Quand j’avais rencontré Lust, sa réputation de libertin n’avait d’égale que sa réputation de drogué. Et ce n’était pas peu dire, puisque sous ses doigts habiles, avaient défilé autant de femmes que de substances illicites. « Un homme à femmes ? Mon dieu, serait-ce une malédiction que l’on m’a jetée ? » Je lui adressai un petit sourire en coin et une œillade amusée. Du coin de l’œil, je vis Maxwell qui ne me quittait pas des yeux, tandis que moi, je n’avais d’yeux que pour Lust. J’avais espéré, peut-être naïvement, que cette soirée en sa compagnie briserait la glace de nos retrouvailles, et déverrouillerait nos cœurs trop meurtris. J’étais venue pour cela d’ailleurs.

Mais peut-être que Lust avait d’autres préoccupations, et qu’une jeune femme à l’aube de la vingtaine l’attendait déjà sagement dans un recoin sombre de la boîte de nuit. « Enfin, fais comme tu veux. Si tu me cherches, je suis pas bien loin de cette table, là-bas. » Je le regardai, surprise, éberluée. Je jetai un coup d’œil à la table en question, elle était vide, mais déjà deux jeunes femmes aux chaussures hors de prix s’en approchaient pour s’y installer. Je plissai les yeux pour mieux les observer, tandis que Lust s’écartait légèrement de moi. Oui bien sûr, sans doute me poussait-il dans les bras de son ami l’auteur pour mieux se débarrasser de ma présence parasite et s’occuper des quatre longues jambes qui l’attendaient déjà. Ce que je ne m’expliquais pas c’était ses raisons de m’avoir fait venir ici.  « J’avais souvenir que tu étais plus drôle que ça » soufflai-je doucement en le regardant droit dans les yeux. J’avais le souvenir de cette soirée d’excès où il m’avait fait trop danser à en avoir mal aux pieds, où nous avions ri. Mais était-ce cela qui me manquait vraiment, ou bien la façon dont il me dévorait des yeux autrefois, où j’étais certaine qu’il n’avait d’yeux que pour moi et que les autres n’étaient rien d’autres qu’une poussière sous mes chaussures. J’avais ce désir étrange d’exister à ses yeux, plus qu’aux yeux de quiconque, et cela, depuis plus de cinq ans déjà. Que faisait-il de moi ? Il me faisait sombrer dans la folie, comme toujours. Je sentais la colère, inexplicable, inexorable monter en moi, et je n’arrivai déjà plus à la contenir. Il avait ce don inné de me faire sortir de mes gongs. « Bonne soirée alors ! » m’exclamai-je en me penchant vers lui et en déposant un baiser brûlant à la commissure de ses lèvres. Juste pour lui rappeler que je n’étais pas de celles que l’on jette, pour lui rappeler qu’il aimait ça, avant.

L’heure qui suivit, nous la passions séparément. Je n’avais même pas revu Maxwell, sa façon de me regarder comme un vulgaire morceau de viande m’avait finalement lassée, et j’avais préféré faire de nouvelles rencontres. Ainsi, je fis la connaissance d’un agent d’une soixantaine d’années qui me fit rire aux éclats, de deux jeunes femmes mariées à des joueurs de Quidditch professionnelles, et adorables, d’un couple d’homosexuels qui me firent danser bien trop longtemps et enfin d’une femme de mon âge, un peu prétentieuse mais très cultivée qui me fascina de longues minutes. C’était une bonne soirée, mais je regrettai de ne pas la passer avec la seule personne qui m’intéressait réellement. On m’avait offert trop de champagne, et ma démarche était moins assurée qu’à mon arrivée. Pourtant, j’avais encore les idées claires, sauf que je riais davantage qu’à l’habitude. Quand on m’offrit une énième coupe, et que je la portai à mes lèvres, mes yeux clairs se posèrent sur la table que Lust m’avait indiquée. Il s’y trouvait, confortablement installé, de dos à moi, avec un charmante jeune femme installée sur ses genoux. Enhardie par l’alcool, et sans doute un peu la jalousie, j’achevai ma flûte et m’approchai doucement du fauteuil sur lequel il était assis. Joueuse, je posai deux mains brûlantes sur ses yeux et approchai mes lèvres de son oreille. « Devine qui c’est… » Et tandis que je déposai un baiser joueur et trop téméraire sous le lobe de son oreille, j’ajoutai faiblement « Une pauvre fille que tu as oublié au milieu d’une soirée. »
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MessageSujet: Re: Ghosts of the past   Lun 1 Jan - 18:11

« Fous-toi de ma gueule. » Un marmonnement léger sifflant entre ses lèvres alors qu'il s'éloignait de celle qui lui eut reproché de ne pas s'amuser assez alors même qu'elle l'eut repoussé tout à l'heure. Roulant les yeux vers le plafond, sans doute trop imbibé d'alcool pour prétendre à des humeurs immuables, Lust ne maronnait pourtant pas avec amertume. Quelque peu amusé par ce retournement de situation dont la tension lui rappela leurs histoires passées, il eut ce sourire en bord de lippes, décalé de ses propos. Il ne pouvait nier, bien sûr, avoir été vexé par le jeu de flirt engagé par Cassandra et dont il se trouvait exclu à nouveau mais se réservant la bonne tenue de ses promesses préféra la laisser partir. A quel prix et à quelle perte... Une étreinte jalouse lui enserra le cœur comme l'égo lorsque, rejoignant la table qu'il eut réservé non sans hocher négativement de la tête de contrariété, Lust vint se maudire d'avoir été l'instigateur de cette soirée ratée. Du moins l'était-elle pour ses tentatives de reconquêtes auprès de Cassandra. Il tenta dès lors de l'oublier – exercice vain et inutile – en vivant le moment de son côté, errant d'amis hypocrites en connaissances intéressées, sans cesse interpellé et pour autant gargarisé par cette notoriété dont il s'abreuvait. Le jeune homme n'avait jamais su vivre sans le regard des autres, qu'ils soient admiratifs ou réprobateurs, et s'était ainsi forgé une réputation sulfureuse à Poudlard nécessitant au moins autant de paires d'yeux sur sa personne que de nombre de frasques qu'il put faire au sein de cette école. Aujourd'hui encore, Lust Whitaker savait attirer l'attention sans jamais s'en lasser bien au contraire.

Et pourtant il ne savoura que peu la présence de cette demoiselle aux longues jambes assise sur ses genoux, se délecta à peine du haschich roulé entre ses lèvres, l'esprit hanté par un écrivain velu dont les mains vagabondes s'en allaient errantes sur des monts et merveilles qui n'étaient plus siens. La drogue douce qu'il inhumait n'eut pas plus d'effet qu'un demi-verre d'alcool ; l'ancien junkie qui se voulait désintoxiqué n'avait eu que trop l'habitude des toxines violentes pour s'en trouver affecté. Et alors qu'il toisait le cône de papier d'un air blasé – ou bien était-ce le faciès bien connu de la jeunesse dorée perpétuellement désabusée – des mains douces et chaudes s'apposèrent sur ses yeux. « Devine qui c’est… » « Cassie, j'en suis sûr. » Une jovialité recouvrée, sous le joug des multiples coupes de champagne et d'un espoir naissant. La confiance démesurée dont il avait teinté sa réponse  n'était du qu'à sa plus pure aspiration, puisque la musique sourde l'empêchait de reconnaître cette voix douce et familière.  Croisant dès lors son regard, Lust eut ce rictus au coin des lèvres comme il enfla ses poumons d'un soupir de soulagement. Elle n'était pas avec Maxwell, à se vautrer dans une luxure qui aurait dû être leur. Tapotant ainsi une place déserte à ses côtés, l'indélicatesse du goujat provoqua le courroux de la jeune mannequin ayant pris place plus tôt sur ses genoux ; elle se leva d'un bond, l'affublant d'insultes aux consonances germanophones avant de tourner les talons. Imbibé d'une indifférence cruelle, Lust ne la considéra pas un seul instant, préférant dévorer Cassandra du regard. « Arrête, t'étais en bonne compagnie. » Un excès de confiance en écho au blâme légitime de la française, et le jeune homme lui tendit le haschich qu'il roulait entre les doigts. Comme des relents du passé, en moins brutal peut-être (car il avait souvenir de l'avoir poussée à retomber dans les affres des stupéfiants faits de poudre et de seringues, plusieurs années auparavant.) « Comparé à ce qu'on se mettait dans le nez autrefois, c'est de la pisse de boursoufflet. » Un sourire de nouveau, et le diable de faire un geste l'incitant à accepter son invitation.

