Retrouvailles + Elena

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Kieran Walsh
MessageSujet: Retrouvailles + Elena    Dim 14 Jan - 0:02

Ses oreilles ne trainent pas. Il entend tout, pas parce qu’il essaye de capter les informations, mais parce que ceux qui fréquentent son bar font en sorte que ce soit le cas. Il sait exactement ce qui va se passer ce soir, et il n’a rien droit de dire – quoi que, il sait qu’il va se passer quelque chose, mais il ne sait pas où. Sans doute les Mangemorts font-ils exprès de lui donner des informations brèves et incomplètes, pour limiter son action éventuelle, pour attiser ses angoisses, ses remords, et son sentiment d’injustice. Il ne peut rien faire, il est privé de ses droits à réagir. Il a simplement le droit d’enfermer sa fille dans sa chambre et de lui interdire de sortir où que ce soit pour rejoindre qui que ce soit. Elle commencera la nouvelle année en colère contre lui, mais c’est moins difficile que de la savoir au milieu d’une attaque planifiée de Mangemorts. Il a demandé à sa mère de rester dans la maison, de surveiller. La seule chose qui le réconforte, c’est que Bree est trop jeune pour utiliser la magie en dehors de Poudlard et qu’Isabella est la meilleure gardienne de tous les temps. Sa mère a un instinct du tonnerre et une capacité assez phénoménale à compliquer la vie de ceux qui veulent se jouer d’elle. Le bar est désert, ce soir, hormis pour quelques habitués qui s’installent sur les tables du fond. Il sert les bières entre deux cigarettes et essuie le bar en bois lustré. Il pense à tous ces jeunes qui assistent à une soirée censée demeurer sympathique, et qui vont finir agressés, menacés. Affectés, sans aucun doute. Ca lui semble tellement injuste. Il voudrait pouvoir faire le nécessaire, aller prévenir les jeunes de ce qui arrive – mais malheureusement, il reste là, debout dans son bar, à nettoyer les verres et les plans de travail. S’il agit autrement, c’est sa famille qu’on lui prendra. C’est Bree qui souffrira, qui se sentira menacée. Kieran ignore si Selwyn pourrait tuer sa propre nièce – mais la violence qui habite les yeux du frère d’Elena ne lui laisse rien présager de bon. Il le sait, ça fait des années maintenant qu’il est à sa botte, silencieux, discret. Effacé. L’ombre de lui-même. Et puis, de toute façon, qui irait-il prévenir ? La première partie de la soirée se déroule chez les Malfoy mais Walsh imagine difficilement comment une quelconque attaque pourrait avoir lieu là-bas.

Une fois les verres propres et le bar lustré, il recule jusqu’à heurter le plan de travail, derrière lui, et glisse une cigarette entre ses lèvres qu’il allume sans ménagement. Derrière lui, un morceau de musique moldu résonne sur un vieux tourne-disque. Le bar presque désert l’apaise un peu, malgré la tempête de remords et de regrets qui agite son cœur. Ce soir, au moins, personne ne risque de venir l’embêter. Ce soir, pour une fois, il peut être le propriétaire d’un pub sans histoire. Celui qu’il voulait être ; celui qu’il aurait dû être. Kieran a l’impression parfois de payer bien cher ses erreurs de jeunesse. Mais même comme ça, il ne peut se résoudre à qualifier d’Elena ou Brianna d’erreurs. Elles n’en sont ni l’une, ni l’autre. La douleur d’avoir été quitté, comme ça, du jour au lendemain, passé à tabac, puis abandonné, est encore vive, mais Kieran ne regrette rien, et certainement pas la jeune fille qui est en train de jouer aux cartes avec sa grand-mère dans leur maison excentrée. Kieran fume sa cigarette, les yeux rivés sur la porte. Sans savoir pourquoi, il est hypnotisé par les battants en bois qui s’agitent à cause du vent. La fumée de sa cigarette lui couvre la vue par moments, en s’échappant vers le plafond, et sa tête est si lourde que ses yeux pourraient se fermer. Cela fait des années qu’il ne dort plus, ou en tout cas, plus correctement.

Et puis tout à coup, dans un mouvement, dans un instant, dans une seconde de ce qui semble être de la pure folie, une silhouette connue se dessine, loin, derrière les carreaux de verre des portes en bois. Il y a les cheveux blonds et la taille fille. Sans doute est-il en train d’halluciner, ça lui arrive assez souvent d’ailleurs. Il la voit dans les endroits où il se déplace, il la croise dans un couloir. La seule fois où c’était réel, il l’a su car son image n’a disparu que quand elle a tourné les talons pour partir, sur le quai de la gare. Le reste du temps, son reflet s’évapore après quelques secondes, et laisse l’absence engourdir son cœur qui n’est plus capable de ressentir grand chose.

Mais le reflet ne disparaît pas. Il se redresse, écrase sa cigarette par terre – il nettoiera plus tard. Peut être perd-il l’esprit, après tout ce temps ? La folie a peut-être gagné. La douleur a remplacé son bon sens par des hallucinations. Il contourne le bar et s’approche de la porte sans détacher son regard de la silhouette. Il fait signe à sa serveuse de prendre le relai et pousse la porte, le cœur battant, l’esprit agité. Ca ne peut pas… Ce n’est pas…

C’est elle. Elle est là, debout, à quelques mètres de l’entrée, toujours aussi blonde, toujours aussi belle. Elle n’est pas de dos, cette fois. Elle est presque à portée de main. Il ne saura si elle est réelle que s’il s’approche, que s’il fait l’effort des pas. Mais il n’est pas sûr d’en être capable. Il est planté là, devant son pub, aux yeux de tous, et il la fixe, incapable de détourner son regard d’elle. Sa main, tremblante, attrape une nouvelle cigarette qu’il allume sans tarder. Il faut qu’il marche, qu’il comble la distance. Il est immobile, pourtant, comme si ses pieds s’étaient implantés dans le sol et qu’il ne pouvait plus les lever. Peut être qu’il perd vraiment la tête – que ferait-elle là, de toute façon ? Les secondes passent, et elle reste là. Alors il inspire, alors, il avance, un peu, doucement, comme si le temps s’étirait. Elle est en robe de soirée. Elle doit venir de chez les Malfoy – il ne voit pas d’autre explication, et puis, tout ça est logique, mais ça ne veut pas dire qu’il ne rêve pas. Il a déjà rêvé tellement de fois. Tellement fois, déjà, il est sorti de son bar pour courir après un fantôme. Mais ce soir, là, maintenant…

« Est-ce que tu… » Il s’interrompt, tousse. Regarde le sol quelques instants, sa cigarette entre les doigts, sa main libre sur sa tempe. « Tu vas mourir de froid », il lance, d’une voix tremblante, calme mais tremblante, parce que ça fait tellement longtemps, parce qu’il a trop de choses à dire pour n’en dire qu’une, parce qu’il ne sait pas quoi faire d’autre, pas quoi dire d’autre.

Parce qu’après plus de 10 ans, il a perdu leurs habitudes, même s’il n’a pas perdu leurs souvenirs.


† And if you whisper like that...  if you want me like this, and if you need me like that, it was dead long ago but it's all coming back to me, it's so hard to resist and it's all coming back to me, I can barely recall and it's all coming back to me now
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Elena Yaxley
MessageSujet: Re: Retrouvailles + Elena    Lun 15 Jan - 1:08

La journée avait pourtant si bien commencé. Elena avait choisi une robe qui soulignait à merveille ses atouts tout en dissimulant les petits détails moins avantageux. Elle était prête à se mêler au monde, ravie de la moindre excuse pour quitter les grands murs froids du manoir. C’était même la première fois depuis septembre qu’elle n’avait pas pensé à eux. S’entrainant à perfectionner ses faux sourires devant la glace, elle avait prévu toutes les piques aussi mielleuses que cinglantes qu’elle pourrait innocemment lancer à Dolohov. Seule désobéissance à son frère que l’ancienne serpentard s’autorisait. L’idée d’un bon verre d’hydromel ne la dégoûtait pas non plus.
Cependant, son mari était venu lui parler quelques heures avant la soirée, «Je ne rentrerai pas avec toi ce soir.» Ce soir était un grand soir il lui avait dit, sous-entendant avec forte emphase que les mangemorts allaient passer à l’action. Corban n’avait dit un mot de plus avant de les transplaner jusqu’au Ministère où il l’avait baladée à droite à gauche tel un trophée. Seul Salazar savait ce qui lui était passé par la tête pour divulguer une si importante information. Car son mari n’avait jamais appris pour son écart. En ça son frère l’avait bien protégé en effet. Elena en aurait grogné d’ironie si ce n’était pas impropre à une lady. Finalement le verre d’hydromel était devenu deux, puis trois, et puis elle n’avait plus compté.
Depuis ces quelques mots assassins, Elena n’était plus que l’ombre d’elle même. Une tempête faisait rage dans son âme.  Emportant sur son passage chaque petit mensonge qui constituait sa vie.  Entourée de mangemorts et de leur possibles victimes, elle se dégoûtait, comme si elle se réveillait pour la première fois après dix ans. Mais c’était la rencontre avec Andromeda Tonks - et avec l’alcool - qui l’avait décidée. Ou plutôt poussée comme une force invisible.  

Et elle se trouve là maintenant, immobile devant ce bar aussi familier qu’étranger. Le vent s’engouffre dans sa robe bien trop légère pour la saison. Ses cheveux blonds, enfin lâchés, lui fouettent le visage. Elle ne sait pas ce qu’elle fait là. Ne veut pas se poser de questions, après toutes ces années à se persuader, à mentir aux autres et à elle-même. Elena agit et ne réfléchit pas ce soir, en transplanant, ses pensées l’ont emmenées jusqu’ici. Trahie par son propre cœur, ce cœur gelé qui semble battre à nouveau depuis King’s Cross. Depuis ce regard sur son dos. Depuis cette rencontre ratée qui n’en n’était peut-être pas une. Un simple fragment de son imagination ?  Pourtant, Elena ne pense à rien d’autre, qu’à sa fille, qu’à son homme, si tant est qu’elle peut encore l’appeler comme ça après dix ans d’absence et de silence.

Est-ce qu’il y a un mot pour les amantes qui partent et ne reviennent pas ?

De sa main tremblante, Elena triture le pendentif en forme de myosotis qui réside autour de son cou, le caressant au rythme de la porte du bar qui s’ouvre et se referme. Ce simple geste la rassure face à l’impossible qu’elle s’apprête à commettre. Et s’il y a un soir pour être fou, c’est peut-être bien maintenant, pendant que le monde s’écroule et que les enfers se déchaînent ailleurs et dans son cœur.
Elle devrait rentrer à l’intérieur, quitte à sacrifier tout ce qu’elle a construit. Mais une barrière l’en empêche, sa propre peur qui la ronge. Toujours cette peur, cette faiblesse qui a ruiné sa vie une première fois et qui semble prête à remporter la bataille. Elle devrait repartir, son frère n’en saura rien, personne à part elle n’en saura rien. Mais des secrets Elena en a trop, et ils semblent la maintenir sur place.
Elle veut juste être rassurée, se dit-elle, s’assurer que Brianna est en sécurité. Que lui aussi. Elle veut juste revoir son visage, de loin, ses beaux yeux. Elle ne demande même pas à lui parler. Elle ne mérite pas ça et Elena sait bien qu’il ne veut pas la revoir. Elle l’a abandonné sans aucune explication, elle lui a brisé sa vie et son rêve et il doit maintenant laver le sol que piétinent son immonde frère et ses amis.

Juste le voir. Ces quelques mots comme une prière.  Et le voilà. Derrière la porte puis devant. Il est si près, il est si beau. Il n’a pas changé, si ce n’est son regard. Il s’avance, il pourrait presque la toucher et elle se laisserait faire ... peut-être. Sauf qu’il n’en fait rien et allume une cigarette. Le vent lui apporte les relents des souvenirs passés. Un fragment de tabac, une touche de firewhisky, le parfum de sa peau. C’est plus qu’Elena ne peut supporter, c’est plus qu’elle ne mérite.

Et puis sa voix, grave, rauque même lui parvient et son palpitant n’a jamais autant résonné dans ses oreilles. Non elle n’a pas froid, malgré ses bras nus, et le peu de tissu qui la couvre. Elena n’a pas eu aussi chaud depuis tant d’années, sa tête tourne. Elle fait non de la tête, à court de mots ou plutôt parce que trop de mots. Qui se mélangent, tourbillonnent, car tout s’emmêle et s’embrouille dans son esprit aviné.
Pourquoi n’est il pas énervé ? Pourquoi il ne la secoue pas, pourquoi il ne la touche pas, pourquoi il est là, pourquoi elle est là. Pourquoi, pourquoi, pourquoi... Elle fait un pas, puis recule et avance à nouveau. Elle est si proche maintenant. Pendant un instant c’est comme si le temps ne s’était pas écoulé ; Elena se revoit, jeune et innocente, naïve de penser qu’ils pourraient partager leur vie. Elle s’approche encore, veut l’atteindre. Chaque pas vers lui et une année qui s’efface.
Mais c’est une douce et amère illusion. Et quand Elena se trouve presque collée à lui, la réalité la rattrape. Comme toujours.
«Comment elle va ? » C’est pour cela qu’elle est revenue, pour s’assurer que sa fille va bien, qu’elle est à l’abri. C’est tout. Si douée pour se convaincre que ça en devient presque un art. « C’est sans doute un peu tard pour demander ça. » Murmure-t-elle après. « J’ai un peu froid .. Tout compte fait. » La réalité l’ayant rattrapé, le froid aussi, et des frissons la parcourt de part en part tandis qu’Elena recule. Elle n’est plus habituée aux vagues d’émotions qui la traversent, Et c’est la pire des réalisations : Son cœur n’est pas gelé, brisé ou cadenassé. Elle l’avait juste laissé là, avec lui. « Qu’est-ce que je suis en train de faire Kir’ ?  »
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Kieran Walsh
MessageSujet: Re: Retrouvailles + Elena    Lun 15 Jan - 22:46

Voilà que se sont écoulées dix années. Dix années passées à tenter de lutter, d’oublier, de passer à autre chose. Dix années de colère, de déni, de tristesse, gaspillées à se lever le matin pour aller travailler dans un endroit qui ne lui ressemble pas, qu’il ne reconnaît pas. Un jour, Isabella l’a regardé avec tristesse. Elle était installée dans leur salon – il dit leur salon, parce qu’au fil des années, sa mère s’est définitivement installée avec lui, avec eux, pour veiller sur eux, pour dédier le restant de ses jours à son fils meurtri – et elle le regardait de ses grands yeux tristes, une expression presque indéchiffrable collée au visage. Elle a regardé son fils comme pour percer son âme, et ce seul regard a suffi à Kieran pour comprendre ce qu’elle voulait dire. Isabella aussi, est en colère. En colère contre Elena, mais surtout contre son propre fils. Elle est en colère parce qu’elle se souvient très bien de toutes ces années passées à rabâcher à Kieran qu’il ferait mieux de se tenir à distance de la jeune Selwyn. Tous ces moments où sa voix est montée, où elle a tenté de sauver l’âme de son enfant. Kieran comprend, il ferait pareil avec Bree si la situation venait à se présenter. S’il pouvait, oui, il l’écarterait. Il lui interdirait de fréquenter un fils de Mangemort. Il lui expliquerait toute la douleur qui en découle, toute la déception qui en est la conséquence directe. Isabella a raison, même si elle tait ses constats et les laisse plutôt transparaître dans ses yeux brillants. Il a gâché sa vie en tombant amoureux d’Elena. Ce n’est pas de sa faute, à elle. Ce n’est pas de la faute d’Isabella, non plus. C’est la sienne. Et le prix à payer, maintenant qu’il observe sa vie avec le recul de l’âge adulte, des années qui passent, est bien trop élevé.

Dix années, donc, qu’il n’a pas revu son visage, ou alors de biais, à la volée, dans la gare de King’s Cross. Elle n’a pas changé – ou plutôt, elle n’a pas vieilli. En réalité, ses traits ont changé. Ils se sont durcis. Elle a l’air plus froide, plus distante, plus sérieuse – et encore, il devine que ça pourrait être pire. Que ce soir, si elle est là, c’est que certaines défenses se sont abaissées, déjà. Il parvient difficilement à trouver ses mots. Il sait qu’il devrait être en colère, surement. Crier, sans doute, exprimer sa frustration, son incompréhension, la secouer, lui hurler dessus d’oser se présenter devant lui après toutes ces années. Mais il n’en fait rien. Son cœur bat un peu plus vite dans sa cage thoracique que la normale, et il a un peu chaud. Mais en dehors de ça, il ne bouge pas. Il est presque ailleurs, comme si ce moment n’existait pas vraiment. Qu’il était dans son imaginaire. Ce qui pourrait, vraiment, être le cas.

« Brianna va bien », il finit par répondre, d’une voix grave, rauque, cassée par la surprise, la fatigue, la tristesse peut être aussi. Il sait à quoi elle fait référence, et se demande si c’est la seule raison qui la pousse à venir ici, ce soir. « Elle est en sécurité ». Il hausse une épaule et tire à nouveau sur sa cigarette, déjà si consumée. Il a envie d’un verre, d’une autre cigarette. De transplaner loin d’ici. Est-ce que vraiment rien n’a changé dans son cœur depuis toutes ces années ? Si, sans doute un peu. Sans doute. « Chez moi, avec ma mère, » il poursuit, infiniment lentement. Il s’agace un peu, et finit par jeter le résidu de sa cigarette dans le sol terreux. Elle a froid, finalement, et ça ne l’étonne pas. Un vent presque glacial souffle et les enveloppe, faisant voler ses cheveux blonds, faisant parvenir son parfum jusqu’à ses narines. Elle s’est approchée, avant de parler, et elle est tellement de proche qu’il lui suffirait d’un mouvement pour voler ses lèvres, pour toucher sa peau, pour caresser sa hanche, prendre sa main. Pour faire n’importe quoi qui réduirait en cendres les quelques centimètres et les longues années entières qui les séparent. Lentement, ses mains libres s’abaissent, et il retire sa propre veste. Il esquisse à peine un mouvement quand il la glisse autour de ses épaules frêles, attrapant le col de ses deux mains pour l’encadrer et placer le vêtement correctement. « Tu n’aurais pas dû sortir comme ça », il murmure maintenant, parce que sa voix lui manque pour de bon. Il profite de ce geste infiniment dérisoire pour l’observer, pour détailler la fine ligne tracée par ses clavicules, sa mâchoire délicate, ses lèvres mises en valeur, et ses yeux bleus. Ses jolis yeux bleus. Il la voit maintenant qu’il l’observe, la tristesse dans ses yeux. Il ferme les siens parce qu’il ne veut pas qu’elle y lise. Il ne veut pas qu’elle y voit la tristesse et les nuits de solitude. Il soupire. Il est incapable d’analyser ses propres ressentis. Est-ce qu’il voudrait l’embrasser, la prendre dans ses bras, la repousser ? Il n’en n’a pas la moindre idée. Quand il rouvre les yeux, c’est parce qu’elle l’interroge ; mais il n’a pas de réponse à lui donner. Il ne sait pas ce qu’elle fait, ce qu’elle veut, à quoi elle joue. Il sait juste que c’est la soirée idéale pour une folie pareille. Que ne s’en présentera peut être plus jamais une.

« Je ne sais pas ». Il recule un peu et soupire. Tire une autre cigarette de sa poche, seul moyen de concentrer sa nervosité palpable. « Tu prends un whisky ? » lui demande-t-il en penchant un peu la tête. « Il fait plus chaud à l’intérieur ». Le feu crépite, allume la cigarette qu’il tient entre ses lèvres. C’est lui qui a froid, maintenant, à céder sa veste comme un idiot. Il fait un signe de tête et tourne les talons pour se diriger vers la porte. Elle va fuir, sans doute. Disparaître. Il ne s’attend pas à ce qu’elle le suive vraiment, et pourtant, quand il arrive à hauteur de la porte, il ne peut s’empêcher de se tourner pour voir si elle est toujours là. « Je vais pas te manger, Elena, viens. On a au moins une heure devant nous. Une heure et tu pourras y retourner. Une heure pour les dix dernières années. » Sa voix n’est pas teintée de reproches. Il ne l’agresse pas ; en réalité, il supplie presque.

Une heure pour tenir les dix prochaines année.