« Qu'est-ce que tu lui trouves ? Moi aussi j'ai de la barbe, touche. » Réplique bon enfant, se voulant railleuse mais légère. Lust tendit son menton râpeux, se prêtant à un jeu espiègle qu'il avorta lorsqu'une serveuse passa non loin d'eux. Lui susurrant une commande à l'oreille avant de poser à nouveau son regard de loup sur Cassandra. Et se pencher vers elle, bribes de parfum musqué, d'alcool et de drogue douce. Rien qu'il ne put trouver de rédhibitoire cependant. « Tu te souviens, à Poudlard ? Combien on me prêtait d'aventures... A parier sur mes conquêtes, des plus belles filles de l'école aux moins baisables ? Mais jamais on ne pouvait soupçonner que je t'aurais toi. Tu étais l'insaisissable. » Non seulement en raison de son statut de professeur, mais aussi de ses atouts et de ses charmes ne passant guère inaperçus dans les couloirs de l'école. « C'est encore le cas aujourd'hui. Très agaçant. » Quelque peu taquin mais éhontément sérieux, Lust s'adossa à nouveau contre son siège, avisant la serveuse sollicitée plus tôt déposer sur leur table un plateau d'une dizaine shooters de vokda aromatisés. « Cul sec ! » Un jeu comme une provocation. Lust s'exécuta derechef et, lorsqu'il eut avalé son premier verre, se hâta de voler à Cassandra le présent toxique qu'il avait offert plus tôt. « Ne tombe pas raide, la soirée n'est pas terminée. » La piquant encore de plaisanteries, Lust écrivait pourtant sur son faciès les traits du diable en action.
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MessageSujet: Re: Ghosts of the past   Lun 1 Jan - 19:17

Je ne pus m’empêcher de sourire lorsque de ses lèvres attractives mon surnom s’échappa. L’unique à jamais avoir eu l’autorisation de m’appeler ainsi. Et je m’en délectai davantage, car mes oreilles n’avaient pas entendu telle douceur depuis des années déjà. C’était terriblement enivrant, plus que l’alcool qui coulait à flot autour de nous.  « Cassie, j'en suis sûr. » Alors qu’il tapotait la place libre à côté de lui, j’avisai la pauvre fille éconduite qui fuyait déjà les genoux du goujat qu’était Lust. Je l’aurais plainte, sans doute, si je ne l’avais pas vu flirter un peu plus tôt dans la soirée avec deux autres hommes différents. C’était le jeu, ce soir. Draguer, séduire, balancer pour mieux en trouver un autre. Et si Lust était champion à ce jeu-là, j’étais certaine que la demoiselle en question n’était pas en reste. « Arrête, t'étais en bonne compagnie. » Faisait-il une fixation sur l’auteur oublié ? Je ne le démentis pas cependant, car j’avais en effet passé une heure en très bonne compagnie, je m’étais amusée, j’avais ri, j’avais bu, j’avais dansé. N’est-ce pas là le but de cette soirée ? J’étais sûre que Lust était d’accord avec moi. Il était d’ailleurs déjà en train de me tendre une cigarette particulière, roulée par ses soins.  « Comparé à ce qu'on se mettait dans le nez autrefois, c'est de la pisse de boursoufflet. » Je jetai une œillade à l’objet du délit, et si j’eus une brève pensée pour ma fille, que je savais entre de bonnes mains, je finis par accepter le joint que je portai à mes lèvres d’un geste trop habitué. Voilà des années que je n’avais pas fumé, et il suffisait d’une soirée en sa compagnie pour retomber dans des vices adolescents. L’odeur familière fourmilla dans mon nez, tandis que j’emplis mes poumons et ma tête de substance interdite. Je m’adossai sur l’accoudoir pour mieux croiser le regard de Lust et lui adressai un sourire en coin tandis que je recrachais la fumée âcre. « Qu'est-ce que tu lui trouves ? Moi aussi j'ai de la barbe, touche. » J’éclatai d’un rire cristallin tant sa remarque, puérile et mignonne, me toucha en plein cœur. Je le vis avancer son visage et d’une main chaude et douce, j’effleurai sa barbe légère. « Elle te va à ravir, amour » Surnom murmuré en français, par habitude, tandis que Lust susurrait une commande à l’oreille d’une serveuse attentive. Je laissai retomber ma main, pour mieux porter le bâton maudit à mes lèvres, et aspirer délicieusement la substance de délivrance.

« Tu te souviens, à Poudlard ? Combien on me prêtait d'aventures... A parier sur mes conquêtes, des plus belles filles de l'école aux moins baisables ? Mais jamais on ne pouvait soupçonner que je t'aurais toi. Tu étais l'insaisissable. » Je levai les yeux au ciel, devant ses révélations, et expirais en riant la fumée blanchâtre. « Je ne me souviens pas. Je croyais que j’étais ta première fois » soufflai-je avec un petit sourire malicieux, tandis que sous mes yeux nostalgiques, défilaient de trop nombreux fantômes de filles amourachées de Lust. Et combien j’avais été jalouse, de devoir cacher notre histoire aux yeux de tous, tandis que ses camarades sexy lui tournaient autour telles des vautours, le pensant célibataire. « C'est encore le cas aujourd'hui. Très agaçant. » Je n’étais pas insaisissable. J’étais parfois intimidante, parfois froide, parfois fermée, mais quand on savait s’y prendre, je pouvais être un jouet, un pantin dans les mains d’un marionnettiste. Et Lust, sans s’en rendre compte, avait su me dompter, car aujourd’hui encore, il n’y avait que lui pour me mettre dans tous mes états, et pour me convaincre qu’un peu d’herbe ne ruinerait pas ma vie de maman modèle. «Et pourtant…» murmurai-je l’air pensive, tandis que la serveuse qui avait disparu un peu plus tôt revenait les bras bien chargés. Sur un plateau trop plein, une dizaine de petits verres s’alignaient, tous pleins à ras-bord d’un liquide incolore que je reconnu immédiatement de par son odeur caractéristique. De la vodka.  « Cul sec ! » Je l’observai en silence descendre son premier verre, tandis qu’il me regardait d’un œil plein de défi, qui me hurlait d’oser, comme j’avais déjà trop osé dans ma vie. L’un de mes pires défauts résidait sans doute en cela que j’aimais un peu trop les défis, et pis encore les relever. Une véritable bataille pour moi que de me montrer à la hauteur des challenges qu’il pouvait me lancer. Il récupéra l’objet malicieux entre mes lèvres pour mieux m’en tendre un autre tout aussi malin. Je récupérai le petit verre et l’observait quelques secondes.  « Ne tombe pas raide, la soirée n'est pas terminée. » Je le levai en sa direction. « Santé » soufflai-je en français. Et je levai d’un geste téméraire le verre pour mieux laisser glisser le breuvage le long de ma gorge. Les dix petits gobelets ne firent pas long feu, et bientôt, je sentis l’alcool faire effet dans mon corps mal habitué. Lorsque j’eus reposé le dernier sur la table basse, je crus bien que j’étais ivre. Mais je ne l’admis pas, évidemment. Les yeux brillants, les pommettes roses, j’avais terriblement chaud, et toutes mes sensations semblaient exacerbées. D’un geste désinvolte, j’allongeai mes jambes sur les siennes, et les croisai sous son nez. Provocation, et envie ardente qu’il les frôle, je fis doucement glisser mon pied jusqu’à l’accoudoir qui se trouvait de l’autre côté. «Je me souviens de toutes ces filles », dis-je en le regardant droit dans les yeux. « Je me souviens que tu aimais les séduire sous mes yeux, pour mieux me rendre folle. Je me suis toujours demandée si tu ne m’aimais pas uniquement pour mes moments d’hystérie. »  Je me souvenais de ces fois où il me titillait toute la journée, par jeu de regards interposés, par frôlement au détour d’un couloir. Je me souvenais de nos chamailleries, toujours plus passionnées, toujours plus perverses. Et après cela, après nous êtres détestés toute la journée, c’était ainsi que nous nous retrouvions plus passionnément encore dans le satin de nos draps.

Sans qu’on ne l’ait demandé, une nouvelle serveuse arriva, avec deux verres de whisky Pur feu, sans glace. Elle les déposa sur la table tandis que j’avisai Lust et lui donnai un léger coup de pied. «Est-ce que tu essaies de me saouler Lust Whitaker ? Parce que je crois que tu y arrives à merveille. » Mais Lust ne semblait pas plus au courant que moi, et il sembla même surpris par ces deux verres posés devant nous. Il me fallut de trop longues secondes pour comprendre qu’il ne les avait pas commandés, et ce ne fut que lorsque mes yeux se posèrent sur l’auteur du début de soirée, un peu plus loin, que je compris qu’il était à la tête de cette initiative. Il me jeta un coup d’œil brillant, tandis que j’affichai une moue désabusée. Il ne m’amusait plus. Je l’avais trouvé charmant, et j’avais aimé briller dans ses yeux, mais à présent, il n’était qu’une poussière intrusive sur mon collant, dont je voulais me débarrasser en toute hâte. « Ton copain l’auteur croit que je suis une pute » lâchai-je d’un air boudeur, tandis que Lust restait silencieux. Mon langage châtié était sans nul doute lié à mon taux d’ivresse, tout autant que mes gestes. Glissant lentement, je me hissai sur les genoux de Lust et passai mes bras autour de sa nuque. « Mais je n’en suis pas une. Hm ? » Réelle demande d’approbation ? Un regard vers Maxwell, et un sourire provoquant, tandis que je déposai un baiser brûlant sur la joue de Lust. « Ta barbe est bien mieux.  »
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MessageSujet: Re: Ghosts of the past   Mar 2 Jan - 11:35

L'alcool étendait insidieux ses tentacules d'ébriété tout le long de sa chair, empoignant son cerveau qui se fit vaporeux, caressant ses joues rosées par la chaleur, flirtant tout contre ses lippes débitant des monceaux de vérité, sincères ou extrapolés. Il avait recouvré dans le giron de ses yeux brun cet éclat lancinant à l'encontre de Cassandra, dont la beauté comme la soudaine exubérance eurent suffisamment nourri sa curiosité pour éveiller cette obsession pour elle enfouie depuis des années. Ce qu'il tenait pour chevaleresque – ces promesses altruistes mais cuisantes de la laisser partir – n'avait soudain plus de sens ce soir. La volupté de leurs retrouvailles, bien loin de l'ère glaciaire de leurs premiers instants, avait su réchauffer les gestes comme les souvenirs. Ainsi toisa-t-il ces cuisses à demi-nues, rêva d'en dessiner les contours et d'y glisser une main lorsque, interpellé par la voix de Cassandra, le pécheur sortit de ses pensées impures. «Je me souviens de toutes ces filles » Cette époque lointaine et pourtant si proche le hantait encore parfois. L'ère de leur idylle cachée était devenue pour lui le symbole inespéré d'un bonheur fugace qu'il espérait recouvrer vainement. Car leur histoire atypique n'aurait su être vécue deux fois. « Je me souviens que tu aimais les séduire sous mes yeux, pour mieux me rendre folle. Je me suis toujours demandée si tu ne m’aimais pas uniquement pour mes moments d’hystérie. » Lust n'entendit qu'un mot sur deux, son regard plein d'appétence vagabondant sur les longues jambes qu'elle étendit sur lui. Il se surprit à redécouvrir, par le biais de mémoires bien trop floues, les moindres courbes de son corps nu, les tâches de brûlure qu'il aimait à caresser, la façon qu'elle avait de se courber sur les draps. Cassandra avait la peau provocant le contact. Lorsque le désir ardent de Lust, rompait les lombaires. La douceur et le panache. « Peut-être. » Réponse évasive et distraite. Le jeune homme avait murmuré quelques palabres dans une tentative vaine de s'assurer qu'il ne rêvait pas. L'écho de sa propre voix, pourtant brisée par la masse sonore des lieux, lui revint contre ses oreilles d'une fluidité nébuleuse. D'un soupir, Lust leva sur elle ses yeux affamés, dont le dépit affirmait sa volonté de se nourrir d'elle, sans le pouvoir vraiment. Dans cet infime sillon les séparant encore, il avait la galanterie insupportable de ne rien oser.