† And if you whisper like that...  if you want me like this, and if you need me like that, it was dead long ago but it's all coming back to me, it's so hard to resist and it's all coming back to me, I can barely recall and it's all coming back to me now
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Elena Yaxley
MessageSujet: Re: Retrouvailles + Elena    Mer 17 Jan - 0:58

Brianna va bien, elle est en sécurité. Elena respire un peu plus librement, un poids s’envole de ses épaules. Pourtant, elle ne part pas. Ne fait même pas mine de bouger. Parce qu’au final, elle n’est pas venue pour sa fille. Elle le sait qu’il la protège, bien plus qu’elle n’en sera jamais capable. Et cette idée l’attriste. Qu’est-ce qu’il y a de pire pour une mère que de ne pouvoir être là pour sa fille ? Sa mort, se persuade-t-elle. Sinon tout cela n’aurait été qu’un vain sacrifice.
Non. Elle est là ce soir à cause du pincement qu’elle ressent quand il prononce «chez moi» alors que ça aurait pu être chez eux. Et de la voix inquiète qu'il prend pour parler de sa tenue. « Je n'ai pas pris le temps de me changer. J'aime faire mes entrées. » Ironise-t-elle pour mettre de la distance, pour garder toute contenance et ne pas fondre dans ses bras. Je voulais tellement te voir, elle veut dire.
Et lorsqu’il fait un geste, elle ferme les yeux, par peur qu’il la repousse, qu’il la rejette. Ou peut-être que c’est ce qu’elle recherche, autre chose que sa tristesse silencieuse qui sonne comme une résignation. A la place, il y a le frôlement de ses doigts et la chaleur de sa veste qu’il pose délicatement sur ses épaules. Les yeux d’Elena s’ouvrent à nouveau et ce qu’elle voit dans son regard la brise presque. Il est si près tandis qu’il remonte le col, elle ne s’est jamais sentie autant en sécurité ... et en danger. Alors, ce simple geste, presque innocent, la plonge dans ses souvenirs, leurs souvenirs.

Il faisait nuit, il faisait noir. Il y avait lui et elle, à Poudlard. Elle, Dans une de ses robes : avec le noeud pour souligner la taille et l’outrageux décolleté. Ils étaient seuls, Kieran avait déposé sa veste sur ses épaules, nonchalant et, comme si de rien n’était, l’avait presque enlacée en l’attrapant par le col. C’était ce soir là qu’elle avait senti pour la première fois, les frissons, les battements rapides de son corps et la peur aussi de ce que cela voulait dire. C’était plus simple à l’époque car rien ne s’était encore passé, et rien ne se passerait ce soir là. Ni le suivant, ni les autres. Jusqu’à ce qu’elle craque, jusqu’à ce qu’elle ose.
Aujourd’hui c’est différent, ce qu’elle ressent, c’est plus puissant parce que ça fait si longtemps. Mais il n’y a plus l’espoir d’autrefois. Il n'y a que le désespoir de ce soir.

C’est quand les yeux de Kieran se ferment qu’elle a presque l’instinct - un résidu de leur relation passée - de porter ses mains à ses joues, de se mettre sur la pointe des pieds et de coller leur front l’un contre l’autre. Mais le moment passe déjà et il est de dos, l’invitant dans son bar. Elena hésite, elle sent encore les Doloris comme des milliers d’aiguilles plantées sur tout son corps. Sauf que c’est peut-être ce soir ou jamais, que le son de sa voix lorsqu’il parle des dix années passées pourrait la faire pleurer et qu’elle pensait ne jamais entendre à nouveau son nom prononcé de ce ton chaud et froid qui la fait trembler. Elle lui doit bien ça, elle leur doit bien ça. Ses talons claquent sur la pierre tandis qu’elle s’avance et qu’elle rentre dans le pub.

Elle fait quelques pas, heureusement un soir de nouvel an les gens désertent les bars, mais il y a une serveuse qui l’observe étrangement. Ou bien c’est Elena qui devient paranoïaque après tout ce temps enfermée avec des gens qui la tueraient si elle partageait le fond de sa pensée. Elle ne se sent pas à sa place, dans sa robe noire, sur ses hauts talons, et utilise la veste prêtée comme un bouclier, la serrant contre elle alors qu’elle n’en n’a plus besoin. Elle va jusqu’à pencher la tête de côté pour sentir le col, pour un écho de son odeur, pour imaginer que ce sont ses bras autour de ses épaules. Il fait chaud à l’intérieur et la musique qui passe est à l’opposée de ce que la blonde ressent. Après un temps, à reprendre ses marques, Elena se pose au bar un peu à l’écart, elle se tourne vers lui, oublie qu’ils ne sont pas tout seul, que c’est peut-être dangereux. Mais après tout, les mangemorts ne seront pas là ce soir. Trop occupés à accomplir leur détestable "mission". « Alors ce whisky ? Make it a double. » Une main sur la hanche, la tête de côté avec un petit sourire. Bien qu’il n’atteigne pas ses yeux. Bien que son cœur a plutôt envie de crier, de briser des verres.  « Et .. une cigarette ? » Un aveu, car Elena ne fumait pas avant, mais de nombreuses choses ont changées. Là revoilà à jouer avec son pendentif. A se demander ce qui a changé chez lui, ce qu’elle lui a pris. Toutes ces questions qu’elle aimerait lui poser : A quoi ressemble Brianna ? Comment fait-il pour survivre ? Que son frère et Dolohov lui ont-ils fait ? Lui en veut-il ? Et bien d’autres encore auxquelles Elena refuse de songer car ce n’est pas sa place. Elle l’a perdue quand elle est partie, sans se retourner, quand elle les a abandonnés après avoir échoué. La phrase d’Andromeda résonne dans sa tête Personne ne regrette d'être libre. Les regrets, Elena ne connait que ça. Et la liberté est un concept trop éloigné pour Lady Yaxley.

Elle attrape son verre de whisky d’une main et le vide en deux gorgées. Du courage. Même si elle a bien trop bu à la soirée, ce n’est pas assez pour ce qu’elle veut lui dire. Pour tout ça, elle doit calmer ses nerfs. Sa main tremble et son cœur s’agite. Encore. Elle se ressert un deuxième verre qui suit le premier, lui réchauffe la gorge alors qu’elle plisse les yeux, moins habituée à ces alcools forts depuis qu’elle "profite" des soirées mondaines.  Elena se rapproche de Kieran, la distance lui est intolérable après toutes ces années. Elle prend un temps pour le regarder, pour mémoriser chaque détails, les petites cernes sous ses yeux, sa mâchoire carrée qu’elle a si souvent embrassée, ses yeux qui lui rappellent le ciel après l’orage. Elle ne sait pas quand ou si elle aura une autre chance.
Sa main se lève dans un geste d’impuissance alors que les larmes affluent, sans déborder. Elena aurait pu garder la tête froide, mais elle ne serait alors pas venue. Emprisonnée par ses doutes, ses angoisses, et sa fierté aussi.  « Je suis désolée Kir’. Pour le bar, pour Brianna, pour toi, pour ... nous. » Elena ne s'en rend pas compte, mais sa main s'est déposée sur le bras de l'irlandais qu'elle caresse inconsciemment comme son collier quelques secondes plus tôt. Elle attend les cris, la haine. Tout sauf l'indifférence. et ses lèvres de trembler, et ses dents de les mordiller pour les en empêcher.

C’est tout ce qu’elle peut dire. C’est tout ce qui compte. Et c’est pourtant loin d’être suffisant.
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Kieran Walsh
MessageSujet: Re: Retrouvailles + Elena    Jeu 18 Jan - 22:54

Il a rêvé de ce moment à de nombreuses reprises, Kieran. Il a imaginé leurs retrouvailles, les yeux rivés sur le plafond de sa chambre, une cigarette aux lèvres dont les cendres virevoltaient autour de lui. Il y a pensé quand il bordait Brianna, quand il la déposait sur le quai de la gare, à King’s Cross, pour la laisser s’enfuir vers Poudlard, en sécurité, le laissant seul avec sa mère. Il y a songé en ouvrant le bar certains matins, en répondant à Selwyn certains soirs. Kieran a fantasmé ce moment sans jamais pouvoir dire avec certitude comment il se passerait. Autrefois, quand ils étaient ensemble, quand ils se cachaient aux yeux du monde, quand Elena le retrouvait le soir dans la chaleur de ses draps, autrefois, Kieran pouvait affirmer avec certitude la connaître presque par cœur ; de la courbe de ses hanches au dessin de ses lèvres, de sa façon de penser aux moues révélatrices habillant son visage. Mais, même s’il souhaite se convaincre du contraire, Kieran sait qu’elle a changé. Changé par le poids des années, par le poids de son frère, de ses obligations, de ses choix. Elena se tient devant lui mais c’est comme si elle n’était jamais vraiment revenue ; la femme qui est présente ce soir, sans doute, présente quelques traits communs avec la femme qu’il connaissait si bien. Elena ne serait pas venue ce soir si elle n’était pas encore un peu la jeune femme d’autrefois ; Kieran en est persuadé. Quand il repense aux années écoulées, cependant, son cœur se serre. Parce qu’il n’a pas eu assez de dix ans pour se remettre de cette soirée où il a compris. 

Selwyn était entré sans même s’annoncer. Il avait hurlé, si fort que ses cris résonnent encore aujourd’hui aux oreilles de Kieran, priant tout le monde de sortir. Il n’avait pas décidé de laisser de cadavres, ce jour-là, sans doute parce qu’il savait ce qu’il ferait de l’établissement. Kieran se souvient vaguement de la suite ; la douleur est souvenir principal. Physique, bien entendu, mais morale, aussi. Parce qu’en écoutant Selwyn, en écoutant ses menaces et ses affirmations, Kieran a compris qu’Elena ne reviendrait jamais. Parce qu’en vivant ces instants terribles ce soir-là, Kieran a réalisé qu’ils s’étaient trompés en pensant qu’ils pourraient flouer tout le monde. 

Le plus difficile avait sans doute été de ne pas avoir d’adieux. Les explications étaient assez logiques, mais peu formelles. Le deuil avait dû s’opérer sur des présomptions, sur l’ignorance, le doute, la peur, et les blessures n’étaient jamais parvenues à cicatriser. Sur cette absence de contacts et de dernières explications, il avait fallu réfléchir, vite, à comment élever Brianna – que lui dire, qu’occulter ? Un moment, un long moment, plusieurs semaines, peut-être même plusieurs années, Kieran avait songé qu’il vaudrait mieux qu’il abandonne sa fille. Qu’il l’envoie à l’autre bout du monde, aux Etats-Unis, avant que ne se révèlent ses pouvoirs magiques, avant qu’elle ne soit officiellement une Sorcière, convoquée à Poudlard. Elle aurait pu trouver une autre famille, aller dans une autre école, se construire une toute autre vie, et la menace serait partie. Il avait aussi envisagé d’envoyer Isabella – mais sa mère n’aurait jamais accepté de l’abandonner à une mort certaine. Il n’avait jamais eu le courage de mettre son plan à exécution, et à mesure que passaient les années, il était trop tard. Brianna avait fini par recevoir la lettre de Poudlard, non sans avoir mis le feu à quelques tapis, non sans avoir fait léviter quelques-uns des livres qui meublaient sa chambre. Elle était intelligente, jolie comme sa mère. Mais fatalement, au fil des années, alors que son père s’attelait seul à son éducation, elle avait fini par lui ressembler. Par jurer comme lui, par se comporter comme lui, et finalement, par être répartie chez les Serdaigle. Il ne regrette pas de l’avoir gardée près de lui. Il aurait simplement aimé être assez fort pour la protéger, elle, de la vie qui l’attend désormais, maintenant qu’il a choisi pour elle de la garder ici.

La chaleur du pub le réchauffe mais il frissonne un peu. Sort sa baguette pour verrouiller les portes et jeter un sort de protection – et un autre de silence. Pour créer une bulle autour d’eux, même s’ils sont tous occupés à faire autre chose, à prendre des vies, ce soir. Il ne veut rien risquer. Il la laisse s’approcher du bar – et passe de l’autre côté. Lentement, il dépose deux verres vides sur le comptoir et s’autorise un sourire. « Toujours aussi patiente, » il murmure, à moitié tendre, à moitié moqueur. Ca lui fait aussi mal que ça lui fait du bien, de la voir. De retrouver certains traits de caractère. Certains souvenirs qui y sont liés. Il sort la bouteille, verse deux doses de whisky dans son verre qu’il pousse doucement vers elle, puis se sert le sien qu’il laisse simple. Parce qu’il faut qu’il garde l’esprit clair, et que s’il siffle un double maintenant, les verres vont s’enchainer, et lui embrouiller l’esprit. Il ne veut surtout pas avoir l’esprit embrouillé maintenant. Il tire son étui à cigarettes de sa poche et le lui tend, récupérant la sienne de sa main libre. « Tu ne fumais pas, avant », il lance, en penchant légèrement la tête. Il sort un briquet – tout ce qui a de plus moldu, et qui agace d’ailleurs les Mangemorts de son pub au plus haut point – et allume sa cigarette.

Elle descend son verre, puis un autre, et la voilà qui s’approche. Le cœur de Kieran s’emballe quelque peu à cette idée – mais il ne bouge pas. Il la laisse venir jusqu’à lui, silencieux, presque plongé dans ses pensées. Il ne sait pas ce qu’il doit faire, ce soir. Il n’en n’a pas la moindre idée. Cette soirée sonne comme celle des adieux qui aurait dû se tenir 10 ans auparavant, elle sonne comme la fin, le calme avant la tempête. Et en même temps, c’est comme s’il avait vécu ces 10 dernières années juste pour vivre un moment comme ça, un moment pareil. Il est fatigué, fatigué de lutter, chaque jour, contre la détresse et la haine qu’il éprouve quand il pense à ce qu’il est devenu. Kieran se déteste.

Elle le dévisage, et puis il y a son bras qui se dépose sur le sien, et les excuses qu’elle murmure. Il les écoute sans les entendre. Il n’a pas envie de les entendre. Il ne sait pas quoi en faire, Kieran, de ces excuses. Il ignore ce qu’il doit en faire. Il ne sait pas comment y répondre ; il se sent mal à l’aise, il se sent perdu. Son esprit s’échappe, virevolte comme la fumée de sa cigarette. Son instinct premier couvrirait la distance entre eux, glisserait ses lèvres contre sa nuque, enlacerait sa taille pour l’attirer contre lui, pour retrouver le contact, les odeurs, la sensation de la peau frissonnante sous ses lèvres, la respiration haletante. Mais ce n’est pas ça qu’il fait, parce que ce n’est pas ça qu’il faut faire. Ce n’est pas ça qu’elle veut, non plus, sans doute.

« Ne t’excuse pas, Elena » il lance alors, sceptique, las. Sa voix laisse transparaître cet état étrange dans lequel il se trouve, perdu entre réalisme et fantasme. « Je savais ce que je faisais, à l’époque », il ajoute en haussant une épaule. « Et puis, ça ne sert à rien les excuses, à part nous faire perdre notre temps – et on a peu de temps », il précise en haussant une épaule en même temps qu’il tire une nouvelle taffe de sa cigarette. « Pourquoi tu me dis pas plutôt pourquoi tu es venue ? » il demande, en prenant une profonde inspiration. Il repense à la dernière fois qu’il l’a aperçue, sur la gare de King’s Cross, et soupire en même temps qu’il baisse les yeux. « Tu n’as pas un enfant à surveiller, toi aussi ? » Soudain, il a l’air plus sec ; c’est la jalousie qui se fraye un chemin dans son esprit, lui entoure le cœur de barbelés. Pour autant, il ne bouge pas, ne s’échappe pas de son emprise. Il a peur, un peu – peur qu’elle décide de partir. Qu’elle ne donne que les quelques minutes qui se sont déjà écoulées. Il veut voler plus de temps. Alors il dépose à son tour sa main sur son bras, pour la retenir si elle décidait de se dérober. Le temps a fait son œuvre ; les Mangemorts aussi. Kieran ne sait plus comment agir, comment se comporter autour d’Elena. Lentement, sa main libre fouille sa poche intérieure, juste à côté de son étui à cigarettes. Il en tire une photo qu’il lui tend. C’est une photo animée d’une jeune femme – maintenant, elle est une jeune femme – qui rit. Noël dernier, il y a un peu plus d’un an maintenant. Brianna rit toujours beaucoup, elle anime son cœur d’une lueur nouvelle pour quelques heures. Pour quelques jours. Malgré l’inquiétude permanente qu’il lui arrive quelque chose.

« Elle a tous mes défauts », il murmure, à voix basse. « Mais elle a aussi toutes tes qualités. »


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Elena Yaxley
MessageSujet: Re: Retrouvailles + Elena    Jeu 25 Jan - 10:19

Il rejette ses excuses, d’un revers de main, d’un haussement d’épaule. Comme si cela ne servait rien, et sans doute qu’il a raison. A quoi servent ses excuses maintenant, quand tout arrive trop tard, quand ils ne peuvent rien changer à leur vie, à leurs choix. « Tu ne savais pas que ça finirait comme ça. » ajoute-t-elle quand même parce qu’elle se sent un peu vexée, parce qu’il ne s’énerve pas et que tout semble glisser sur lui comme s’il n’était qu’un fantôme. Et elle comprend ça Elena parce que c’est ce qu’elle ressent depuis dix ans, cette froideur, cet engourdissement de l’esprit et du cœur, l’impression de vivre dans un brouillard épais qui n’en finit pas d'alourdir son pas, d'étourdir ses sens. Mais pas ce soir. Ce soir, toutes ses sensations sont décuplées, explosives et font rythmer son cœur comme un orchestre de tambour. Elle tire une bouffée de sa cigarette, le goût la rassurant autant qu’il lui brûle la gorge. Une punition autant qu’une bénédiction. Il lui demande pourquoi elle est là, et elle ne sait que répondre. Tout lui parait trop faux et trop vrai. Elle est là parce qu’elle s’inquiète, parce qu’elle a bu, parce qu’elle a peur, parce qu’elle l’aime peut-être et se déteste sûrement. Parce que voir ce qu’elle aurait pu vivre en plongeant son regard dans les yeux d’Andromeda l’a tant affecté. Parce que c’est un soir de liberté, parce que c’est une finalité. Un peu de tout ça et rien à la fois. « Je m’inquiétais pour Brianna… » Tout en n’étant pas ce qui s’approche le plus de la vérité, c’est la sienne, ce qu’elle croit être vrai. Le plus simple aussi. Mais l’hydromel et le whisky la pousse à continuer, à se rapprocher un peu plus du vrai. « Je ne sais pas. J’ai fermé les yeux pour transplaner jusqu’à chez moi et je me suis retrouvée devant ton bar. »

Étonnée de l'entendre parler de son fils, Elena laisse passer un silence, ne sachant trop comment réagir. « Il dort sans doute dans son lit. » Tout ça avec un détachement digne de la plus indigne des mères. Elle ne veut pas parler d’Aden, et des autres, de tout ce qui n’est pas eux. N'a-t-elle pas le droit d’oublier cette vie qui lui a tout pris ? Juste pour une seconde, juste pour une minute. « Comment sais-tu pour mon fils ? » Elle aurait voulu lui cacher ça, cet enfant qu'elle n'a pas pu empêcher de naître, ayant avalé les concoctions de plantes trop tard. Son frère ou Antonin lui ont-ils parlé d’elle et d’Aden, juste pour le faire souffrir ? Cette idée répugne Elena et un frisson parcourt sa nuque, se répand dans sa colonne vertébrale, attaque ses nerfs. Il pose sa main sur son bras et la chaleur de son geste se mêle à la froideur de son ton. Elena donnerait son royaume pour un instant contre lui, sentir à nouveau son torse dur épouser les formes de son corps, les bras musclés enserrant sa taille, les légers baisers sur son épaule, le nez dans ses cheveux, le souffle contre son oreille. Et les délicieuses contractions de son ventre, de son souffle qui se coupe, cette impression de disparaître en lui, de s’évanouir dans sa peau. Il n’a suffi que d’un simple contact de ses doigts sur ses bras dénudés pour qu’Elena se sente comme une adolescente all over again. Elle en rougirait presque. Mais elle n’est plus cette adolescente, et quoi qu’elle en dise, malgré le feu alcoolisé qui voyage dans son sang, elle n’est plus la même.

Elena n’a jamais pensé à le revoir, à les revoir. S’étant convaincue que tout était pour le mieux, se contentant de quelques nouvelles par Poppy, de ses souvenirs, de ses habitudes. Elle avait tout éloigné. Préférant mettre dans un coin de sa tête cet écart de conduite, cette mésaventure. Tout pour ne pas ressentir le vide qui la dévorait, tout pour ne pas sombrer dans l’alcool, la folie, ou pire, le néant. Quand Kieran lui tend une photo de sa fille, de leur fille. Elle a d’abord le réflexe de la refuser. Elle ne veut pas la voir, a trop peur de se reconnaître en elle, et encore plus de ne pas la reconnaître. Elle est effrayée à l’idée de s’effondrer, Elena, elle ne veut pas que Kieran puisse voir toutes ses faiblesses. Elle le connaît, ou croit le connaître encore et si elle pleure, il va la prendre dans ses bras. Ne serait-ce que pour la rassurer, et il ne veut sans doute pas la toucher, la réconforter après un tel abandon, elle en est certaine. Pourtant il lui tend la photo, elle la prend les mains tremblantes et un soupir de surprise et de ravissement s’échappe de ses lèvres maquillées. Pour ne pas trop montrer à quel point elle tremble, à quel point elle est affectée, Elena pose ses bras sur le bar, cherchant un appui, n’importe lequel. Elle reste silencieuse devant le sourire éclatant de sa fille, devant ses yeux bleutés, savant mélange de ses parents. Une larme silencieuse glisse sur sa joue, c’est toujours mieux qu’un torrent de pleurs, elle ne la remarque même pas, trop hypnotisée par ce sourire. Par les souvenirs presque oubliés, remisés, qui affluent. Ces retrouvailles lui font l’effet d’un plongeon dans une pensine.