Porté par les brumes de leurs excès, Lust agissait tel un automate face aux breuvages alcolisés qu'on leur offrit alors. Il tendit la main, avala quelques gorgées de whisky pur-feu, ne se demanda pas même quelle était la provenance et à quel titre. L'appel de la débauche, omniprésente en ses veines, le poussait encore et toujours à se conduire avec la plus grande impudence. Sa conscience néanmoins le rappela à sa lucidité lorsqu'elle évoqua le nom de Maxwell ; ainsi le ténébreux eut une grimace et, comme il reposa aussitôt son verre, prétexta derechef : « Je ne supporte pas l'alcool lorsque je fais des mélanges. » Mentit-il avec affront. Lançant dès lors un regard par-dessus son épaule envers leur  bienfaiteur, il étira sa lippe en un rictus mauvais, parla d'une voix claire présupposant une affirmation qui n'aurait su être contredite ni remise en doute : « Il espère un plan à trois. » Un rire passa la barrière de ses lèvres, porté par l'ivresse, soulignant le caractère truculent de la situation.

« Ton copain l’auteur croit que je suis une pute » Puis soudain, il sentit chacun de ses atomes incendier les siens. Sa peau vint toucher la sienne, il en oublia son nom. « Mais je n’en suis pas une. Hm ? » Hissée sur ses genoux, impérieuse et confiante, Cassandra parla de nouveau ; il n'y avait guère de gouffre plus doux que celui de sa gorge. Ces iris pétillants, cette sensualité sous l'ondoiement de son bassin, ces mains qui aspirent aux caresses. Elle ne faisait pas exprès mais... « Tu excites les hommes. » souffla-t-il tout contre son cou, sans même s'apercevoir qu'il eut livré ses pensées sur l'instant. Sa main qui se voulait tout à l'heure galante peine à éviter le contact ; elle glisse le long de sa cuisse, en saisit les frissons. Cette simple caresse éveille tous ses sens, et il s'en délecte. Cassandra était son premier émoi, son premier battement de cœur, elle le devient à nouveau. Une simple main frôlant sa chair et Lust s'en retrouve ému. De ses lèvres voilà qu'il cherche les siennes ; ces dernières s'étendent en un sourire, chantent des louanges taquines quant à sa barbe. C'est qu'il aime à l'écouter parler ;  il tend encore l'oreille pour s'en nourrir, en avait oublié le timbre comme les intonations. Mais son appétence est trop grande, ses caprices ambrés se plient sous son désir : « Arrête de parler. » implore-t-il, taquin.  Dans un souffle il se penche et l'embrasse. Ce baiser, il l'a rêvé durant cinq ans ; si bien que son cœur s'emballe à nouveau, vibre, s'emporte. ' It's alive !', comme scanderait l'autre.
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MessageSujet: Re: Ghosts of the past   Mar 2 Jan - 12:37

J’aimais cette sensation de proximité. C’était comme si nous étions les seuls dans cette boîte de nuit, comme si les autres n’existaient plus, comme s’il n’y avait que Lust dans mes yeux myosotis. C’était le cas, d’ailleurs. J’avais oublié tout le reste dès l’instant où j’avais grimpé sur ses genoux, retombant fatalement dans des souvenirs embrasés. Bien sûr, il y avait toujours eu entre nous cette tension sexuelle inébranlable, ce désir pour le corps de l’autre. Pourtant, cela ne suffisait pas. Car l’idylle n’aurait pas été si fastidieuse, ni si fougueuse si cette tension ne s’était pas accompagnée d’un amour profond et sincère. Il avait été le seul que j’avais jamais aimé, et sans doute celui que j’aimerai jusqu’à mon dernier souffle. Mais j’étais bien trop ivre, ce soir, pour le comprendre. Aussi me laissai-je entraîner par l’attraction inéluctable de nos deux corps plutôt que par l’appel à l’amour de mon cœur tantôt brisé, tantôt palpitant. Je sentis son nez glisser le long de la gorge, et je retins mon souffle juste assez pour l’entendre soupirer contre mon oreille « Tu excites les hommes. » Les hommes ? Quels hommes ? Je ne les voyais pas, trop obnubilée par celui que j’envahissais peu à peu de ma présence. Je sentis sa main, conquérante, volontaire, habile, glisser le long de ma cuisse, et une horde de frissons cascada sur ma chair à l’affût. Depuis combien de temps, j’aspirai à ce contact ? De longues minutes ? De longues heures ? De longues années, sans doute. J’avais pourtant l’impression de le connaître par cœur, je pensais que ses caresses n’étaient pour moi qu’une habitude, pourtant, à chaque fois que ses doigts frôlèrent ma peau demandeuse, je sentis un courant m’électriser de part et d’autre, me rendant plus sensible encore à chacun de ses assauts. Mes ongles s’enfoncèrent légèrement dans sa nuque, comme je sentais son visage s’approcher du mien.

« Arrête de parler. » une prière, une supplication, et je souris davantage encore face à ses dires taquins. Il ne me laissa pas le temps de réaliser que déjà, ses lèvres s’emparèrent des miennes. Et mon cœur de s’emballer, et mes sens de s’embraser, et mes lèvres de gonfler de désire sous la conquête des siennes. Cela faisait trop longtemps, si longtemps que j’en avais oublié les saveurs. Et sans m’en rendre compte, je sombrais à nouveaux dans une histoire violente mais qui me faisait me sentir terriblement vivante. Et plus ses mains glisser sur mes hanches, s’insinuaient dans le décolleté de mon dos, plus j’avais l’impression de retomber cinq ans en arrière. C’était plus délicieux encore cependant, car nous ne nous cachions plus et Lust n’étant plus mon élève, je ne jouais plus avec la légalité. Pour la première fois depuis que nous nous connaissions, nous avions le droit de nous exposer au grand jour. Alors que ma langue partait à la recherche de la sienne, et que mes mains fourrageait dans ses cheveux, je me sentais terriblement désirable, et j’aimais cette sensation. Je reculai quelques secondes pour mieux reprendre mon souffle, et j’en profitai pour plonger mes yeux dans les siens. Ils étaient rendus vitreux par le désir, et son souffle saccadé m’excitait plus encore. «Tu… Je… » Je n’arrivais pas à aligner deux pensées cohérentes, ni construire une phrase qui avait du sens. A cause de l’alcool peut-être, ou de nos retrouvailles, sûrement. Je laissai échapper un petit rire en secouant doucement la tête. «Tu me fais perdre mes moyens » soufflai-je finalement en frôlant ses lèvres rouges de mes doigts agiles. J’enfonçai légèrement un ongle dans la pulpe de sa lèvre inférieure, avant de m’en emparer à nouveau. Mais quelque chose me dérangeait. Je sentais sur moi un regard qui n’était pas celui de Lust. Et quand j’ouvris les yeux, alors que mes lèvres embrassaient toujours fougueusement celles de Lust, je réalisai que deux joueurs de l’équipe de Lust se tenaient là, et nous observaient en souriant. Je me redressai surprise, et leur lançai une œillade mauvaise. Je n’étais pas d’humeur à me montrer courtoise et polie, ni à le partager. Pas ce soir. « Je crois que tes amis veulent te dire quelque chose » murmurai-je à l’oreille de Lust en me relevant, et en ajustant ma robe d’un air boudeur. Ils se donnaient des coups de coudes amusés et s’approchèrent de Lust d’un air entendu. Debout je tanguai légèrement, mais j’avais l’impression d’être terriblement légère, de flotter au-dessus du sol.

« Fais vite, je t’attends sur la piste de danse » soufflai-je à l’oreille de Lust en m’éloignant. C’était sans doute ce qui arrivait quand on tombait dans les bras d’un homme dont la célébrité n’était plus à prouver.
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MessageSujet: Re: Ghosts of the past   Mar 2 Jan - 13:55

D'un désir entendu, ravivant l'ardeur de leurs flammes, ils se laissaient doucement aller à la volupté de cette nouvelle rencontre. De ses lèvres avides buvant à la coupe d'une bouche framboise dont il s'abreuvait sans discontinuation. Les sens bien trop bridés par ces années d'absence pour se faire élégant, Lust s'enhardissait de sa présence, de sa peau comme de ses baisers. Et ce souffle saccadé rompant sa houle contre sa peau qu'il enserrait de ses mains possessives, comme autrefois. Elle se sentait perdue, errant entre la véhémence de leur étreinte et la chaleur de l'alcool, balbutiant quelques mots qu'il accueillit avec impatience. Prompt à la dévorer encore comme elle s'offrait à lui ; et l'indécent de l'étendre sur le sofa, porté par l'insolence patentée qu'on lui connaissait, par le désir qu'il souhaitait assouvir, par l'inélégance de ses attentes. L'ivresse gommait le peu de retenue qu'on lui connaissait encore, peu lui importait les regards, amusés ou outrés, que l'on portait sur lui et l'expression d'un amour vorace dont il put faire preuve. «Tu me fais perdre mes moyens »  « Tant mieux. » Affamé tel un loup, plongeant son nez et sa bouche dans le creux parfumé de son cou, Lust ne savait défaire Cassandra de son étreinte tant il s'embrasait la peau à trop la toucher. La redécouvrir, la frôler, la modeler de ses caresses. L'incommodité dans laquelle il s'était enlisé lors de leurs premiers tête-à-tête impromptus, s'émoussait éhontément alors qu'il faisait preuve d'un désir discourtois. Ignorer le monde et ne distinguer qu'elle. Pour autant Cassandra se redressa soudain, dédaignant les oeillades curieuses et amusées braquées à leur encontre ; quelques amis du joueur vedette se délectaient de leur audace tout en leur offrant un sourire facétieux. « Je crois que tes amis veulent te dire quelque chose »  « On s'en fout. » Il argua comme s'il eut dix-sept ans à nouveau. Abaissant les façades illusoires d'une maturité qu'il souhaitait montrer en spectacle, mais qui ne dissimulaient que partiellement sa frivolité et sa désinvolture. L'alcool rehaussait les véritables couleurs du jeune homme.

Cassandra ignora sa requête et, comme elle s'en alla sur la piste en lui présentant ses intentions, vint se fondre doucement dans la foule. Le regard pénétrant de Lust se stria d'une lueur inquiète ; la crainte de la perdre à nouveau. Comme un sentiment de déjà-vu, lorsque dans ses rêves il la retrouvait pour mieux la voir disparaître. « Alors, elle s'appelle comment cette-fois ? » On le taquina, l'agaçant au passage malgré les élans de camaraderie sincère, le prenant dans les bras, blaguant à son encontre, l'invitant à boire encore puis à dévoiler l'identité de cette mystérieuse inconnue dont la beauté faisait déjà jaser. Mais Lust, doucement chahuté, sentit perdre pied entre les rires et le fantôme de Cassandra. La cherchant du regard dans la vague humaine, ne l'apercevant plus, il se leva d'un trait et se précipita à sa rencontre. Abandonnant l'agitation de ses amis pour mieux la retrouver.

L'on pouvait percevoir dans l'éclat de sa pupille dilatée la crainte de l'avoir perdue. Lust poussa des corps encombrants, joua des coudes, déclina des verres comme des invitations, ne toisa jamais ces spectres fantoches. Et, comme il la retrouva soudain, son dos nu offert à son regard dévorant, il poussa un soupir de soulagement avant de s'élancer vers elle. L'empoignant par la main, sans lui laisser d'autres choix que de le suivre. « Viens, faut que j'te montre un truc. » L'ivresse malmenant encore ses sens aurait pu soulever quelques réflexions quant à son entreprise hasardeuse, néanmoins Lust s'extirpait de la foule à grands pas confiants. Jusqu'à retrouver le vigile de l'entrée qui le reconnut aussitôt : « Mr Whitaker, vous partez déjà ? » surpris par le départ inopiné du jeune homme, le connaissant visiblement comme étant accoutumé des nuits blanches. « Comment je suis venu, déjà ? » Lust leva la tête, feignant de réfléchir il tentait de recouvrir une mine fraîche et sobre. « En taxi, monsieur. » « Ah oui... Appelez-moi un taxi, Jason. » Le vigile gomma derechef un sourire amusé mais poli, comme il s'avança vers la file de taxis attendant déjà patiemment aux pieds du Boujis. « C'est comme si c'était fait, monsieur. » Puis d'ouvrir la portière, laissant s'y engouffrer un jeune dandy accompagné d'une femme aux charmes affirmés.

« Le Sky Pod, je vous prie. » Croisant le regard étonné du chauffeur dans le rétroviseur, Lust réaffirma sa demande d'une voix plus cassante. Son interlocuteur mentionna alors qu'il était déjà cinq heures passées et, de ce fait, ils ne trouveraient que des portes closes. « Je suis connu mon vieux, je joue au Quidditch. » L'homme le toisa comme si son client eut ingéré trop de drogues puis, considérant que c'était sans doute le cas, haussa les épaules avant de prendre la route. Amusé, le ténébreux enivré apposa un doigt sur les lèvres de Cassandra et lui susurra : « Shhhhht. C'est un moldu. Fais comme si tu étais une serveuse. » Propos décousus mais encore quelques peu lucides... Du moins auraient-ils pu l'être si Lust n'avait pas questionné Cassandra de la sorte : « A ton avis, on va où ? C'est une surprise... » Moments intenses de réflexions où on le vit plisser le nez, regard pensif fixé sur le cuir du siège avant. Il murmura : « Ah oui mince, tu sais déjà. » Déception rapidement épointée par les festivités de l'alcool instillé en leurs veines.

***

Ils arrivèrent à La City, devenue fantôme à cette heure avancée de la nuit. Rien qui ne terrifia néanmoins nos deux audacieux s'approchant dès lors d'un immeuble dont la cime de verre crevait le ventre du ciel londonien. Les portes s'ouvrirent sur une hôtesse dont le faciès lumineux semblait supposer qu'elle les attendait. « Mr Whitaker ? » Il opina du chef, souriant mais placide face au privilège de privatiser un tel espace à des horaires inabordables. On les mena à l'ascenseur, et ils s'envolèrent au trente-cinquième étage.

Des baies vitrées à n'en plus finir, un espace gargantuesque dont l'agencement à 360° offrait sur Londres une vue majestueuse. La ville semblait être à leurs pieds, à la fois soumise et indomptée. Quand le calme des lieux leur semblait assourdissant, Lust argua alors, une sobriété presque recouvrée : « Un jour, tu m'as demandé de te conduire vers les étoiles. » Des propos tenus lors d'une soirée festive et arrosée comme celle-ci, pour autant le jeune homme semblait avoir gravé en sa mémoire chaque mot ayant foulé les lèvres qu'il eut si longuement adorées. Portant alors son regard sur un ciel parsemé d'étoiles timorées, il se rendit soudain compte de la pollution lumineuse de la métropole. Cela faisait trop longtemps qu'il n'avait pas levé les yeux avec attention afin de contempler les cieux. « Bon, pour le coup, y en a pas franchement ce soir. » Plissement de nez frustré, quoique la situation truculente lui arracha un sourire.
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MessageSujet: Re: Ghosts of the past   Mar 2 Jan - 14:40

Il me retrouva plus vite que prévu sur la piste de danse, et j’en étais ravie. Alors que je me déhanchai sur une musique sourde, j’avais refusé quiconque s’était approché d’un peu trop près, espérant sentir bientôt, les mains fermes et familière de Lust sur ma taille. Mais je me leurrais car c’est ma main qu’il empoigna fermement, et il m’entraina au travers de la foule. Je lui suivis, sans savoir où nous allions, mais qu’importait puisque je l’aurai sans doute au bout du monde. « Viens, faut que j'te montre un truc. » Mes doigts s’entrecroisèrent aux siens, et je sentis cette assurance dans sa poigne qui me fit frissonner davantage encore. Surprise, je me laissai guider jusqu’à la sortie, où le vigile était tout aussi surpris que moi, de voir le célèbre joueur de Quidditch quitter cette soirée à une heure aussi peu indécente. J’écoutai d’une oreille peu attentive la conversation entre les deux hommes, et regardai d’un œil plus intéressé le couple à côté de nous qui s’embrassait de manière si luxueuse que je me sentis rougir. Sans doute ressemblions nous à cela avec Lust, mais de cet angle-là, la concupiscence était plus gênante encore. Enfin, le taxi tant attendu arriva, et Lust me somma de m’y engouffrer, tandis qu’il refermait la portière derrière lui. C’était calme et silencieux, c’était apaisant et je posai ma tête blonde sur son épaule, tandis qu’il ordonnait au chauffeur une destination que je n’entendis pas.

« Je suis connu mon vieux, je joue au Quidditch. » Je me mis à rire doucement contre son cou, tandis que je répétai d’une voix basse et rauque, imitant très mal celle de Lust qui me semblait inimitable. « Je suis connu mon vieux, je joue au Quidditch. » Moqueuse et taquine, je déposai un baiser au creux de son oreille et soufflai avec langueur « Il y a tout un tas de choses pour lesquelles tu es bien plus doué qu’au Quidditch » et j’étais prête à en faire toute une liste, une fois que le chauffeur nous aurait déposé à destination. Lust déposa un doigt appelant au silence sur mes lèvres et en me sommant d’être discrète. « Shhhhht. C'est un moldu. Fais comme si tu étais une serveuse. » J’acquiesçai doucement tandis qu’il se perdait dans quelques paroles que je ne saisis pas réellement. L’alcool était à son apogée dans mon sang, et bientôt, je ne voyais en Lust qu’un ange tentateur, un halo de lumière illuminant son visage. Ou peut-être était-ce les phares des voitures que nous croisions…

***

La bâtisse était si haute, que lorsque je levai la tête pour en aviser la cime, je me retrouvai prise de vertiges. Je clignai des yeux pour chasser les papillons qui s’étaient glissés dans ma vue, tandis que Lust frappait quelques coups à la porte qui promettait pourtant de s’ouvrir sur un immeuble désert. « Mr Whitaker ? » L’ascenseur me donna la sensation de voler. C’était agréable, c’était enivrant de liberté. Mais ce n’était rien à côté de la surprise que Lust m’avait réservé. Sur le toit d’un des plus grands bâtiments de Londres, voilà que la capitale s’étalait sous nos pieds.  « Un jour, tu m'as demandé de te conduire vers les étoiles. » « Tu t’en souviens… » Je lui adressai un sourire reconnaissant, et levai immédiatement les yeux au ciel. Malheureusement pour lui, peut-être Lust aurait-il mieux fait de m’emmener en Islande pour observer les étoiles au plus près de leur magnificence. « Bon, pour le coup, y en a pas franchement ce soir. » Il y en avait. Il ne regardait pas au bon endroit, voilà tout. Car c’était dans mes yeux qu’elles se trouvaient. Immuables, enchanteresses, elles brillaient de milles feux, tandis que je regardai avec un sourire tendre l’étendu de la voix lactée, bafouée par la main humaine.