Et Elena revoit Brianna, quelques jours à peine après sa naissance, lovée contre ses bras tandis qu’elle la berce, ses yeux encore fermés, une petite touffe de cheveux sur son crâne. Puis à un an quand elle a fait ses premiers pas. Elena a raté beaucoup de choses même à l’époque, mais pas ça. Elle était présente le soir où sa petite princesse s’est redressée maladroitement sur ses petons, a fait deux pas avant de retomber au sol. Ne pleurant pas et retentant tout de suite l’expérience. Ses grands yeux bleus déterminés. Son petit nez plissé par l’action des sourcils froncés.

Ramenée au présent par la remarque de Kieran, un fin sourire sur les lèvres, elle dit « Heureusement qu’elle n’a pas eu tous mes défauts ... » Où trouve-t-elle la force de faire de l’humour se demande-t-elle avant de reprendre comme si cela l’étonnait « Elle me ressemble. » Mais derrière, il y a la tristesse, car le physique est là mais Brianna doit être à des années lumière de ce fantôme qui a fait seulement quelques apparitions dans le spectacle de sa vie. Puis plus rien pendant dix ans. Elena se demande si elle prend la même expression que son père quand elle est énervée. Une froideur dans le regard qui n’éteint jamais toute la tendresse qu’il y a dans son cœur. Si elle a le même rire silencieux et les yeux pétillants de malice. En observant la photo, pour se souvenir de tout, elle demande « Comment ça se passe à Poudlard pour elle ? » Elena pour la première fois depuis longtemps, veut tout savoir de sa fille. Ce qu’elle aime, ce qu’elle n’aime pas, ses amis, ses amours. Elle préfèrerait tout apprendre de la bouche de l’intéressée mais ne veut pas espérer l’impossible. Derrière sa question il y a autre chose. Il lui paraît plus simple de parler de cette adolescente qui les lie à jamais, plutôt que de lui et d’elle. Car elle est angoissée à l’idée que plus rien ne les relie excepté cette jeune fille sublime et leurs souvenirs. Mais elle a tout aussi peur du contraire, que les années écoulées n’aient pas tari la flamme qui brûlait pour lui. Et elle ne sait pas laquelle des deux possibilités la terrifie le plus. « Elle a des amis ? Qu'est-ce qu'elle aime ? »

Tandis qu’Elena l’écoute parler de sa fille, de leur fille, sa main se rapproche de la sienne, une part d’elle voudrait entrelacer leurs doigts, se convaincre encore et toujours qu’il est réel, qu’elle est bien là. Une autre veut partir loin, loin de cette folie qui l’a prise, qui la prend. Suspendue entre deux émotions contradictoires, comme toujours quand elle pense à lui. Elena hésite, ses ongles vernis frôlant la paume de Kieran sans se poser, comme une caresse. Une certaine complicité et intimité de corps subsistent et s’expriment malgré eux, malgré les années. D’une toute petite voix, espérant presque qu’il ne l’entende pas, trois petits mots s’évapore dans le bar « Et toi Kir' ? » Et elle le regarde enfin, retenant son souffle. La question qui lui brûlait les lèvres et qu'elle redoutait tout autant s'est échappée et elle ne peut pas la rattraper.

Pourquoi me laisses-tu entrer, que deviens-tu, est-ce que tu vis, est-ce que tu ris ?

Pourquoi tu ne t’es pas battu pour moi ?

C’est injuste de penser ça, elle le sait, elle le sent. C’est elle qui est partie. Mais un pincement dans son cœur existe pourtant, elle a rêvé de ces contes de fées moldus, la princesse enfermée dans sa tour à attendre que le prince charmant vienne la sauver. Mais Elena n’a rien d’une princesse si ce n’est les manières, Kieran n’a rien non plus d'un prince et c'est pour ça qu'elle l'a aimé, l'aime peut-être encore. Et leurs démons sont bien plus dangereux et monstrueux que toutes les sorcières imaginées par les frères Grimm.
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Kieran Walsh
MessageSujet: Re: Retrouvailles + Elena    Lun 5 Fév - 15:26

Elle s’inquiétait pour Brianna.

Un rictus insolent déforme ses lèvres, tout à coup, et Kieran retient de justesse un rire léger mais ironique qui manque de lui échapper. Il ne veut pas se moquer d’elle, il ne veut pas avoir l’air de la rejeter non plus. Mais cette excuse-là, ces quelques mots qui passent ses lèvres dans toute l’insolence qui caractérise Elena, c’est la plus ridicule qu’il ait jamais entendu. Oh il ne doute pas que son instinct maternel a pris un coup quand ils ont été séparés. Il préfère considérer qu’ils l’ont été, plutôt que partir du principe qu’elle est partie, même si ça revient finalement au même. Kieran ne doute pas, donc, qu’Elena se soit déjà inquiétée pour sa fille depuis ces dix dernières années. Mais ce n’est pas ce qui la pousse à venir, et malgré lui, il lui en veut un peu de s’en servir comme excuse. Et puis finalement elle se ravise, et Kieran tire sur sa cigarette et regarde ailleurs quelques instants. Cette explication en demi-teinte lui semble plus plausible – même s’il ne la comprend pas réellement.

Il y a ce désespoir vif qui lui entaille la chair maintenant qu’elle est face à lui. C’est la pression des années qui retombe, c’est le souvenir des mois difficiles qui s’impose. C’est le chantage odieux de gens qui foulent habituellement ce bar, c’est les actes terribles auxquels il doit se soumettre, même quand il n’en n’a pas envie, même quand il se sent fatigué, épuisé. A bout de souffle ou de nerfs. Toutes ces choses qui lui sont renvoyées parce qu’Elena se tient au milieu de la grande salle qui compose son établissement, parce qu’elle fume et boit du bout des lèvres, parce qu’elle est belle et qu’elle parait perdue. Parce qu’encore aujourd’hui, malgré les années et les souvenirs qui périssent lentement, il voudrait pouvoir combler la distance entre eux pour la prendre dans ses bras et pour l’aimer comme il n’a jamais aimé personne d’autre.

Il y a eu des aventures, bien entendu. Des filles d’un soir, après quelques années, de quelques soirs plus tard. Mais Kieran n’a jamais été capable de faire mieux que ça. Il n’a jamais été capable de franchir le cap de plus. Il aurait pu se reconstruire, trouver une mère de substitution à Brianna. Mais à quoi bon ? Pour faire courir un danger conséquent à une âme innocente ? Pour vivre dans le regret, la peur et la culpabilité tous les jours ? Ses fardeaux actuels lui suffisent bien comme ça. Il soupire en avalant une nouvelle gorgée de son whisky et termine – trop vite à son goût – sa cigarette qu’il remplacerait bien volontiers par une autre. Mais il n’en fait rien. Parce qu’il ne parvient pas vraiment à bouger comme il l’entendrait. Parce que cette soirée ressemble à mille songes qu’il a déjà fait. Parce que l’idée de demain tord ses tripes de douleur, aussi, et qu’il ne sait pas finalement si elle a bien fait de venir ou si elle aurait mieux fait de rester chez elle. De le laisser oublier.

« Je l’ai vu. Ton fils, je l’ai vu, un matin de septembre sur le quai de la gare », il lance, tâchant de dissimuler, un peu, l’amertume. Il sait qu’ils sont aussi fautifs l’un que l’autre, et qu’en même temps, ils n’y peuvent pas grand-chose. Qu’aurait-il bien pu faire, face à un Antonin Dolohov déchainé, lui ? Rien, sans doute. Il est fort en duel, se débrouille avec sa baguette, mais de là à prétendre pouvoir s’occuper de Selwyn et sa clique, le chemin est long. « Il ne te ressemble pas », il ajoute, un peu cruel, sans doute. Soulagé, peut-être, que ses yeux clairs ne soient que ceux de Brianna. Définitivement soulagé, sans doute. Visiblement, Elena n’a pas envie d’en parler, cela dit, car à nouveau le sujet dérive sur Bree. Kieran se sent soudainement protecteur. Il appréhende la sortie de sa fille de Poudlard, elle qui est déjà si curieuse, et qui a déjà tant de reproches à formuler. Elle lui en veut, son éducation n’est pas facile. Il aimerait lui apporter des réponses qui ne viennent pas – il ne sait pas quoi lui dire. Plusieurs fois, il a hésité à tout abandonner à ses oreilles attentives, à lui expliquer toute l’histoire. Et puis, les yeux sombres d’Isabella l’ont ramené à la réalité, et son instinct aussi. Il a songé au danger, à ce que sa fille, aventurière et difficilement effrayée, ferait si elle savait. Et il a renoncé. « Elle va bien. Elle est très curieuse – et trop têtue, sans doute. Elle n’arrête pas de me demander qui tu es, et où tu es, et pourquoi on n’est pas ensemble », il marmonne en reprenant son verre pour avaler la gorgée du combattant courageux qu’il n’est plus. « Elle finira par découvrir la vérité, je ne vais pas pouvoir la dissimuler beaucoup plus longtemps. Ton frère m’a déjà indiqué qu’il ne se priverait pas pour lui faire quelques révélations si elle croisait sa route », il ajoute dans un soupir. C’est égoïste, de l’inquiéter un peu, sans doute. Mais parfois, dans les moments de doute ou de disputes, Kieran aimerait qu’Elena soit là ne serait-ce que pour prendre une décision. Pour trancher un problème, sécher des larmes, donner des réponses, ouvrir ses bras. Lui, il n’a pas l’impression d’être suffisant – et malgré tout l’amour qu’il porte à sa fille, il n’a pas l’impression d’être vraiment un bon père non plus. Pas de ceux auxquels on peut se confier, en tout cas. « Elle a été répartie chez les Serdaigle, comme moi. C’est une gamine intelligente et rusée, si tu veux mon avis – je crois que l’injustice l’horrifie, qu’elle déteste les Serpentards et qu’elle est prête à tout pour défendre l’honneur des gens comme… comme moi », il conclut d’un hausse d’épaule.

Finalement, il rallume une cigarette.