Quand j’en eu assez de regarder le ciel, et que mon cou commença à me faire mal, je décidai de m’approcher du muret qui protégeait les âmes errantes du vide. Il n’était pas haut, moins d’un mètre, et lorsque je me penchai au-dessus, ce fut pour voir les milliers de lumières qui scintillaient dans la ville. Telles des petites étoiles, elles constellaient les rues de Londres avec harmonie et quiétude. Elles étaient toutes aussi ravissantes que celles que je n’avais pas pu apercevoir dans le ciel. « C’est bon» murmurai-je en soupirant d’aise. Il aurait pu faire froid, sur ce toit si haut, pourtant, la brise fraîche me fit un bien fou, et je décidai de la sentir davantage. D’un geste maladroit, je glissai un doigt dans la sangle de mon escarpin et le fit quitter mon pied. « C’est une torture, ces trucs». Je balançai les deux chaussures loin de nous, et grimpai avec une habileté inconnue sur le petit muret. Plus proche encre des étoiles, le vent qui s’était levé s’insinua dans mes poumons, dans mes cheveux, jusque sous ma robe qui se souleva bien plus haut que la décence ne l’autorisait. Mais entre nous, pas de pudeur, et je la baissai lentement en murmurant un bref « Oups» amusé et quasi licencieux.

«J’aimerai savoir voler  » murmurai-je sur le ton de la confidence à Lust, en posant deux mains sur ses épaules. Derrière moi, le grand vide était oublié, car je ne plongeai dès lors que dans ses yeux mordorés. J’étais plus haute que lui, perchée sur mon mur, et je le toisai de toute ma splendeur. « Qu’est-ce qu’on ferait, si on savait ? » Je restai songeuse. «Qu’est-ce que je raconte… Voler, c’est ton métier. » Un sourire, une pensée. Une idée incongrue, mais qui me sembla à l’instant nécessaire. «Tu as ton balai ? Je veux voler » exigeai-je d’une voix forte, telle l’enfant capricieuse à qui l’on ne peut rien refuser.
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MessageSujet: Re: Ghosts of the past   Mar 2 Jan - 16:15

A la hauteur des cimes, vertigineuses amours, ils refusèrent de se laisser choir et dardaient au contraire le monde d'une oeillade vengeresse. Puisqu'ils ne pouvaient autrefois s'étreindre aux yeux de tous, ils s'érigeaient ce soir comme conquérants et ne se cachant guère plus. Néanmoins ce fut bien l'alcool qui les aida à se trouver, désinhibant leurs sens et leurs désirs, aussi fallait-il se méfier d'une sobriété recouvrée qui pourrait mettre à mal leur nouvelle passion à grands renforts de lucidité. Lust ne l'entendait cependant pas de cette oreille ; ce fut sobre qu'il invita Cassandra à cette soirée, qu'il eut l'idée de la reconquérir, qu'il réserva pour eux ce panorama pittoresque. Egocentrique, comme toujours, dont la volonté ne se tournait que vers un seul objectif : la posséder à nouveau. Pour autant le romantisme dont il usait, certes hésitant et infructueux, témoignait de ses efforts inespérés comme de sa persévérance. Lust avait entrepris de la séduire, et s'il était vrai qu'il n'avait été que trop galant jusqu'alors, n'osant que la distance et la retenue, il avait peut-être eu la maladresse de s'y prendre comme l'adolescent qu'il était autrefois. Qu'importait cependant, puisque seul l'enjeu comptait à ses yeux. Le retour de Cassandra et avec elle, peut-être, une possessivité qu'il s'était efforcé d'outrepasser en vain.

L'air frais et tonifiant émoussa quelque peu son ivresse ; Lust se sentait revivre. Fermant les yeux et humant à pleins poumons la brise fraîche d'une nuit moribonde. Lorsque Cassandra errait sur les murets, à hauteur de la capitale, narguant les immeubles comme sa propre vie. L'insouciance de leurs instants ne répondait à aucune sécurité ; ils se prêtaient au jeu de l'indolence et semblaient s'en repaître. Deux mains légères s'appuyant sur ses épaules râblées achevèrent d'éclater sa bulle léthargique ; Lust rouvrit les yeux, et la vision d'une beauté lubrique s'offrit à lui. « Oups» Il se mit à rire. Lui qui maintes fois l'avait dévêtue, trouvait fort charmant cette fausse impudeur. «J’aimerai savoir voler  » « Hmmm.... » Molles réflexions. Les rêveries de Cassandra, pourtant pétries de poésie, ne l'atteignirent que peu. A trop voler derrière la gloire, Lust en avait oublié le noble privilège qui lui était accordé. A trop assécher son myocarde, il en était devenu froidement pragmatique. «Qu’est-ce que je raconte… Voler, c’est ton métier. »  « Je donne plus des coups de batte... » Il accompagna son discours d'un geste pantomime du batteur agressif. « … que je ne vole vraiment. » Du moins était-ce ainsi qu'il percevait son métier. Sans grandes envolées lyriques. « Mais de toutes façons, il y a tout un tas de choses pour lesquelles je suis bien plus doué qu'au Quidditch. » Un sourire léger et licencieux. L'instant demeurait serein, rompu par leurs désirs respectifs d'aspirer à un peu d'intimité. Le calme apaisait son cerveau trouble. «Tu as ton balai ? Je veux voler » « Je ne me promène pas avec mon balai sur moi. » Un rire éclata face à la moue boudeuse de Cassandra, mais ne pouvant résister à l'attrait de son visage renfrogné, Lust entreprit de l'attraper au niveau des genoux, l'arrachant de son muret et tournant sur lui-même. Un tourbillon d'amusements et d'insouciances ; flirtant avec le vide, ils ne s'en apercevaient pas tant.

Trop éméché pour s'appuyer sur un équilibre alors hésitant, Lust se stoppa puis la posa à terre. « Ca tourne. » marmonna-t-il non sans s'asseoir sur le muret, se frottant les yeux dans l'espoir absurde de mettre un terme à ces vertiges enivrés. Puis le jeune homme apprécia le calme, trop peu observé dans son quotidien infernal. Il avisa les lieux déserts et s'en retrouva reconnaissant. Lui qui pourtant exécrait les instants de solitude, toujours avide de présences et d'emportements autour de lui, même hypocrites, se sentait soulagé ce soir d'être esseulé. Enfin presque. Comme une curieuse analogie entre ces lieux inanimés et sa vie tumultueuse, il se confessa dès lors à Cassandra. « Contrairement à ce que l'on croit, ma vie est vide. Comme ici. » Nulle envie de recueillir quelque compassion cependant. Lust parlait comme s'il eut évoqué le beau temps. « Toi par contre, tu dois avoir une vie riche et remplie. Je t'envie beaucoup. » Il opina du chef avec insistance, le timbre encore ensuqué d'alcool. « T'as une fille, t'as son amour, et t'as une petite maison avec une petite chèvre dans ton jardin. » La situation pouvait prêter à sourire ; l'intonation de sa voix était arythmique, comme décousue. Pour autant et en dépit de son attitude capiteuse, Lust tenait des propos lourds de sens. « Moi j'ai qu'un truc. Ca s'appelle la notoriété et c'est foutrement chiant parce que tu as tout, et en même temps tu n'as rien. Tu vois ce que je veux dire? » Persuadé que ses dires demeuraient fluides et limpides, Lust s'auto-approuva d'un hochement de tête. « Et si je t'amène ici, c'est au moins pour t'avoir toi. » L'escalade des aveux se solda par ce qu'il souhaita le plus cacher.
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MessageSujet: Re: Ghosts of the past   Mar 2 Jan - 17:25

« Je ne me promène pas avec mon balai sur moi. »Je roulai des yeux vers le ciel sans étoile, et soupirai d’un air faussement dramatique. «Lust Whitaker, tu es un rabat-joie. » Mais c’est pour ça, que je t’aime. Fort heureusement, de telles paroles, empruntes de bien trop de promesses, n’avaient pas franchi le seuil de mes lèvres pas assez ivres. Sans crier gare, et avant que je ne puisse ajouter quoi que ce fut, Lust s’empara de mes jambes, et voilà qu’il me faisait tournoyer contre lui avec un équilibre précaire qui fit bondir mon cœur. J’éclatai d’un rire enfantin, sonore qui résonna dans le silence alentour. Quel délice que de découvrir sans doute l’un des seuls endroits de Londres où le silence était roi. Nous tournoyions juste assez pour que la tête me tourne, et sans doute Lust subit le même malaise, car il cessa rapidement pour mieux me reposer à terre. « Ca tourne. » Ta tête ou ton cœur ? Les deux, pour ma part. J’accompagnai Lust près du muret et m’y installai moi aussi, laissant derrière nous le vide inquiétant et les affres de la ville endormie. A l’instar du regard de Lust, je laissai le mien vagabonder alentours, dévorant les lieux avec voracité. C’était si paisible, si calme. J’aurai pu rester une éternité. Avec lui, plus encore. « Contrairement à ce que l'on croit, ma vie est vide. Comme ici. » Je me redressai brusquement pour mieux le regarder, curieuse. Une vie vide ? Vraiment ? Il était pourtant l’idole de bien des gens, adoré de tous, détesté parfois, mais admiré par beaucoup. La foule scandait son nom, les filles auraient vendu leur âme pour un baiser, le monde de la jet set était à sa pied. Il ne devait pas avoir une minute à lui, emporté par le tourbillon d’une vie trop riche. Alors de quoi me parlait-il ? Peut-être que ma tête embrouillée par l’alcool ne parvenait pas à recoller les morceaux de ses confessions. Et je me détestais pour cela. « Toi par contre, tu dois avoir une vie riche et remplie. Je t'envie beaucoup. » Je secouai doucement la tête, et posai une main sur celle de Lust. J’entrecroisai mes doigts aux siens et murmurai doucement « Ne dis pas ça… » Ne dis pas que tu m’envies, alors que tu as la vie que tu as toujours voulu. La gloire, la célébrité, le regard envieux des autres. Lust était né pour être sous les feux des projecteurs, quand je n’étais qu’une femme de l’ombre. Il n’avait rien à m’envier. « T'as une fille, t'as son amour, et t'as une petite maison avec une petite chèvre dans ton jardin. » Je laissai échapper un petit rire attendri, tandis que je posai derechef ma tête sur son épaule. Derrière moi, je sentais la brise s’enfoncer dans le creux de mon décolleté, je sentais le vide, et l’inconnu, pourtant, juste le contact de l’épaule de Lust sur ma joue pâle me suffisait à me sentir à sécurité. La mort derrière, l’amour devant. Si l’alcool n’avait pas été si présent, peut-être que j’aurai trouvé les mots pour le réconforter. Peut-être aussi que j’aurai senti une vague de culpabilité. Parce que cette vie aurait pu être la sienne, il aurait pu élever Eydis, avoir son amour, le mien, et une chèvre au fond de notre petit jardin. «Ca ne t’aurait pas suffi. Tu as besoin de la lumière, pour briller. » Il aurait fallu qu’il ait les deux. La célébrité, et notre foyer. Mais aurai-je accepter de vivre au travers des obstacles que pouvait être le Quidditch ? Les déplacements longs, les filles, les sorties, l’absence…

« Moi j'ai qu'un truc. Ca s'appelle la notoriété et c'est foutrement chiant parce que tu as tout, et en même temps tu n'as rien. Tu vois ce que je veux dire? » J’hochai doucement la tête, tandis que mes idées s’éclaircissaient et que le vent ravivait mon esprit vif, embrumé par l’alcool. «Je ne peux qu’imaginer. La notoriété, c’est abstrait pour moi. » « Et si je t'amène ici, c'est au moins pour t'avoir toi. » Comme s’il était l’unique détenteur de la clé de mon cœur, voilà que ce dernier, traitre et sensible, s’ouvre à nouveau sous les aveux de Lust. Et ce fut à cet instant présent, que je me maudis d’être si faible, de ne pas résister à l’assaut de ses paroles si tendres, que j’espérais sincères. «Ca fait des années que tu m’as…» dis-je contre son épaule avant de redresser la tête et de le regarder à nouveau. Ses yeux n’étaient plus aussi enjoués qu’ils l’étaient un peu plus tôt et j’en venais à me demander si mon amant n’avait pas l’alcool triste ce soir. Fallait-il que j’y remédie ? Ou bien aimait-il ce spleen ambiant ? Peut-être que parler était plus important que quelques baisers volés ce soir. Je l’ignorais, ce que je savais cependant, c’était que je serais pour lui, ce soir-là, ce qu’il attendait de moi. Une confidente, une oreille attentive, une ancienne amante, ou un amante toute court. « Partons» proposai-je en collant mon front contre le sien. Son souffle chaud, alcoolisé venait glisser sur mon visage avec douceur. « On ira où tu veux. Avec Eydis. Et la chèvre. » Je m’approchai et déposai un baiser sur son nez, puis sur sa joue, sur son menton, à la commissure de ses lèvres. « Quelque part où il n’y aura que nous. Pas de photographe, pas de fan, pas d’autographe. » Et sans doute les verres de vodkas avaient eu raison de mes idées embrouillées, car voilà que je nous imaginais déjà dans une yourte en Mongolie. Je continuai néanmoins à déposer un monceau de baisers sur chaque partie du visage de Lust, délaissai sciemment sa bouche désirable. Je posai mes deux mains de part et d’autre de son visage, et le forçai à me regarder «Tu sais que je suis capable de tout. » Et mon visage de reculer pour lui adresser un sourire éclatant. «Je peux aussi me jeter dans le vide. »
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MessageSujet: Re: Ghosts of the past   Lun 15 Jan - 19:19

Les confidences livrées du bout de ses lèvres embaumées d'alcool se prêtaient d'avantage à quelque nostalgie refoulée que de véritables regrets. S'il n'était pas inusuel que la mélancolie ne s'immisce dans les humeurs alcoolisées de Lust, elle s'instillait seulement lorsque le jeune homme peinait à livrer ses vérités. Combien de temps avait-il ressassé ses pensées lorsque, loin de Cassandra qu'il s'évertuait d'oublier, le ténébreux se demandait encore les causes réelles de son départ. La jolie française éventait cependant ses dires avec une lucidité qui ne pouvait lui être imputée qu'à la seule condition d'avoir très bien connu son ancien élève : Lust n'aurait très probablement pu supporter une vie trop saine, loin d'une lumière exaltante bien que délétère. Il ne répondit néanmoins pas à ses invectives ; ni celle-ci, ni même les autres. Préféra se laisser porter tout contre le timbre de sa voix dont il en avait oublié les nuances et les trémolos, échos de passés lointains dissipés entre les fragrances estompées de son parfum. Mais alors que Cassandra fit preuve d'une douceur recouvrée, l'embrassant sans relâche à le bercer d'amour, elle eut pour lui quelques paroles fleurant leurs destructions mutuelles d'autrefois : «Je peux aussi me jeter dans le vide. » Lust revint alors à lui, conscient que ses tribulations intérieures étaient connotées de quelques moiteurs cafardeuses, des idées noires qui n'en étaient pas mais dont la spontanéité eut rompu le moment pittoresque des amants. « Arrête tes conneries. » Il se leva d'un rire souhaitant gommer les inepties de Cassandra. Parce qu'il y croyait fortement. Ce moment de connivence, minime mais effrayant, il le balaya d'un brusque mouvement de la main chassant l'air comme il se dirigea en titubant vers l'un des bars.

Quelques longues secondes entrecoupées de grognements alors que le jeune homme tentait maladroitement d'allumer une radio (la coordination de ses mains et de ses bras, usuellement parfaite lorsqu'il put s'agir de se confronter à un cognard ou des rondeurs plus féminines, avait été annihilée par le trop plein de champagne) posée nonchalamment sur le comptoir, comme une invitation trop avérée pour qu'ils ne daignent s'y épancher de suite. « J'ai à peine eu le temps de danser avec toi. » Et de se retourner vers elle, certes avec un peu trop d'envie et d'assurance, mais d'un sourire mordant ourlant ses lèvres qui ne put être imputé à la certitude de sa conquête. Lust la toisait comme il le fit autrefois ; sans filtre ni sans fioriture. Pas de bienséance, ni même de procédures interminables liées aux conventions sociales. Puis, comme il tendit la main vers elle, étira plus encore son sourire de loup à l'écoute d'une musique à la sensualité renommée. You can leave your hat on. « J'adore cette musique. » Brillants d'appétence, ses yeux nourrissaient à présent un tout autre dessein.
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MessageSujet: Re: Ghosts of the past   Mer 24 Jan - 17:43

« Arrête tes conneries. » J’aurai pu le contredire. J’aurai pu lui dire que ce n’était pas des conneries, que j’étais capable de tout. Mais il le savait. Et je savais qu’il le savait. Parce qu’il n’y avait que lui qui avait cet effet sur moi. Que lui qui éveillait en moi des émotions, des sensations que nul n’avait su me provoquer. Et sans doute, l’alcool, aidant, aurait-il pu me demander n’importe quoi que je m’y serais adonnée. Sans contestation. J’échappai néanmoins au saut de l’ange, tandis que mon amant de toujours sortait peu à peu de ses idées sombres. Et grand bien lui fasse, car j’avais épuisé tous mes arguments, et ne voyais plus comment l’extirper de cette léthargie dépressive. Quoi que, j’avais bien une petite idée, mais là encore, je n’étais pas certaine que cela eut suffi.

Son rire, précieux et rare, carillonna dans le noir, tandis qu’il balayait d’une main leste un souci immatériel. Il se leva, de sa démarche assurée, quoi que rendue plus dansante par un trop plein de champagne, et s’approcha d’une radio, posée dans un coin, que je n’avais pas vu en arrivant. L’avait-il posée là à dessein, sachant qu’il me mènerait jusqu’ici, une fois la soirée entamée ? Ou bien le hasard avait-il bien fait les choses ? Je ne croyais plus tellement au hasard, mais je lui laissai le bénéfice du doute. Je regardai Lust un moment batailler avec l’instrument moldu, tandis que derrière moi s’étendait le tout Londres endormi. Jetant un bref coup d’œil par-dessus mon épaule, je me décidai à rejoindre Lust qui était parvenu à lancer quelques notes de musiques.

« J'ai à peine eu le temps de danser avec toi. » Et Lust de recouvrer son air sur de lui, ses yeux brillants, sa moue charmeuse. Envolées les tristes pensées, les regrets et les sauts dans le vide, voilà que le jeune homme redevenait le chasseur qu’il était depuis toujours. Car je le connaissais, peut-être trop bien pour m’y laisser prendre. J’haussai les épaules avec désinvolture et lui adressai un petit sourire en coin. « C’est pas faute de t’avoir demandé. Mais avec toi, il faut toujours supplier. » Provocation, à l’instant même où je reconnus la musique qui s’échappait des ondes. J’hésitai une fraction de seconde avant de m’emparer de la main qu’il me tendait. Non pas que cette danse m’intimidait, mais je savais qu’à l’instant où mes doigts toucheraient les siens, il n’y aurait plus de retour possible. Je savais que la danse qui suivrait dépasserait la décence, car ses yeux de loup n’en pouvaient plus de me dévorer. Je savais que la soirée ne se terminerait pas aussi chastement qu’elle avait pu commencer. Je savais que je sombrerai, une fois encore, dans le piège de notre passion. « J'adore cette musique. » Et cette phrase d’achever de me convaincre que je voulais être prise à ce piège. Encore. Je le laissai m’attirer contre lui, et sentis bientôt ses mains glisser dans mon dos.