« Je crois qu’elle est très bien entourée, oui », il répond finalement, la fumée s’envolant autour de lui. Pas par ses parents – mais par ses amis. Il y a cette main qui vient effleurer la sienne, les ongles qui effleurent sa peau, la caresse presque imperceptible de ses doigts, et l’espace de quelques secondes, quelques infimes secondes, Kieran perd pied. Il arrête d’être là, il est ramené en arrière, des années auparavant, quand il était encore naïf, quand il pensait qu’ils s’en sortiraient tous. Il se souvient de ces temps difficiles mais tellement plus agréables, il se souvient de sa peau de pêche contre la sienne, de son souffle dans son cou, de ses cheveux contre ses épaules nues, au réveil. Il se souvient, le premier baiser, la première fois dans un grand lit défait, le silence intense qui les couvait tous les deux. Il se souvient de son souffle saccadés et des soupirs qui rompent le silence. Il se souvient de l’avoir gardée contre lui suffisamment longtemps pour être bien sûr qu’il n’était pas juste en train de rêver.

Cette main, sur la sienne, c’est à tout ça qu’elle le ramène.

Et puis soudain, il y a sa voix, à peine un murmure, qui le ramène à la réalité.

Ses yeux quittent leurs mains qui s’apprivoisent et se plongent dans ceux d’Elena sans comprendre. Sans parvenir à analyser les mots qui quittent ses lèvres. Elle l’interroge sur lui – mais pour savoir quoi ? Il n’y a rien à dire. Elle sait déjà, sans doute, sans grande surprise, qu’il traine sa carcasse. Qu’il aurait parfois préféré mourir mais qu’il ne peut pas, parce qu’il a une fille et une mère qui a déjà trop souffert. Qu’il est obligé de vivre cette vie, qu’il n’a pas le choix.

« Et moi quoi ? Je gère toujours ce bar. J’ai une clientèle régulière, comme tu dois sans doute le savoir », il murmure d’un haussement d’épaule, sans mettre d’ironie ou de reproches dans sa phrase. Ce ne sont que des constats successifs, dépourvus d’expression. Dépourvus d’émotion – parce qu’il n’a plus l’impression d’en ressentir tellement. « Je fais ce que je peux, mais est-ce que ce n’est pas ce qu’on fait tous ? »il demande en penchant un peu la tête.

Survivre jusqu'à demain.


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Elena Yaxley
MessageSujet: Re: Retrouvailles + Elena    Mar 13 Fév - 11:01

Dans le bar, il y a une odeur de tabac froid, d’alcool fort, mais aussi de nostalgie et de tristesse. Les effets du joint fumé quelques heures plus tôt, semblent s’estomper, et le traître hydromel cogne dans sa tête. Elena remarque ce sourire moqueur lorsqu’elle parle de son inquiétude pour leur fille, il la blesse autant qu’il la fait fondre. Car Kieran ne l’a jamais laissé lui mentir ou se mentir à elle. Il y a certaines choses qui ne changent pas. Mais cette micro réaction lui écorche le cœur aussi car il ne sait pas, à quel point Brianna lui manque jusque dans son comportement avec son fils. Il ne sait pas non plus les mois de cauchemars et d’angoisse qu’elle a subis après sa rencontre avec son frère. Et Kieran ne peut même pas comprendre tout cela, car il a pu rester, il a pu être un père pour leur petite merveille. Lorsqu’elle est partie, c’était comme si on lui arrachait une part d’elle. C’était presque plus ardu que l’idée de ne plus jamais revoir son amant. Au moins tout autant.

Il n’a pas eu non plus à partager sa couche avec un homme qui le débecte, à lui faire un enfant après les nouvelles menaces doucereuses d’Arthur. Elena ne compte plus le nombre de fois où elle s’est retrouvée dans sa baignoire, tremblante et les bras encerclant son corps frêle, sans pouvoir pleurer, sans plus savoir comment faire pour supporter ce corps masculin qu’elle ne désire pas. Avec l’impression d’être salie jusqu’au plus profond de son être. Kieran ne sait pas ce que ça fait de porter pendant neuf mois un être que l’on perçoit comme un parasite, qui n’est pas le fruit d’un union heureux et rempli d’amour mais un objet dans une guerre qui se prépare. Et l’amour qu’elle a ressenti pour ce petit bébé, malgré tout. Cette peur de le perdre lui aussi, le seul être humain qui l’aime encore inconditionnellement et qui lui fait confiance.

Elle hésite à lui dire la vérité, mais se sent étrangement soulagée de le voir se montrer si cruel, presque jaloux. Elle croirait rêver et sans doute qu’elle imagine ce ton piquant et un peu froid qu’il prend lorsqu’il évoque King’s Cross. « Ce ... Ce n’était pas mon fils. » Elena n’en dit pas plus, elle n’est même pas sûre qu’il ait entendu ces paroles chuchotées. Elle ne veut pas lui montrer à quel point elle est devenue dépendante et esclave, à quel point sa propre vie lui échappe. Comment lui avouer que lorsque Yaxley lui a demandé d’accompagner un cousin, elle n’a même pas pu refuser. Ballotée de soirées en mondanités lorsqu’elle n’est pas enfermée dans son Manoir. Aussi grand que vide. Mais lorsqu’il parle de sa fille, un sourire apparaît sur ses lèvres. Sauf qu’une alarme retentit quand il mentionne son frère et ses doigts se resserrent d’une façon tout instinctive sur la main de Kieran. « Il ne faut pas qu’il lui apprenne. Enfin, je veux dire, c’est important qu’elle sache, un jour, sans doute. Mais pas par lui. Il ne peut pas gâcher ça non plus. » Elena secoue la tête vivement et ses boucles blondes lui fouettent la nuque ainsi que le haut de ses épaules dénudées. Elle n’a jamais haï quelqu’un autant que son frère en cet instant. Il n’a pas besoin de faire ça puisqu’il a déjà gagné. Le «déchet» est esclave et écarté, la traîtresse est mariée à un Mangemort, il dispose d’un bar tout parfait pour leurs réunions dégoûtantes. Avouer ses origines à Brianna ne serait que pur sadisme. Pourtant cela ne l’étonne pas tant que ça.

Plus rien ne la surprend depuis ce soir terrible, où elle est rentrée après une journée merveilleuse passée avec Kieran et Brianna, qui n’avait que 5 ans. Où il l’attendait tranquillement sur le grand fauteuil du salon, sa baguette dans la main, une jambe négligemment posée sur l’autre, et un sourire trop doux pour être sincère. Un frisson de dégoût la parcourt de part en part en repensant aux paroles qui ont suivies, au geste de sa main et au sort informulé qui l’a transpercée. Ces milliers de petites aiguilles tranchantes et invisibles, cette impression que sa tête allait exploser, que son cœur allait s’arrêter. Et la réalisation presque aussi affreuse qu’il savait, d’une façon ou d’une autre, et que tout espoir de quitter sa famille était aboli. Et pire encore, que ce petit acte de rébellion lorsqu’elle lui avait dit ne pas vouloir épouser cet inconnu, était précisément ce qui l’avait conduite à sa perte. A leur perte. A leur fin.

Au moins, Brianna ne refera pas l’erreur de ses parents. Elle sera prudente. C’est une Serdaigle, et peut-être que cette révélation l’attriste un peu, car ce n’est qu’un exemple de plus de toute la distance qui les sépare depuis qu’elle est partie. Mais Elena en est heureuse aussi, elle se tient ainsi éloignée des jeunes puristes qui ne sont pas bien mieux que leurs parents. « Elle est forte... Tant mieux. Et bien entourée. » Elle en aura besoin, parce que l’héritage laissé par Kieran et Elena n’est certainement pas le plus doux et le plus simple.

Les yeux de Kieran se plongent dans les siens, et c’est presque trop, tout ce qu’elle peut y voir. Sa tristesse qu’elle ressent également, sa lassitude aussi de tout ce qu’il doit supporter pour l’avoir aimée. Sa colère peut-être de ce qu’elle lui a fait subir, ce qu’elle lui fait subir ce soir en lui imposant sa présence. Toute aussi égoïste qu’elle l’a toujours été. Son esprit s’assombrit. Qu’est-ce qu’il voit dans ses yeux ? Elle se demande, alors qu’une simple larme glisse sur sa joue, jusqu’à sa bouche serrée en une fine ligne. Chaque mot qu’il prononce vient confirmer tout ce qui transparait dans ses yeux bleus si beaux, si vivants malgré l’apathie qu’il ressent. Sa gorge se serre et dans un effort surhumain pour agir comme il faut, rien qu’une fois, elle entrelace leurs doigts une seconde avant de lui lâcher la main, de baisser les yeux, de défroisser les plis de sa robe pour se donner une contenance, n’importe quoi. « Je n’aurais pas dû venir ... Je ... C’était égoïste de ma part de ... t’infliger ça. » Chaque mot lui coûte. Mais qu’est-ce qu’elle pensait après tout ?

Qu’il lui ouvrirait les bras comme auparavant ? Qu’il déposerait un léger baiser sur son front avant de plonger sa tête contre son cou, de la tenir fermement tout contre lui. Pour ne plus qu’elle parte. Jamais ? Foutaises. Est-ce vraiment ce qu’elle souhaite ? Elena se souvient de chaque mouvement de son corps lorsqu’il se trouvait au dessus d’elle, nus tous les deux, dans le confort d’un lit, sur le rebord d’une table. Le roulement de ses épaules en rythme avec le va-et-vient de ses hanches. Les milles expressions de plaisir que pouvait prendre son visage si masculin, si unique, dans ces moments d’intimité.

Pourquoi ressent-elle toutes ces sensations après tant d’années d’engourdissement ? Comment peut elle avoir un frisson rien qu’à l’idée de leur souffle emmêlés, de leurs lèvres entrouvertes, de leur corps enlacés.

Un goût de fer s’insinue dans sa bouche, alors qu’Elena réalise qu’elle s’est mordue la joue. La cigarette abandonnée s’est entièrement consumée, elle pourrait presque entendre le battement de leurs deux cœurs si ce n’était pour le bourdonnement agaçant qui s’est emparé de son esprit. Elle se lève et tangue, ses hauts talons ne la soutiennent pas tout à fait, la lady ne ressemble plus à rien même si ce n’est sans doute pas ça qui la préoccupe le plus à l’instant. Ses mains se ferment en poings le long de son corps si frêle, si pâle. Elle sent déjà les petits croissants de lune que vont laisser ses ongles sur ses paumes. « Je fais tout à l’envers. » Elena garde la tête baissée pour ne pas hésiter, pour ne pas flancher. Si elle regarde n’importe quelle partie du corps de Kieran, elle craquera. Et elle n’a pas le droit. Elle fait quelques pas hésitants, sous sa robe ses jambes tremblent. Il se trouve derrière elle maintenant, peut-être encore assis. Elle doit partir, c’est le mieux à faire pour lui.

Pourtant elle ne peut empêcher les mots de s’envoler dans l’air chaud de l’Augurey. « C’est juste que, j’ai senti ton regard sur moi en septembre ... Je voulais tellement me retourner.. Et depuis ça, je te vois partout, je ne pense qu’à toi et qu’à elle. Ce n’est pas juste ... » Une autre larme suit la première, interrompt sa confession, une main sur son ventre, les yeux fermés. Un autre jour, elle n’aurait jamais avoué tout ça. Mais ce soir, elle ressent dans l’air comme une impression d’irréalité qui la réchauffe, qui la pousse.. Jusqu’à lui, jusqu’à la folie.  

Elle fait un pas encore qui l'éloigne de Kieran, C’était si dur de les fermer à son cœur toutes ces années.

Un autre, Parfois elle aimerait tout oublier.

Un dernier, Retiens moi, s’il te plait.


† When my family thinks hhat I'm safe in my bed, from night until morning, I am stretched at your head. Do you remember the night we were lost in the shade of the blackthorn and the chill of the frost.
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Kieran Walsh
MessageSujet: Re: Retrouvailles + Elena    Ven 2 Mar - 18:52

Ce n'était pas son fils. Voilà la seule explication qu'elle livre, à peine dans un murmure, une esquisse. Il a compris qu'elle en avait un parce qu'elle l'a interrogé, un peu plus tôt. Il a compris qu'elle avait refait sa vie complètement, structurant son tempérament autour d'autres gens, au fur et à mesure des jours et du temps. Il a compris ces choses-là depuis longtemps, en réalité. Quand il y pense, il ne sait pas vraiment ce qu'il ressent ; sans doute un peu de colère, un peu de déception. De profonds regrets qui continuent de danser au fond de son esprit malgré les années qui passent et les souvenirs qui s'oublient dans les verres de whisky et la fumée des cigarettes. Il aurait envie de lui dire ce qu'il a vécu, ce qu'est devenue Brianna, les difficultés qui sont les leurs. Il aurait envie de lui dire qu'il n'est jamais libre, que les Mangemorts rodent toujours autour de son bar, autour de sa maison, autour de sa vie. Peut être même qu'il pourrait lui demander si elle est prête à le voir mourir un jour ; Kieran est presque résigné. Lâchement résigné, comme une souris prise au piège des griffes d'un chat cruel, qui l'aurait laissée suffisamment longtemps en vie pour qu'elle se prenne à espérer s'en sortir indemne. Il sait, presque comme une évidence brutale, imposée à sa chaire et à son esprit, que les Mangemorts finiront sans doute par le tuer. Un matin, Arthur Selwyn se dira qu'au fond, tout le monde peut tenir ce bar à sa place. Il se dira qu'au fond, les promesses murmurées à voix basse à sa soeur désolée il y a des années de ça sont prescrites. Il se dira qu'il est temps de passer à autre chose et il le tuera. Ce jour là, tout sera prêt, au moins, pour sauver la vie de Brianna. Isabella s'en chargera. Elle a juré.

« Je sais », il répond, en écrasant le mégot de sa cigarette dans le cendrier sur le comptoir, quand elle lui parler de Brianna. Encore.  « Arthur ne l'approchera pas. Pas avant que je ne puisse lui expliquer. Mais son esprit est libre et courageux, une fois qu'elle saura la vérité, elle voudra te connaitre. Te rencontrer, toi, en se disant qu'il y a de l'espoir, que tu pourrais être différente de tous les autres. Elle ne comprendra pas pourquoi je t'ai aimée et pourquoi on ne s'aime plus. Elle ne comprendra pas pourquoi on ne s'est pas battus, comme elle se bat aujourd'hui dans les couloirs de Poudlard. » Il maîtrise son sujet. Il y a de nombreuses choses que l'on peut reprocher à Kieran, de nombreux défauts qui étayent son caractère. Mais il connait sa fille, et parfois, il peut anticiper ses réactions. Il se souvient de leurs dernières lettres et il y voit l'indéniable signe qu'elle ne comprendra pas comment sa mère peut être une mangemorte. Ralliée du côté des mauvais. Comme elle ne comprend pas pourquoi il s'entoure de ces gens sombres aux âmes trop noires. « Je ne pourrais pas la retenir pour toujours. Elle est forte, elle est entourée, et un jour,
elle passera outre les conseils de son vieux père pour n'en faire qu'à sa tête, parce que c'est une Walsh, mais aussi parce qu'elle est ta fille
», il murmure, haussant l'épaule pour balayer les contestations éventuelles qu'elle pourrait émettre. Oui, il a élevé Brianna seule, c'est vrai. Oui, elle a passé des années à l'interroger sur sa mère, à quémander des détails. Sans savoir qu'elle portait déjà en elle cet héritage dont elle ignore tout, ces traits de caractère qui la font sortir de ses gonds, son impatience, sa façon de regarder le ciel, de remettre une mèche de ses cheveux en place derrière ses oreilles, sa façon de parler, de se tenir, de se comporter, cette rancoeur tenace, ces manipulations de l'esprit pour parvenir à ses fins.

Il se souvient d'Elena lorsqu'elle n'était qu'une toute jeune femme résolue à céder à ses charmes. Il n'était pas beaucoup plus sûr de lui ; pas au fond de son coeur, en tout cas. A peine plus vieux, à peine plus expérimenté. A peine plus causant. Il se souvient de ses jambes fines autour de sa taille quand il l'a soulevée, la première fois, pour l'emmener jusqu'aux hauteurs rassurantes de sa chambre, dans la maison familiale hantée par les reproches d'Isabella. Il se souvient des murmures étranglés, des ongles glissant sur la peau de son dos, du contact de sa peau nue sur son torse. Il se souvient de la tendresse des caresses, de l'agressivité des baisers. Toutes ces nuances sont gravées à jamais dans son esprit. Il se remémore, aussi, parfois, le doute à peine dissimulé sur le bord du lit, au petit matin, la lumière filtrant par les maigres rideaux directement sur son dos nu. Il se souvient de sa main qui se glisse contre sa peau, remontant jusqu'à la base de sa nuque, glissant contre sa clavicule pour l'arracher à ses pensées et la ramener à lui. Il se souvient des crises, des hurlements, des reproches jetés trop rapidement, des excuses qui suivent, de la douleur des mots. Ils s'en sont dit, parfois, des choses. Des choses qui ne se retireront jamais. Des choses qui demeureront pour toujours dans son esprit fatigué.

Voilà qu'elle se dérobe, chassant les souvenirs d'une voix tremblante, annonçant sa sortie. Kieran ne bouge pas, la regarde se débattre comme si elle était prise au piège. Comme s'il avait organisé tout ça. Elle marche vers la porte et un instant, il pense qu'elle va sortir, et qu'il va la laisser sortir. Parce qu'il ne sait pas comment la retenir sans la rappeler à lui, sans raviver les souvenirs, cruels. Il fixe son dos et le cambré de ses reins quand elle marche jusqu'à la porte et à ce moment là, dans un souffle, d'une voix étranglée, tremblante, hésitante sans doute, elle s'arrête, et elle ouvre la porte ; pas celle du bar pour partir. Elle ouvre la porte du coeur de Kieran qui se remet à battre pour quelques instants futiles. Il se lève, il s'approche. Plus rapide à la rattraper qu'elle à partir.

Sa main glisse pour se loger dans celle d'Elena, leurs doigts se mêlent et il serre, pas trop fort, mais suffisamment pour la retenir, pour qu'elle ne passe pas la porte, pour qu'elle ne ravale pas ses larmes, pour qu'elle ne remballe pas leurs souvenirs. Il la retient, et il la tire, pour qu'elle se retourne, pour qu'elle lui fasse face. Pour que leurs yeux se rencontrent encore ; et il y a sa main libre qui se glisse contre sa joue. Il essuie une larme d'un revers du pouce et il prend une inspiration. Il aimerait être fort. Non. En fait, il aimerait se sentir faible et avoir la force de lutter. Mais il ne se sent pas faible, il se sent bien, pour la première fois depuis des semaines, des mois, des années. Il se sent vivant à nouveau pour quelques instants, peut être une heure - qui sait ?

« Tu ne me fais rien subir - je ne te savais pas si prétentieuse », il murmure, dans un sourire, sans enlever sa main de la sienne. « Tout le malheur du monde n'est pas de ton fait, Elle. Tout le mien non plus. Tu sais combien d'heures ma mère a passé à m'alerter sur les risques de notre histoire ? Tu sais ce qu'ils me disaient tous quand je racontais fièrement qu'un jour,
je volerai ton coeur ? Cette histoire, je me la suis imposée à moi-même. Et ton retour, ce soir, il n'aggrave pas les choses. Il ne les arrange pas non plus, parce que j'imagine sans mal que tout sera exactement pareil demain matin, mais ça n'aggrave rien. Brianna, c'est ce qui me fait tenir - mais le reste ? J'ai perdu tout le reste. Tu peux passer cette porte pour venir voir comment va ta fille et tu peux la franchir à nouveau pour partir parce que la conversation est insoutenable, mais pas parce que tu veux m'épargner. Il n'y a plus rien à épargner.
» il murmure ces phrases sans animosité, résigné. Presque tendre. Réaliste en tout cas.

« Reste avec moi. Reste avec moi encore un peu. Pas pour le passé, pas pour l'avenir ou les espoirs, mais juste parce qu'on est bien, parce qu'on sait qu'on ne sera pas dérangés. Reste avec moi, pour une fois, Elle ? » il demande. Il est tellement proche d'elle. Il pourrait aisément emprisonner ses hanches, embrasser ses lèvres, la soulever à nouveau, comme autrefois, la déposer sur le bar et lui faire l'amour ici, parce qu'il l'aime, malgré les années et la douleur, malgré l'absence, parce qu'elle est sa grande histoire d'amour, parce qu'elle est sa vie, parce qu'il ne passe pas une journée sans qu'il ne pense à elle, sans qu'il ne l'imagine dans un coin de ce bar, sans qu'il ne songe à ce qu'il se serait passé si seulement, si seulement elle était restée.

Il ne l'aurait changée pour rien au monde.

Sa famille, son caractère, son entourage, sa maison, son éducation sont autant de raisons qui ont fait qu'il a succombé à son charme.

Mais si seulement elle avait pu rester.

« Viens ? », il finit par demander, dans un murmure. « Je vais te servir un autre whisky ». Il serre sa main, et sans attendre son aval, il l'entraine avec lui à nouveau vers le bar. Et puis, il s'arrête, soudain. Il lâche sa main. Lui d'ordinaire si peu bavard, si peu adroit avec les marques d'affection et les beaux discours, a l'impression d'être un autre homme. Elle remet un peu de vie dans sa vie.