Une cascade de frissons descendit le long de mon dos nu, et je posai ma tête contre son épaule. J’étais si proche de lui, alors que nous avions été si loin pendant des années. Je me noyais dans son odeur si familière, si rassurante, si excitante. Je m’en abreuvais, peu certaine qu’une telle opportunité se reproduirait. Car si j’étais certaine de la tournure que prenait cette soirée, j’ignorai encore tout de demain. Repartirons-nous pour cinq ans d’absence ? Sans doute me serais-je inquiétée si l’alcool n’animait pas mes veines. A cet instant présent, je ne m’inquiétai plus que des doigts trop chastes de Lust sur mes reins, et de son odeur enivrante. Je redressai la tête pour mieux plonger mes yeux dans les siens, légèrement vitreux. « C’est une chanson moldue » soufflai-je tandis que mes mains glissaient dans sa nuque et que mes doigts s’amusaient tirer doucement sur une mèche de ses cheveux. « Et d’ordinaire, on la met pour un strip-tease. » Petit sourire en coin, battements de cils. Avant de comprendre que Lust savait sans doute tout cela. Car le monde moldu n’avait pas de secrets pour lui. Je laissai s’échapper un petit rire naïf de ma gorge. « Mais tu le sais déjà, pas vrai ? »
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MessageSujet: Re: Ghosts of the past   Jeu 1 Fév - 15:08

Cet air d'intensité suffocante n'incombait nullement à l'ivresse dont il ne parvenait plus à se dépouiller. Il était dû au fait que Cassandra habitait cet immeuble, cette terrasse, son espace vital. Et semblait s'y trouver aussi bien à son aise malgré les longues années qu'ils eurent creusé pour des raisons leur étant propres et que Lust était parvenu à oublier. Ainsi s'instillait dans son attitude un mystère mûri, comme une allusion à leurs étreintes passées, à sa chambre de professeur où se déroulaient leurs intrigues romanesques et au froissement des draps de coton. Pas un instant, l'instigateur de ces désirs étouffants ne se posait la question : imposait-il son appétence à Cassandra à trop l'oppresser de ses mains caressant son dos nu, ou était-elle tout autant actrice de ces jeux d'ombre les sommant de briser le mur de glace qu'ils eurent érigé si longtemps ? Il s'approcha d'elle, ignorant ces questions qu'il jugea vaines, préféra l'attirer tout contre lui puis, dans sa nuque, souffla le premier soupir de soulagement qu'il n'eut jamais eu depuis son départ. Ses lèvres mutiques en gardèrent jalousement le secret, mais frôlaient délicatement le cou chaud de la française d'une convoitise aussi ardente que galante. Il n'osa ni caresser ses lèvres, ni en déposer un baiser. Car malgré l'intensité de leur idylle passée, alors même qu'il eut pris tout ce qu'il avait pu prendre – avec avidité et sans scrupule – Lust ressentait à nouveau les émois des premières fois. L'absence comme le temps n'avaient pas eu la force de flétrir ni de débouter leur romance ; ils l'avaient reléguée au commencement. Parce que les amants se devaient de se découvrir à nouveau, et parce qu'il avait oublié la douceur inhérente aux sentiments passionnés. Si Lust avait depuis lors connu d'autres femmes, il n'avait en aucun cas apprécié l'investissement dont elles avaient su parfois faire preuve. Préférant l'indifférence au dévouement. A l'exception de Cassandra dont il recouvrait la peau, le toucher, le parfum et la voix. Quand bien même elle eut disparu de sa vie, le jeune homme que l'on imaginait volage se sentait marié à elle. L'alliance qu'il eut laissé en France s'en portait garante. « C’est une chanson moldue » Il baisa son épaule, maintes fois. D'une caresse languissante, presque frêle. Blasphémateur d'une peau qui lui fut si longtemps interdite. Jamais ils n'avaient communié plus profondément que lorsque il l'effleurait de ses lèvres voraces. « Et d’ordinaire, on la met pour un strip-tease. » Un rire clair élima son silence ; Lust se redressa sans plus de culpabilité passée sur son visage. « Mais tu le sais déjà, pas vrai ? » De son regard volubile il la toisa intensément. Prompt à en lui faire la demande tacite, mais elle ne s'y plia pas. Demeura statique, sublime dans sa robe qu'elle s'interdisait à mettre à terre. Il sourit d'avantage puisqu'en comprit le jeu. « C'est vrai. » Et de lever le menton, une suffisance sublimée par le champagne qui le désinhibait plus encore. Quand bien même Lust Whitaker n'avait guère besoin d'alcool pour se laisser choir au contre-pied de la bienséance.

Cette ivresse peut-être, la volonté vive quoique inconsciente de restaurer cette connivence qu'ils entretenaient autrefois très certainement, achevèrent Lust de se prendre au jeu. Et de s'éloigner de Cassandra, d'ôter sa chemise au rythme de la musique d'une gestuelle à la fois séductrice et amusée. Il ne se prenait guère au sérieux, comme souvent. Mais ne déviait jamais son regard de la française, comme pour mieux jauger ses mimiques. Ainsi il vint brandir son bras droit puis en contracta le muscle avec bien moins de morgue que d'amusement. « Tu peux toucher si tu veux. » Ce qui le divertit renvoyait pourtant à leurs fantômes passés ; là où, tout juste sorti de l'adolescence, Lust était un jeune homme famélique dont le visage émacié rappelait à ses dérives de toxicomane, on le découvrait aujourd'hui plus fringant, doté d'un corps râblé nourri par le sport et sa pseudo abstinence face aux drogues. Il ne s'en vantait guère cependant, puisqu'ayant appris depuis trop longtemps que son charisme suffisait à ses manœuvres engageantes et charmeuses, et en cela nourrissait sa personnalité pleine de paradoxes : entre la conscience absolue de son pouvoir de séduction, et l'annihilation totale d'un physique que l'on pouvait qualifier autrefois de « hors norme » et qui faisait aujourd'hui la une de certains magasines.

Lust continua son entreprise, porté par l'amusement et les effluves d'alcool. S'employa même à déboutonner son pantalon qui résista cependant à ses assauts : l'absence de coordination de ses gestes et la maladresse inhérente à son ivresse lui donnaient des airs un peu pataud. Il pesta quelque peu, frustré de ne pas pouvoir continuer son jeu et de se retrouver face à un casse-tête insolvable au vu de son cerveau capiteux, et entendit à peine cette voix féminine lui parvenir en écho. L'agente d'accueil les toisait interdite et, comme Lust tourna vers elle un faciès des plus étonnés (par son intrusion, non par la scène qui put s'avérer gênante), elle bredouilla quelques excuses : « Je voulais m'assurer que vous n'aviez besoin de rien. Je... Je redescends. » Un silence interloqué accompagna la sortie de l'intruse, jusqu'à ce que Lust n'éclate de rire. Le froid lui mordant à peine la peau en dépit de son effeuillage, dû à cette vague de chaleur enveloppant son corps éméché. « Merde, c'est fini. » La chanson ayant attisé ses sens ne résonnait en effet plus. Néanmoins derrière la frustration sincère de Lust, se dissimulait le soulagement de ne pas avoir à se battre avec un pantalon dont il ne comprenait plus le maniement. Ainsi ramassa-t-il sa chemise non sans tituber légèrement (par ailleurs Lust se redressa trop vite, statuant ainsi un moment de silence comme il se frotta l'oeil gauche dans un geste de fatigue) et, puisqu'il demeura absolument convaincu d'avoir été ce soir galant et réfléchi, interpella Cassandra d'une voix rauque : « Tu vois, j'ai été sage ce soir... » Il leva les mains en signe de dédouanement. Même ivre, Lust semblait vouloir se racheter auprès de Cassandra et lui faire oublier tous ces moments où son impulsivité avait fissuré leur histoire trop passionnelle. « ...C'est pas comme ça tous les jours. » Finit-il par avouer en dépit de ses efforts, la sincérité menée par l'excès de champagne.
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MessageSujet: Re: Ghosts of the past   Dim 11 Fév - 17:07

« C'est vrai. » Il savait. Et mon sourire de s’entendre, tandis que qu’il s’éloignait de moi pour mieux me regarder. J’eus l’espace d’un instant cette désagréable sensation de vide, dès lors que ses mains conquérantes quittèrent le creux de mes reins et que ses lèvres brûlantes abandonnèrent leurs caresses. Pourtant, ces émotions ne furent que de courte durée car très vite, je sentis le regain d’excitation qui me chatouillait depuis dès heures quand Lust commença à déboutonner sa chemise. Au rythme de la musique que je n’entendais déjà plus, ses doigts s’activaient sur les boutons résistants du tissu, jusqu’à laisser choir sur le sol le vêtement trop encombrant. A la vue de son torse tant chéri autrefois, je sentis les picotements caractéristiques au bout de mes doigts, alors que mon corps tout entier me sommait de me blottir contre lui. Je n’en fis rien cependant. Parce que j’étais intimidée, de retomber dans cette idylle souveraine. Parce que j’aimais qu’il me regarde et que j’aimais le regarder. Parce que je ne voulais pas qu’il s’arrête là. Je croisais mes bras sur ma poitrine d’un air faussement réprobateur, décrédibilisé par mes yeux brillants et un sourire en coin.

Mes barrières mal érigées tombèrent lamentablement quand, d’un air enfantin et tellement séduisant, Lust banda son muscle avec assurance sous mes yeux affamés. « Tu peux toucher si tu veux. » J’éclatai d’un rire clair et terriblement sincère. J’avais oublié. J’avais oublié que je ne l’avais pas aimé seulement pour ses beaux yeux et son intelligence. J’avais aimé son humour et sa façon de s’amuser. Il m’avait extirpée d’une morne routine et avait su me voler de trop nombreux éclats de rire que personne n’avait su provoquer chez moi depuis des années. Je m’approchai avec candeur, une fausse naïveté peinte sur le visage, et effleurai de mes doigts longs la fine peau de Lust étirée sur son muscle. En battant des cils à la manière d’une jeune adolescente en émois, je susurrai « Impressionnant ». Et comme si c’était la première fois que je touchai de corps, des papillons traitres et virulents s’envolèrent dans mon estomac affamé. « Ne t’arrête pas en si bon chemin » ajoutai-je avec une œillade provocatrice, tandis que Lust obtempérait et commençait déjà à frôler les boutons de son pantalon.

Il était beau. Même s’il ne parvenait pas à défaire ce bouton, même si ses gestes étaient tâtonnants et ses yeux vitreux, je le trouvai parfait. Parfait pour moi, en tout cas. Quand à savoir si j’étais parfaite pour lui … Le passé nous avait démontré que non. « Je peux t’aider peut-être ? » murmurai-je en m’approchant d’une démarche féline alors que mes mains s’approchaient dangereusement des siennes, tout près de la boucle de sa ceinture.

Par instinct, ou peut-être parce que quelque chose avait attiré mon attention au-dessus de l’épaule de Lust, je levais les yeux pour tomber nez à nez avec une jeune femme aussi surprise que nous le fûmes à cet instant. Confuse, elle articula faiblement quelques excuses, pensant pouvoir nous rendre service. Joueuse, je me retins cependant de lui demander une tenaille pour faire sauter les boutons récalcitrants de la braguette de Lust. Ce dernier se mit à éclater de rire, à l’instant même où l’agente de nuit s’éclipsait par l’escalier. « Merde, c'est fini. » J’affichai une moue déçue quand je le vis remettre lentement sa chemise. Je m’approchai cependant pour l’aider à la reboutonner, boutons après boutons, d’une langueur songeuse. « Tu vois, j'ai été sage ce soir... » « Hum… » soufflai-je l’air songeur. Peut-être un peu trop ? En réalité, je devais admettre que je ne savais pas tellement ce que je voulais, ce que j’espérai de cette soirée. Peut-être avais-je espéré qu’il ne me laisse pas le choix, et qu’il m’entraîne à nouveau dans une idylle, certes éprouvante, mais qui m’avait rendue plus vivante que jamais.

« ...C'est pas comme ça tous les jours. » J’haussai un sourcils. Tous les jours ? Avec les autres filles ? Avec moi, durant notre histoire passée ? Ses mots ne faisaient pas sens, mais je ne savais si je devais l’en blâmer lui, ou bien l’alcool qui coulait dans nos veines respectives. J’achevai de boutonner le dernier bouton, celui qui effleurait sa gorge, avant de poser doucement mon front contre ses lèvres et de me laisser aller contre lui. Je soupirai doucement, heureuse d’être là, avec lui, profitant de cet instant que je savais éphémère. « Ca ne durera pas toujours, si ? » Quant à savoir si je m’adressai à lui ou à moi-même … J’espérai sans doute une réponse, afin de savoir à quoi m’attendre, mais ni lui ni moi ne le savions vraiment. Est-ce que je voulais vraiment savoir ? Non, j’avais trop peur que ça fasse mal. Et tant que la nuit durerait, notre histoire durerait. Il nous restait encore de belles heures sombres avant que le soleil n’entame son ascension dans le ciel, et j’avais le besoin vital d’en profiter.

Dans un élan téméraire, je posai mes mains pleines d’envie sur la ceinture de Lust. Celle-là même que nous n’étions pas parvenus à ouvrir quelques minutes plus tôt. Comme si elle avait attendu son heure, voilà que la boucle et les boutons se défirent sous mes doigts sans opposer aucune résistance. Je n’entrepris pas de faire glisser le pantalon. Je levai plutôt les yeux vers Lust et sombrai irrémédiablement dans l’océan mordoré de son regard. Sans le lâcher des yeux, je fis glisser lentement mais sûrement l’une des bretelles de ma robe sur mon épaule, dévoilant le haut blanc et tacheté de ma poitrine. Je suspendis mon geste, retins mon souffle. Je n’irai pas plus loin sans qu’il ne me l’autorise, et lui laissai en silence la possibilité de faire demi-tour et de mettre à terme à cette mascarade.
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MessageSujet: Re: Ghosts of the past   Ven 2 Mar - 14:18

Débris de bonnes intentions ; durant quelques instants, il est pâle comme un cierge. Mais ses joues rosies par l'alcool s'empourprent d'avantage sous la chaleur de ce corps qui se berce contre le sien. Lust se rappelle à ses sages résolutions ; celles qui l' insupportent et pourtant, le jeune homme fait bonne figure. Il se remémore ses vœux pieux de ne plus importuner celle qu'il aime, se défend de vouloir les honorer, tente d'oublier qu'il les a tant haïs, jour après jour. A trop vouloir le bonheur de Cassandra, Lust s'est effacé. Il a troqué les haillons de l'amant impulsif et virulent, pour les beaux habits du preux sacrifié. Cela ne lui ressemble guère, et il en a conscience. Puisque chacun de ses mots comme de ses gestes semblent surfaits ; lorsqu'il lui assure qu'il la laissera faire sa vie, il sent sous sa langue l'amertume de la jalousie et l'acidité de la rage tout en paraissant stoïque. L'amant s'arrache le cœur puis se laisse survivre. A la sentir si près de lui ce soir, la douleur se fait intense. Comme une envie de rompre les mornes promesses qu'il a jusqu'alors tenues et qu'il regrette, de saisir l'objet de tous ses désirs et de la plaquer contre un mur, sur une table ou qu'importe, pourvu que parle la bête insatiable. Celle qui rugissait autrefois dans ses entrailles, pour elle, et qui s'est tue tant d'années, muselée par de trop chastes résolutions. « Ca ne durera pas toujours, si ? »  Un râle ou un grognement – on ne saurait le dire – s'échappe de ses lèvres frustrées. La gorge de Lust s'assèche et le voilà mutique. L'excès d'alcool atténue la fonctionnalité de ses synapses malgré la lucidité qui s'éveille. Lust enfin, dans un murmure se confie : « Non... » Et il ignore même, pauvre hère, pourquoi ce mot ourle ses lèvres. Savoir Cassandra si près de lui le trouble comme il sent l'impulsivité d'autrefois le gagner. Ah, comme il aimerait lui scander combien il put se sentir stupide, à tenir trop de promesses pour le bonheur de sa française. Comme il aurait aimé demeurer lui-même toutes ces années : se montrer égoïste, autolâtre et fougueux, puis l'arracher à son autel – qu'importe son consentement.

Ainsi quand les mains graciles de l'amante l'invitent à la lubricité d'antan, Lust a pour réponse quelques frissons exquis. Il la toise et accroche son regard, se demande s'il est légitime de s'abandonner ainsi. Ne serait-elle pas plus heureuse sans son ombre à ses côtés ? Qu'importe puisque soudain son égotisme éclate en un râle comme il se jette sur sa proie : l'approche, pourtant, est délicate et empreinte de tendresse, quand l'assaut se fait vorace et carnassier. Les lèvres du jeune homme parcourent son cou, ses épaules et la genèse de sa poitrine ; elles embrassent comme elles mordent. Insatiable, il goûte, caresse, idolâtre et bouscule. La porte sur une chaise haute quand de sa gorge sèche seuls quelques mots s'en réchappent : « Cassie... » Le souffle est haletant, les gestes précipités. L'affamé s'emporte ; la famine fut éprouvante, le manque d'elle plus encore.

Cette nuit, il lui fera l'amour avec une langueur carnassière. Les émois de leur première étreinte se bousculent, s'amplifient et flamboient jusqu'à l'orgasme plaintif. Jamais retrouvailles ne furent si éprouvantes ; son myocarde, submergé, est au bord d'imploser.

***
Ils avaient rejoint un taxi, lorsque ivres de leurs étreintes charnelles, ils sentirent glisser sur eux la brise glacée londonienne. Quelques silences, jamais incommodants, s'immisçaient entre deux palabres comme ils toisaient le paysage dantesque de la ville. A cette heure où le soleil miroite paresseusement ses premiers rayons orangés, Londres paraissait apaisée et sereine – à l'instar des amants rejoignant le cocon familial de Cassandra. Lust n'avait plus en tête tous ces protocoles bienséants ; il ne s'interrogeait plus sur le bonheur plausible de Cassandra. L'égoïsme était bien plus aisé, et l'amant se sentait soudain soulager de pouvoir l'aimer avec la démesure de ses envies.

Lorsqu'enfin arrivés aux portes de la petite maison de banlieue, Lust – dont l'ivresse s'était dissipée sous l'ardeur de leur union – tendit quelques billets au chauffeur avant de lui souffler d'attendre quelques instants. Il raccompagna Cassandra sur le perron, ne résista guère à l'envie d'apposer sur elle ses mains franches et pleines, puis pénétra avec elle le couloir sombre. Quelques pas le menèrent au salon, où la silhouette endormie de Rose se découpait en ombres chinoises. « Je vais la ramener. » souffla-t-il, entre l'envie de prendre soin de sa mère de cœur et le désir inassouvi d'occuper plus encore le lit de Cassandra. « Oh, vous voilà ! » Une voix ensuquée par le sommeil, d'un timbre éraillé par la vieillesse, s'éleva doucement dans la pièce. Rose s'était éveillée et, guillerette et fraîche malgré sa beauté fanée, coula son regard maternel sur Cassandra. Ne tarissant pas d'éloges sur la petite Eydis ; sa curiosité, son éveil comme son intelligence. Se levant pour mieux pincer les jours de Lust, et de lui demander de faire quelques enfants de la même stature : « Quand est-ce que tu t'y mets ? » « Viens on rentre. Il est presque 7h, tu dois être exténuée. » Il ignora la remarque, l'encaissa par un mutisme exemplaire. Mais Rose désapprouva l'invitation avec la plus grande élégance : « Je suis vieille, pas grabataire. Je peux rentrer dans un taxi toute seule, ne t'en fais pas pour moi. » « Ok » La réponse impatiente de Lust passa outre les bonnes manières, s'imposant de ce fait pour la nuit auprès de Cassandra. Quoiqu'il lui jeta un bref coup d'oeil lorsque, conscient de sa désinvolture, il préféra s'assurer que sa présence ne l'offusquait guère.

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Ghosts of the past
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