Alors, il cède. A la folie. Il l'attire contre lui, glisse ses bras autour de son corps frêle et gelé, pour la serrer contre lui, pour déposer ses lèvres contre son épaule.

Comme si dix années ne s'étaient pas écoulées.

Comme si rien n'avait changé.

Parce qu'il l'aime.



† And if you whisper like that...  if you want me like this, and if you need me like that, it was dead long ago but it's all coming back to me, it's so hard to resist and it's all coming back to me, I can barely recall and it's all coming back to me now
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Elena Yaxley
MessageSujet: Re: Retrouvailles + Elena    Jeu 5 Avr - 16:24

« Arthur ne l’approchera pas », si seulement cette phrase pouvait être de bon augure, une protection contre ce qui les attend. Mais son instinct lui hurle le contraire. Ne pouvant plus croire les doux mots rassurants de Kieran, reflets déformés de cette soirée lorsqu’elle lui apprit qu’elle attendait un enfant, leur enfant. Elle a mûri depuis, elle a vécu la douleur d’un endoloris, celle encore plus terrible d’une séparation brutale et les années d’engourdissement, de myocarde à peine battant, de souffle à peine existant. Elena voudrait le contredire, la naïveté et l’espoir, n’ont plus de place dans sa vie.  Pour survivre, la blonde s’est endurcie, laissant de côté les plaisirs véritables, les espérances inatteignables. Mais elle ne trouve pas la force nécessaire pour parler et les mots qui suivent s’enfoncent dans sa chair fragile telle une lame d’acier aussi aiguisée que cruelle. « Pourquoi on ne s’aime plus. » Comment pourrait-il penser autrement, son amant d’antan, première rencontre en dix ans, premières paroles depuis ce qu’il lui apparaît comme cent ans. L’amour peut-il résister à tant d’obstacle ? Ou cette flamme a-t-elle été étouffée par l’adversité, par la rage meurtrière d’un frère abject. Par l’abandon d’une femme terrorisée. Elle n’en sait rien, a trop peur de savoir. « Elle comprendrait peut-être si elle rencontrait Arthur… Ou si elle me rencontrait moi. Elle comprendrait pourquoi je ne me suis pas battue. Pourquoi j'ai choisi - si tant est qu'on puisse appeler ça un choix - de ne pas me défendre, de ne pas fuir, de ne plus venir. Elle serait sans doute déçue par sa mère. » Elena éprouve une certaine fierté, une jouissance vengeresse en apprenant que sa fille se défend des Serpentards prétentieux, sauf que sa tête s’agite de droite à gauche lorsque Kieran compare la mère et la fille. La Elena têtue, prête à tout pour ses idéaux n’existe plus, celle qui espérait une profession exceptionnelle, mêlant passion et aventure, celle qui a refusé un mariage avec un homme détesté. Elle doit se terrer dans un coin de ses pensées, trop terrifiée à l’idée de se faire remarquer pour pointer le mignon petit bout de son nez. Non, à la place il y a une Elena au palpitant se laissant rarement attendrir, aux lèvres fermées en une fine ligne glacée. Pour empêcher tous les mots qui voudraient s’échapper. Les hurlements de colère, de rage, de désespoir. Elle lève les yeux au ciel alors, mais se tait. Chaque petit détail semble lui créer une image de sa fille, un peu plus claire, un peu moins floue. Elle imagine l’apercevoir dans le bar, à leurs côtés. Si elle tendait la main, elle pourrait presque la toucher.

Comme tout aurait pu être différent. C’est tout ce qu’elle peut penser dans la chaleur presque étouffante de ce bar qu’elle a connu dans sa précédente vie. La douce vie avant le mariage forcé, avant les bras forts de Corban, les reproches d’Arthur, avant Aden, avant la mélancolie qui laisse un goût de cendre dans sa gorge, une sensation de damnation éternelle en son sein. Avant la fin, après eux. C’est trop dur, elle n’est pas prête, pas assez forte pour supporter la culpabilité qui la ronge, la tristesse qui la dévore. Coquille vide gangrenée par ses propres faiblesses, par son sacrifice lâche bien qu’inévitable.

Elena se laisse aller à l’imagination illusoire d’un autre monde en s’éloignant du bar, et de son amour. Un univers parallèle dans lequel elle ne serait jamais partie, où le corps de Kieran – et sa voix et ses choix – ne lui seraient pas étrangers. Où toutes les nuits encore, Elena Walsh se perdrait dans les draps et le musc de son mari. Elle s’agripperait à son dos dans l’espoir de le marquer de croissants de lune exquis, le souffle court et la voix haut perchée. Perdus l’un dans l’autre. Au petit matin, elle embrasserait ce front un peu ridé déjà, mais bien moins que dans la réalité fade qu’elle tente d’effacer. des rides de plaisir remplaçant celles du soucis. Une main sur ce torse fort et nu, qui n’appartiendrait qu’à elle et à aucune autre. Elena s’habillerait d’une tenue sans fioriture avant de descendre, les pas agités de sa fille, excitée à la simple idée d’ouvrir ses cadeaux. Ce serait son anniversaire, le dix-septième d’une longue série que la mère n’aurait jamais raté et ne raterait jamais jusqu’à ce dernier soupir lasse d’une vieille femme comblée.

Ce flash coloré disparait trop rapidement, s’évapore pour laisser place à un pub vide, qui donne sur une rue sombre et déserte. La réalité n’en est que plus douloureuse et assassine lorsqu’elle contemple son reflet dans la porte vitrée qu’elle a presque atteinte. Cette femme qui ne sourit plus qu’à demi, qui ne vit plus qu’à moitié. Son cœur emprisonné sous une tonne de barbelés. Elle aperçoit cette larme traitresse qui contredit se détermination feinte à quitter ce lieu qu’elle vient à peine de retrouver. Et il ne dit rien dans son dos. Elena pense que cette parenthèse est bien vite terminée, et il n’y a qu’elle à blâmer. Sa main va pour ouvrir la porte et la refermer derrière elle, mettant un point final à cette folie passagère qui n’en n’est pas une, lorsqu’il prend forme dans ce reflet. Comme une apparition. Il y a sa main dans la sienne qui la tire à lui, l’éloignant de ce monde cruel, la ramenant vers lui et la protection de ses bras. « Je suis une princesse tu le sais bien pourtant. » Elle murmure, lui rendant un sourire qui atteindrait presque ses yeux s’ils n’étaient pas aussi occupés à laisser s'écouler des gouttes salées sur ses joues poudrées. Les paroles de Kieran coulent sur sa peau et s’insinuent dans ses chairs. C’est doux, c’est amer, c’est tout ce qu’elle doit et ne veut pas entendre. Elle ne dit rien car il n’y a plus rien à dire, les excuses ne sont que du vent à son oreille et les quelques heures qu’elle peut lui accorder ne rattraperont jamais les années qu’elle lui a retirées. Elena se laisse entraîner dans un hochement de tête timide jusqu’à au bar, comme si elle n’était jamais partie. Il est si proche qu’elle en oublie de respirer et de penser. Perdue dans ses yeux hypnotiques, étourdie par la puissance de ses mots, de son regard, et la chaleur de sa main dans la sienne.

« Je ne veux pas de whis... » Qu’elle tente de dire avant d’être coupée par un corps qui l’entoure. Surprise, figée dans une seconde qui s’éternise, dans un souffle éternel. Ses mains se posent contre son dos, retrouvant leur place attitrée, puis s’accrochent au tissu de sa chemise.  Sa tête se baisse à la jointure du cou jusqu’à l’épaule. Ses narines s’ouvrent pour en récolter le parfum d’il y a longtemps. L’odeur des souvenirs. Une odeur oubliée mais qui se rappelle à elle aussi simplement que si c’était hier. Deux corps qui se fondent dans un espace à part, à eux.

Puis ses bras remontent pour entourer son cou, si petite que même avec ses talons, Elena doit se mettre sur la pointe des pieds pour l’atteindre. Et les mots semblent plus léger lorsqu’il quitte le confort de sa gorge pour le retrouver. « Je ne regrette rien tu sais. Ou plutôt si, mais je ne te regrette pas toi, et jamais Brianna. J’ai fait plein d’erreurs dans ma vie, ne pas m’enfuir quant tu me l’as proposé, ne pas me défendre quand il m’a … quand il a découvert pour nous et elle. Ne pas partir après. Je n’aime pas ma vie, parce que vous n’y êtes pas. Pourtant, je ne sais pas si j’aurais fait autrement. » Tout se mélange dans son esprit fatigué. D’une lassitude qu’on ne devrait pas ressentir à trente-six ans. Elle ne peut plus les retenir, ces quelques paroles auxquelles la belle a si souvent songé. « Elle est la seule chose que j’ai réussi à accomplir, même si je n’ai pas fait grand-chose. Je pensais que partir était le seul moyen de la protéger... Tu es le seul qui me hante, même quand tu n’es pas là. Je me suis dit que te revoir ne pourrait nous tuer. »  

De ses lèvres carmins s’échappent les paroles d’une chanson qui en dit plus que tout le reste. Ces mots qui lui manquent, ses regrets et ses remords. L’amour qu’elle porte à sa fille. L’amour qu’elle lui porte à lui, cet homme qui la prend dans ses bras, qui lui fait perdre toute raison et la plonge dans les délices de l’insanité la plus complète.

When my family think
That I am safely in my bed
Oh from morn' until night
I am stretched at your head
Calling out unto the earth
With tears hot and wild
For the loss of a girl
That I loved as a child

Ses jambes se déplacent lentement, l’entrainant dans la danse incertaine, d’un souvenir lointain.

Do you remember the night
Oh, the night when we were lost
In the shade of the black-thorn
And the touch of the frost?
Oh and thanks be to Jesus
We did all that was right
And your maidenhead still
Is your pillar of light

Mots chuchotés au creux de son cou, murmurés tout près de son oreille, tandis que les doigts caressent la base de sa nuque où reposent des cheveux d’un noir corbeau. Sa voix prend des accents de nostalgie, ses yeux se ferment, prison de ses larmes qui s’écoulent maintenant comme une cascade qui jamais ne tarit.  Dans le dernier couplet, dans le dernier mot chanté, il y a son front qu’Elena a posé contre celui de Kieran. Il y a ses lèvres, à deux doigts de l’embrasser. Figés dans une seconde qui s’éternise, dans un souffle éternel. Dans un monde à part, dans un monde à eux.

Parce qu’elle l’aime.

Même si elle ne devrait pas.

Parce qu’il faudra bien qu’elle parte.

Même si elle ne le veut pas.


† When my family thinks hhat I'm safe in my bed, from night until morning, I am stretched at your head. Do you remember the night we were lost in the shade of the blackthorn and the chill of the frost.
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